Quelles conséquences pour la croissance mondiale ?
Les investisseurs commencent aussi à s’interroger sur le degré de maturité du cycle américain. Les signes de raffermissement des salaires outre-Atlantique font redouter un pincement des marges des entreprises si la croissance se modère l’an prochain quand les effets de la relance budgétaire et fiscale commenceront à s’estomper. Enfin, ce repli des Bourses intervient dans un environnement économique et politique plus incertain que jamais (tensions commerciales sino-américaines, bras de fer entre le gouvernement italien et la Commission européenne au sujet du bouclage du budget italien, blocage des négociations sur le Brexit, ralentissement de la croissance en zone euro et en Chine, fragilité de certaines économies émergentes, etc.).
Wall Street n’a pas été épargnée par les turbulences boursières, même si la bonne orientation des indicateurs économiques américains aurait dû soutenir le moral des investisseurs. Les résultats des entreprises du S&P 500 pour le 3ème trimestre sont plutôt bons aussi. Le bénéfice par action devrait augmenter en moyenne de près de 25 % cette année, dopé notamment par les réductions d’impôts accordées par Donald Trump aux entreprises américaines. Malgré ce contexte a priori très favorable, le S&P 500 a perdu 6,9 % sur le mois d’octobre et le Nasdaq (l’indice des nouvelles technologies) 9,2 %. Sur l’ensemble de l’année, ces deux indices s’inscrivent cependant encore en hausse à fin octobre (de respectivement 1,4 % et de 5,8 %). La principale crainte des investisseurs est un effritement à venir des résultats des entreprises qui serait généré soit par une croissance plus faible (d’où une sensibilité du marché boursier à la hausse des taux d’intérêt), soit à cause d’un dérapage de l’inflation (qui aurait aussi pour conséquence une hausse des taux d’intérêt).
Les places européennes ont aussi nettement reculé en octobre, l’indice Euro Stoxx 50 perdant 5,9 % sur le mois. Sur les trois premiers trimestres de 2018, la hausse moyenne des bénéfices avoisine 13,5 % par rapport à la même période de l’année précédente. La Bourse de Milan a particulièrement souffert en octobre (-8 %). La confrontation entre le gouvernement italien et la Commission européenne sur la trajectoire budgétaire pourrait finir par nuire à la croissance suite à un niveau plus élevé des taux d’intérêt. Le CAC 40 a quant à lui fini le mois d’octobre en baisse de 7,3 % à 5 093 points.
Le mois de novembre semble mieux commencer pour les Bourses, sans doute sous l’effet de rachats à bon compte. Dans un environnement économique et politique compliqué, les investisseurs devraient toutefois se montrer prudents d’ici la fin de l’année, une fois passée cette phase de correction technique.
Dans ce contexte, les élections de mi-mandat aux Etats-Unis peuvent-elles changer la donne sur la politique économique américaine ? Les Démocrates ont réussi à avoir la majorité à la Chambre des représentants mais les Républicains ont conservé le Sénat. Il est d’ailleurs assez courant outre-Atlantique que la 2ème partie du mandat du Président ait un parfum de cohabitation. Depuis son élection, Donald Trump a déjà réussi à mettre en œuvre un allègement de la fiscalité pour les entreprises et les ménages les plus aisés ainsi qu’à faire voter un programme d’investissement (notamment dans le secteur de la défense). L’essentiel est donc derrière nous. A priori, la nouvelle majorité démocrate ne devrait pas s’opposer à la mise en œuvre de nouvelles dépenses. Concernant les tensions commerciales avec la Chine, les Démocrates sont traditionnellement moins en faveur du libre-échange que les Républicains. Mais ils pourraient entraver la mise en œuvre d’une nouvelle hausse des droits de douane car elle pèserait sur le pouvoir d’achat des Américains. Donald Trump pourrait alors contourner l’obstacle démocrate en agissant par décret.
Alain HENRIOT
Adjoint au Responsable des Etudes économiques
Direction de la Stratégie et du Développement