La transmission d’entreprise, un enjeu clé pour notre économie
La transmission d’entreprise représente l’un des défis majeurs des dix années à venir pour notre économie. Pourquoi ? Parce que, toujours selon une étude de Bpifrance Le Lab publiée le 27 novembre 2025, sur les 370 000 entreprises à transmettre au cours des cinq prochaines années, seules 130 000 le seront effectivement… à supposer que le rythme observé en 2024 (37 300 transmissions dénombrées durant l’année) soit constant entre 2025 et 2029.
Les conséquences sont préoccupantes :
- Fermetures d’entreprises
- Perte de savoir-faire
- Destruction d’emplois.
Pourquoi nos TPE-PME sont-elles si peu transmises ?
Plusieurs facteurs expliquent que beaucoup de nos entreprises ne soient pas reprises.
- Le manque d’anticipation est, de très loin, le premier d’entre eux. L’étude Bpifrance Le Lab invoque des facteurs psychologiques : « Un cédant peut déclarer avoir l’intention de transmettre son entreprise sans être réellement prêt psychologiquement à la céder », explique l’étude. « Il y a pas mal de repreneurs d’entreprise qui signent une lettre d’intention, mais le processus n’aboutit pas...», renchérit Philippe Cormier, directeur du Réseau Entreprendre Yvelines. 28 % des dirigeants qui envisagent de transmettre à horizon de cinq ans n’ont pas encore débuté la préparation d’un sujet qui, pourtant, nécessite de trois à cinq années de réflexion et de travail. Signe des temps : la moitié des intentionnistes avouent ne pas avoir de réel projet pour l’« après-transmission » … Ce qui traduit une forme de difficulté à faire le deuil de leur vie d’entrepreneurs.
- Les crises de tous ordres sont un autre élément d’explication. La crise sanitaire, par exemple, a impacté le marché de la transmission. Le nombre de transmissions a baissé d’environ 10 % entre 2019 et 2020/2021, selon un rapport publié en juin 2025 par le ministère de l’Économie et des Finances. De même, l’instabilité politique est un élément perturbateur. « Ces crises ont participé à une baisse de transparence sur le marché, à une hausse de l’incertitude et donc une hausse du taux d’échecs des transmissions », analyse Ariane Olive, avocate et co-fondatrice de Spark Avocats.
- La complexité des démarches administratives et juridiques est un autre frein récurrent, en particulier pour les dirigeants de TPE.
- Enfin, étonnamment, l’étude de Bpifrance Le Lab pointe, chez certains dirigeants, un manque de motivation à transmettre. 2 % des dirigeants interrogés déclarent qu’ils fermeront leur entreprise sans même envisager de passer la main. Cela s’explique par l’idée que leur affaire ne vaut presque rien, ce qui provoque un phénomène d’auto-censure, analyse Bpifrance. D’autres dirigeants estiment que leur société repose entièrement sur leur personne et qu’elle n’est, par conséquent, pas transmissible.
Pourtant, avec un peu de motivation et beaucoup d’anticipation, la plupart des entreprises peuvent être transmises. Or, la reprise interne – par un membre de la famille ou un ou plusieurs salariés – est l’une des plus propices au succès. 55 % des repreneurs familiaux et 49 % des repreneurs ex-salariés disent ne pas rencontrer de difficultés significatives après la reprise, nous apprend l’étude de Bpifrance Le Lab, alors qu’ils ne sont que 42 % dans le cas des repreneurs externes.
Comment transmettre son entreprise à ses salariés ?
On le comprend : la transmission interne est une solution très intéressante, et largement sous-exploitée dans notre pays. Déjà, en 2017, un rapport du Sénat pointait une unanimité des experts sur un point : la reprise interne par les salariés est une vraie solution au manque de repreneurs.
Pour l’heure, la reprise par les salariés peut se faire de deux façons :
- Via la création d’une Scop (Société coopérative et participative)
Ce dispositif permet aux salariés de devenir actionnaires. Les avantages sont nombreux :
- Avantages fiscaux
- Pérennisation des emplois
- Implication des équipes.
Toutefois, c’est également contraignant, car le principe « un homme = une voix » ralentit les processus de décision. De plus, les salariés-actionnaires doivent être formés aux questions financières, juridiques, stratégiques… ce qui est évidemment long et complexe.
- Via un dispositif nommé « Entreprise reprise par les salariés » (Eres) ou, en anglais, « Management Buy-Out » (MBO) :
Ici, une partie des salariés, qui peut être constituée de l’équipe dirigeante, rachète l’entreprise à l’aide de fonds propres et/ou d’emprunts. Ils créent une holding qui s’endette et rembourse l’emprunt grâce aux flux financiers générés. Certains fonds d’investissement sont spécialisés dans le montage de ce genre d’opérations. Ils accompagnent les repreneurs et peuvent apporter une part significative du financement, en complément des apports personnels des salariés.
Quel que soit le schéma de reprise, des acteurs comme le Réseau Entreprendre, les Chambres de commerce et d’industrie (CCI) ou les Chambres de métiers et de l’artisanat proposent des programmes de formation et de mentorat fort utiles aux cédants et aux repreneurs.
Demain, une transmission aux salariés facilitée ?
Mais la reprise par les salariés reste minoritaire car complexe. Face à ce constat, Serge Papin, ministre délégué aux PME, a récemment annoncé vouloir étendre le Pacte Dutreil aux transmissions aux salariés.
Mis en place au début des années 2000, et selon le CGI (Code Général des Impôts), le Pacte Dutreil permet de réduire de 75 % les droits de donation ou de succession sur la transmission d’une entreprise familiale. En contrepartie de cet avantage, le repreneur s’engage à conserver ses parts pendant deux ans (pour les donations) ou quatre ans (pour les successions), et à poursuivre l’activité pendant cette période.
Le projet*$ de Serge Papin consiste à démocratiser la reprise par les salariés en proposant un cadre fiscal avantageux inspiré de celui dont bénéficient les transmissions familiales. Concrètement, cela pourrait se traduire par :
- Une exonération partielle ou totale des droits de mutation pour les salariés repreneurs, sous réserve de conserver l’entreprise pendant un certain laps de temps.
- Un accompagnement renforcé des salariés repreneurs via les réseaux consulaires et les banques publiques.
Ce projet a été rendu public par Serge Papin fin 2025. Il ne figure pas au budget 2026 mais pourrait être intégré dans un texte ultérieur, puis faire l’objet de discussions au Parlement avant d’être définitivement adopté. Il bénéficie du soutien de Bpifrance et des chambres consulaires.
Source : Interview du ministre : https://www.vie-publique.fr/discours/300625-serge papin-28102025-bfm-business-politique-economique