Qu’aurait votre famille pour vivre si vous décédiez ou deveniez invalide ? Cette question ne concerne pas seulement les détenteurs d’un patrimoine inquiets de trop en laisser au Trésor public, mais également ceux qui, justement, ont peu de patrimoine comme les jeunes ménages. Dans tous les cas, votre famille devra faire face à des charges financières quasi-identiques (loyers, crédits, charges, scolarité…) alors que les revenus auront, eux, chuté. Vous vous croyez à l’abri ? Sachez qu’en France, 15% des décès surviennent avant 65 ans et qu’on dénombre environ 830 000 personnes recevant une pension d’invalidité (source Insee, Sécurité-sociale). De quoi réfléchir.
Chasser les idées reçues
Dans l’imaginaire collectif, l’État pourvoit à l’essentiel. C’est ici une idée fausse. En cas de décès, les montants versés par la Sécurité sociale seront, sauf dans certaines caisses de professions libérales, très insuffisants pour faire face. Comptez 4 009 euros pour le décès d’un salarié du privé en 2026 (quel que soit le salaire que percevait le défunt). Pour ce qui est de la pension versée en cas d’invalidité, elle s’échelonne de 338 euros à environ 3 301 euros par mois pour les situations les plus graves et selon les salaires sur lesquels l’invalide avait cotisé par le passé. Et l’entreprise, ne vient-elle pas au secours de la famille ? C’est le cas dans la plupart des grands groupes (500 personnes ou plus), la veuve et l’orphelin y bénéficiant souvent d’un à quatre ans de salaire brut, notamment si le défunt était cadre, grâce au contrat de prévoyance collectif. Mais dans de nombreuses TPE et certaines PME, ce n’est pas le cas, suivant la convention collective appliquée.
Quid des assurances privées ? Là aussi, il faut chasser les idées fausses. Dans le cas d’une complémentaire santé, celle-ci ne prend en charge que le remboursement des frais de soins, en aucun cas le décès ou l’invalidité. Des garanties décès existent dans certains contrats d’assurance, mais avec un champ d’application très restreint. Ainsi la garantie dite conducteur de l’assurance auto peut attribuer un capital aux proches en cas de décès de l’assuré, mais uniquement si ce dernier a eu un accident avec son véhicule. Autre exemple, la couverture décès/invalidité de la carte bancaire limite la prise en charge à un accident en lien avec l’utilisation de ce même moyen de paiement. Et la responsabilité civile de la multirisque habitation ? Elle ne couvre que les dommages causés par l’assuré à… autrui. Les protections de ces contrats ne sont pas adaptées pour protéger votre famille des conséquences financières de votre décès. Que faire alors ? Épargner sera un premier réflexe largement partagé… mais insuffisant. Verser 50 euros ou même 200 euros par mois sur un placement ne donnera pas un capital suffisant avant de nombreuses années. C’est pourquoi, la souscription d’un contrat d’assurance spécifique, dit décès, peut être un bon moyen de protéger votre famille.
Une réponse : l’assurance décès
Sauf à disposer d’un patrimoine déjà conséquent, seule la souscription d’un contrat d’assurance décès/invalidité va protéger votre famille. De quoi s’agit-il ? Faire en sorte de vous laisser un capital (ou une rente) à vos proches en cas de décès prématuré ou à vous-même en cas d’invalidité définitive. Son montant ? À vous d’en décider, lors de la souscription et à tout moment si votre situation personnelle évolue, en prenant en considération les couvertures dont vous bénéficiez par ailleurs (en entreprise, notamment). Comptez au moins deux ans de salaire pour assurer la base de rémunération du foyer et lui permettre de se retourner.
Avec l’assurance décès, vous cotisez pour cette protection. Précisément celle d’apporter un capital financier - de quelques milliers à plusieurs millions d’euros selon les offres - à une personne (ou plusieurs) désignée si vous décédez. Dans certains contrats, il pourra s’agir d’un revenu à vie (rente viagère), au conjoint par exemple, ou versé pour les enfants jusqu’à un certain âge, 21 ou 25 ans le plus souvent (rente éducation). Même schéma en cas d’invalidité sévère (on parle de perte totale et irréversible d’autonomie, dite PTIA), le capital ou la rente vous revenant. Point important à préciser : en cas de décès, l’argent versé au(x) bénéficiaire(s) évite la case succession, sur le plan civil comme fiscal. Civil, car l’assurance décès reste conformément au code des assurances attribuée hors succession fiscal, car le capital est exonéré de droits (dans certains des cas). Vous l’avez compris, face à un drame de la vie, l’enjeu n’est pas de disposer de quelques milliers d’euros pour payer vos funérailles. Il est de ne pas alourdir la douleur affective de vos proches de charges financières lourdes et durables.
Les points à éclaircir
Un préalable est à rappeler. Avec une assurance décès dite « temporaire », les cotisations versées ne sont pas récupérables (sauf contrats spécifiques). On parle ainsi d’effet de contrat à fonds perdus, à l’instar des assurances auto ou habitation. Le tarif, maintenant. Il augmente logiquement avec l’âge, le risque de décès allant croissant avec les années. D’autres critères sont pris en compte pour déterminer le tarif : le montant du capital souhaité bien sûr, le contenu des garanties (décès accidentel ou toutes causes, invalidité, etc.), votre état de santé (avec une application d’une surprime dans certains cas), et éventuellement si vous êtes fumeur ou non. Sachez que le coût de l’assurance temporaire décès est limité, notamment pour les moins de 45 ans. Exemple : pour un homme de 40 ans, non-fumeur, le tarif est autour de 12 euros par mois pour un capital décès (toutes causes) de 50 000 euros. Pour les couples, afin de favoriser la souscription de chacun, la plupart des assureurs octroient en outre des réductions de 10 à 15%.
Point clé : l’assurance temporaire décès est un produit souple, puisqu’on peut modifier chaque année le niveau de capital garanti ou résilier le contrat s’il n’est plus nécessaire (en respectant alors le préavis de deux mois avant la date échéance ou anniversaire du contrat). Il faut aussi penser à signifier à son assureur des évolutions favorables, comme l’arrêt du tabac qui fera baisser la cotisation significativement (pour les contrats prenant cet élément en considération). La clause bénéficiaire quant à elle, devra être précise bien qu’elle puisse être modifiée dans le temps. Quelques points sont toutefois à étudier avec attention. Illustration : certains contrats ne couvrent que le décès par accident, engendrant une cotisation plus faible, mais une couverture partielle. Mieux vaut recourir à une assurance prenant en compte les décès par maladie, même s’il faudra là-aussi faire attention aux exclusions (certaines maladies récidivantes, comme un cancer, pourront être écartées dans certains contrats). Voilà qui nous mène au champ des exclusions, donc aux faits non garantis, par les assurances décès, comme les sports ou métiers à risques, certaines zones géographiques, les décès dans un conflit armé, etc. Lisez attentivement vos documents précontactuels pour ne pas faire d’impair selon votre situation…
Vous avez dit assurance « vie entière » ?
Il existe une autre catégorie d’assurances décès, dites « vie entière », dont la diffusion commerciale est plus réduite. Avec ce produit, quelle que soit la date de votre décès, un capital (montant défini à l’adhésion) sera versé au(x) bénéficiaire(s)... si vous avez payé toutes les cotisations prévues au contrat. Entre-temps, vous pouvez rompre le contrat et récupérer une partie de l’argent versé (le montant sera variable selon la durée de vos versements antérieurs et les pénalités appliquées par l’assureur). Cesser de cotiser est une autre latitude, mais le capital garanti sera alors réduit. Les tarifs sont ici plus élevés qu’avec une temporaire décès : logique, puisque l’assureur est certain de payer un jour la garantie. Les engagements de cotisation sont aussi contraignants. Sur la plupart des « vie entière », l’assuré s’engage à cotiser pendant au moins 10 à 20 ans. Voire de manière viagère, c’est-à-dire jusqu’à sa mort.