L’arrivée au pouvoir de D. Trump a créé une zone de turbulences dans l’ordre mondial qui a peu de précédents lors d’un changement de dirigeant. Les effets des annonces et contre-annonces sont encore difficiles à évaluer mais trois paradigmes majeurs sont remis en question. Les hausses de droits de douane annoncées brisent l’abaissement des barrières tarifaires, le fondement même des échanges commerciaux internationaux. L’attitude des Etats-Unis dans le conflit russo-ukrainien a par ailleurs sapé la confiance des pays européens en ce partenaire stratégique de longue date, ce qui va les conduire à se réarmer, en rupture avec la baisse tendancielle de l’effort de défense. Enfin, en partie en lien avec le point précédent mais aussi pour lutter contre l’insuffisance de ses infrastructures, l’Allemagne opère un changement à 180° en matière budgétaire en rompant avec l’orthodoxie qui paraissait gravée dans le marbre.
Sur les marchés financiers, les indices boursiers américains se sont orientés à la baisse depuis le début 2025. En 2024, ils avaient connu une forte hausse, soutenus d’abord par les espoirs des développements de l’intelligence artificielle puis par la victoire de D. Trump dont la politique devait être favorable aux entreprises (sur le plan de la fiscalité et du coût de l’énergie notamment). Des interrogations ont cependant commencé à émerger depuis le début de l’année avec la perspective d’une hausse marquée des droits de douane. Les ménages américains anticipent une augmentation de l’inflation et ont freiné leur consommation début 2025. L’annonce des droits de douane réciproques le 2 avril a décleché de très fortes turbulences sur les marchés financiers, y compris en Europe, qui n’ont pas été totalement effacées par leur report de 90 jours. Le S&P 500 affichait ainsi un repli de 8,8 % le 11 avril par rapport au 31 décembre. Les valeurs technologiques accusent des baisses encore plus marquées. En Europe, l’annonce début mars par le futur chancelier allemand F. Merz d’un plan de relance budgétaire (à la fois pour les dépenses militaires et les investissements dans les infrastructures civiles) pouvant potentiellement drainer 1 000 Md€ dans les dix prochaines années s’est traduite par une hausse instantanée du taux à 10 ans allemand (Bund) d’environ 40 point de base (pb). Ce dernier s’est ensuite un peu effrité avec la prise de conscience que ce surcroît de dépenses sera étalé dans le temps. Du fait de ce décalage du Bund, l’écart avec le rendement de l’OAT 10 ans, le taux d’emprunt phare de l’Etat français, s’est un peu resserré revenant à 70 pb fin mars contre un pic 88 pb le 2 décembre, après la démission de M. Barnier.
L’adoption du budget 2025 mi-février a donné une bouffée d’oxygène. Les agences de notation ont d’ailleurs laissé inchangée la note de la France, avec néanmoins une perspective négative pour certaines. Les turbulences financières début avril se sont traduites par un découplage entre le taux américain (en hausse) et les taux européens. Dans ce contexte très incertain, le Bund a retrouvé son rôle de valeur refuge, ce qui s’est traduit par un petit écartement des spreads avec les autres taux européens.
Avec une inflation en zone euro (2,2 % en mars) se rapprochant de sa cible, la BCE a continué à normaliser sa politique monétaire. Elle a abaissé de 25 pb ses taux directeurs fin janvier, début mars et mi-avril, le taux de la facilité de dépôt étant ramené à 2,25 %. Avant la fin de l’été, elle devrait amener ce dernier au niveau du taux considéré comme neutre pour l’économie (ni pénalisant, ni expansionniste), estimé être autour de 2 %. En revanche, la Fed a maintenu inchangé son taux directeur, craignant les effets de la hausse des droits de douane. Elle pourrait reprendre le chemin de la normalisation monétaire dans le courant de l’année mais elle se montrera prudente.
Une fois n’est pas coutume, les indices boursiers européens ont fait mieux au 1er trimestre que les indices américains, malgré une situation économique encore fragile. Un effet d’arbitrage a pu jouer en début d’année, au détriment des valeurs américaines. Les Bourses européennes ont ensuite été portées par la relance budgétaire en Allemagne et plus généralement par la perspective d'une hausse des budgets militaires dans tous les pays européens. Mais elles ont ensuite souffert du risque de forte hausse des droits de douane américains. Le CAC 40, qui avait ainsi gagné 7,3 % le 28 mars par rapport à fin 2024, affichait finalement un repli de 3,7 % (à 7 105 points) le 11 avril. Certaines valeurs du secteur de la défense ont toutefois très largement surperformé.
Il est important de s’assurer régulièrement que sa stratégie d’investissement est toujours adaptée à ses besoins et ne nécessite pas certains ajustements.
Vous vous interrogez ?
Venez en discuter avec votre conseiller de La Banque Postale