Depuis le début de l’année, les indices boursiers européens affichent des progressions importantes (19,0 % pour l’indice allemand au 22 août, 26,7 % % pour l’indice italien, 32,8 % pour l’indice espagnol) même si le CAC 40 reste en retrait (+8,0 %), pénalisé par la situation politique nationale. De l’autre côté de l’Atlantique, le S&P 500 et le Nasdaq (l’indice des valeurs technologiques) ont battu leur record historique mi-août, avec des hausses sur l’année de respectivement 10 % et +11,3 % même si ces derniers sont en recul lorsque l’on mesure ces évolutions non pas en dollar mais en euro. Ces chiffres illustrent un certain optimisme des investisseurs malgré les incertitudes économiques et géopolitiques. Trois éléments peuvent contribuer à expliquer cette apparente contradiction.
D’une part, s’il est désormais certain que le niveau des droits de douane américains va se situer à un niveau inconnu depuis l’après seconde guerre mondiale, les effets sur l’économie américaine ne sont pas encore trop perceptibles. En juillet, l’inflation sur un an est restée sage à 2,7 %, un niveau comparable à celui observé le mois précédent. Mais les importations américaines avaient bondi au 1er trimestre, en anticipation du relèvement des taxes. Ces stocks s’épuisant, les biens mis en vente vont progressivement intégrer la hausse des droits de douane. Le climat des affaires a étonnement bien résisté cet été. Mais les entreprises rapportent une hausse du coût de leurs intrants. Par ailleurs, les créations nettes d’emplois ont sensiblement ralenti. La résilience de l’économie américaine va donc être mise à l’épreuve dans les mois qui viennent.
Dans ce contexte, les investisseurs anticipent une détente des taux directeurs de la Fed d’ici la fin de l’année. C’est le second facteur de soutien des marchés financiers. Le président de la Fed ne leur a pas donné tort fin août dans son discours sur la politique monétaire lors du symposium de Jackson Hole. En zone euro, la baisse des taux directeurs semble en revanche achevée. Il faudrait vraiment un net trou d’air de l’activité et/ou de l’inflation pour que la BCE aille encore un cran plus loin. Le redressement du climat des affaires cet été ne va pas dans ce sens. Quant à l’inflation, elle était de 2 % sur un an en juillet, juste sur la cible de la BCE.
Enfin, il faut aussi intégrer dans la progression des Bourses des effets sectoriels. Le contexte géopolitique va se traduire dans les années qui viennent par une nette augmentation des dépenses militaires des pays européens. Dans le cadre des objectifs de l’OTAN, ils devront consacrer 5 % de leur PIB à la sécurité extérieure à l’horizon 2035, dont 3,5 % aux dépenses militaires stricto sensu. L’indice des valeurs de défense inclues dans l’indice européen Stoxx 600 a ainsi bondi d’environ 50 % depuis le début de l’année et a été multiplié par 3,5 depuis début 2019.
En cette rentrée, plusieurs éléments devront être surveillés. Tout d’abord, les conséquences du plan d’investissement allemand, qui constitue une rupture avec de nombreuses années d’orthodoxie budgétaire. Outre les dépenses de défense, ce plan intègre aussi une nette augmentation des investissements civils. Cela devrait soutenir la croissance allemande, au moins à court terme, et cela constituera aussi un facteur d’entrainement pour les autres économies européennes. L’Allemagne sera cependant pénalisée par la hausse des droits de douane américains à 15 % pour les produits européens. Dans l’Hexagone, c’est un exercice budgétaire à haut risque auquel va faire face le gouvernement cet automne. Une politique trop restrictive pourrait peser sur la croissance de 2026 et réactiver la grogne sociale. Mais à l’inverse, le maintien d’un déficit public très élevé pourrait se traduire par un renchérissement du coût de l’emprunt de l’Etat français, qui se situe aujourd’hui juste en-dessous de 3,5 % contre 3 % fin 2024.