Se déplacer, se loger, se chauffer ou se rafraîchir, se nourrir, se divertir, fabriquer des objets, échanger et stocker des informations : l’énergie est indispensable à toutes les activités humaines. Ce secteur stratégique est essentiel au fonctionnement de l’économie. Et de la sobriété des usages à l’efficacité des équipements et à la décarbonation*$ du mix énergétique produit, la filière est au centre d’enjeux complexes et cruciaux pour le devenir de notre planète.
- Le transport, c’est 34% de la consommation énergétique finale en France en 2023
- Le bâtiment (logements, bureaux), c’est 28% de la consommation énergétique finale en France en 2023
- L’industrie, c’est 19% de la consommation énergétique finale en France en 2023
- Le tertiaire, c’est 16% de la consommation énergétique finale en 2023
La France s’est fixé des objectifs ambitieux de décarbonation de son économie. Elle s’est dotée pour ce faire de deux outils principaux : la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), qui s’appuie sur un scénario prospectif d’atteinte de la neutralité carbone*$ à l’horizon 2050, et la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui fixe des objectifs et établit les priorités d'action des pouvoirs publics pour la gestion de toutes les formes d’énergie.
Sobriété énergétique : des comportements à transformer
La diminution de la consommation d’énergie est le point de passage obligé en vue d’atteindre la neutralité carbone. Consommer moins d’énergie, c’est d’abord questionner, pour les rendre plus sobre, les usages de l’énergie : les processus de production de biens et services, les habitudes de vie, les modes d'organisation…
La sobriété énergétique*$ présente un potentiel transformatif non négligeable. Selon l’ONG NégaWatt, elle peut permettre de réduire de 28 % nos consommations d’énergie en 2050 par rapport à 2015, en énergie finale (énergie délivrée à l’utilisateur final par un fournisseur : kilowattheure électrique, litre d’essence, etc.).
La directive européenne relative à l’efficacité énergétique*$, révisée le 20 septembre 2023 dans le cadre du paquet législatif Fit for 55, fixe un horizon de réduction de la consommation à 2030. La France doit viser une réduction de sa consommation d’énergie finale de 28,6 % sur la période 2012-2030.
Or cette consommation finale énergétique a diminué entre 2012 et 2022 d’environ 10,7 %. L’enjeu actuel consiste donc à doubler le rythme global de réduction de consommation sur la période 2023-2030 pour atteindre l’objectif fixé.
En 2023, la consommation finale d’énergie a diminué de 4%, une baisse conjoncturelle, produit de la conjonction de deux facteurs : des prix élevés et des efforts de sobriété des consommateurs.
Dans le bâtiment
Les leviers de sobriété à actionner sont en grande partie saisonniers et consistent à limiter les températures de chauffage en hiver et à garder les logements au frais en été, en limitant l’usage de la climatisation.
Chauffage à 19º, pilotage des bâtiments tertiaires ou d’habitat collectif par la Gestion technique du bâtiment sur une chaîne de valeur complète (avec des capteurs, actionneurs et régulateurs), recours aux centrales de traitement d’air dans les bâtiments tertiaires, sensibilisation des utilisateurs et locataires, développement du télétravail, densification des espaces de travail : les comportements de sobriété à cultiver dans le bâti sont connus.
Dans tous les scénarios d’avenir, ces efforts de sobriété produisent néanmoins moins d’impacts positifs, au regard de l’objectif ultime de diminution des consommations, que les actions liées à l’efficacité énergétique.
Dans les transports
Dans le secteur des transports, la sobriété énergétique peut s’illustrer par l’équation de Kaya : demande de transport x report modal x taux de remplissage x efficacité énergétique des véhicules x intensité carbone de l’énergie = CO2.
Le premier levier de réduction des émissions de gaz à effet de serre du secteur du transport réside ainsi dans la modération de nos déplacements. Or en 2023, les distances totales parcourues par des passagers motorisés en France, quel que soit leur moyen de locomotion, avaient retrouvé leur niveau d’avant la crise sanitaire.
Le report modal des véhicules individuels et émissifs vers les transports en commun et la mobilité douce joue encore à la marge en dépit des incitations organisées par l’État. Avec 821 milliards de voyageurs-kilomètres en 2022, la voiture individuelle reste le mode de transport de voyageurs très dominant (à 82%)*$.
Pourtant, le covoiturage, qui ne représente que 3% des déplacements du quotidien, se développe. Plus d'un million de trajets ont été effectués en covoiturage par plateformes en mars 2023, soit 3,5 fois plus qu’une année auparavant*$.
Dans l’industrie et les services
Le décret éco énergie tertiaire de 2019 vise une baisse de la consommation d’énergie finale des bâtiments tertiaires de plus de 1000 m2, de 40 % d’ici 2030 et de 60 % d’ici 2050.
Fin 2024, un local tertiaire sur deux était effectivement répertorié sur OPERAT, l’outil dédié de l’Ademe*$. En termes de surfaces déclarées, les activités d’enseignement comptent pour 21 %, les bureaux et services publics pour 17 %, la logistique pour 14 %, et la santé pour 13 %.
À date, le bilan de l’application du Décret tertiaire pour les acteurs qui s’y sont engagés est encourageant. Ils enregistrent une baisse de 22 % de leurs consommations énergétiques entre l’année de référence et 2022, ce qui représenterait la moitié du chemin par rapport à l’objectif fixé pour 2030.
Dans le champ de l’éclairage public, l’extinction nocturne est une solution logique et rapide à mettre en œuvre, appréciée des collectivités. Pour aller plus loin, moderniser les équipements se révèle efficient : les nouvelles technologies peuvent réduire la consommation d’énergie de 70 à 80 % à niveau d’éclairage équivalent.
La précarité énergétique*$
La consommation d’énergie est aussi révélatrice d’inégalités sociales. En 2021, 11,70% de la population de notre pays était en situation de précarité énergétique*$.
Depuis le 1er janvier 2025, sauf exceptions, tous les logements classés G au titre du Diagnostic de Performance Energétique (environ 600 000 logements) sont interdits de mise en location.
Efficacité énergétique : des technologies et des équipements plus performants
Rendre les secteurs économiques moins énergivores tout en maintenant le niveau de confort des usagers et le rythme des productions est un défi de taille qui repose sur la mobilisation de l’efficacité énergétique.
L’intensité énergétique*$ a diminué dans la plupart des secteurs au cours des 20 dernières années : -28% dans l’industrie et -26% pour le secteur résidentiel*$. Cette baisse s’explique par la mise en place de procédés industriels moins énergivores, un effort généralisé de rénovation énergétique des logements, et plus largement par une stratégie d’amélioration continue de l’efficacité énergétique des technologies.
L’intensité énergétique de l’économie française (plus elle est faible, meilleure est l’efficacité énergétique du pays) a baissé de 35% entre 2000 et 2023.
Dans le bâtiment
Des systèmes plus efficients
Les mesures de sobriété sont d’autant plus efficaces dans la réduction de la consommation d’énergie qu’elles sont combinées avec des mesures d’efficacité énergétique.
Ainsi l’électrification du chauffage des bâtiments conduit paradoxalement à des consommations électriques inférieures aux consommations antérieures. Ceci grâce à un système global plus efficient, en particulier via l’installation de pompes à chaleur*$, bien plus efficaces que les chauffages électriques classiques, ceci dans un contexte de meilleure isolation thermique des bâtiments.
La réhabilitation plutôt que la construction neuve
Une autre piste pour favoriser l’efficacité énergétique consiste à privilégier la réhabilitation de bâtiments existants plutôt que les constructions neuves. La plupart des experts (notamment The Shift Project, l'Ademe, le Centre scientifique et technique du bâtiment, ou encore l'institut négaWatt) estiment que le nombre de nouveaux ménages, premier déterminant du besoin en logements, va drastiquement baisser d’ici à 2050. Ces experts soutiennent par ailleurs que la rénovation a un impact environnemental bien moindre que la construction : environ deux fois moins d'émissions de gaz à effet de serre et dix à vingt fois moins de matériaux requis*$. Il sera ainsi difficile, voire impossible, de tenir nos engagements climatiques sans interroger les volumes de construction.
Des rénovations d’ampleur à massifier pour les passoires thermiques et les logements en général
En 2022, 4,75 millions de résidences principales classées en catégorie F ou G au titre du Diagnostic de performance énergétique étaient qualifiées de passoires thermiques*$.
À l’échelle globale du parc de logements, l’enjeu est de privilégier les rénovations d’ampleur aux rénovations par gestes qui prévalent actuellement (avec en grande majorité des changements de systèmes de chauffage). L’Agence nationale de l’habitat (Anah) s’est fixé un objectif de 900 000 rénovations d’ampleur aidées d’ici à 2030. Fin 2024, en dépit d’une nette accélération sur l’année, un peu moins de 163 000 aides de ce type avaient été accordées, en cumulé*$.
Dans les transports
Des véhicules plus légers
Agir sur l’efficacité énergétique, dans le champ des transports, passe par le développement de véhicules plus légers et moins consommateurs de matière à leur fabrication.
L’allègement des véhicules est boosté par le renforcement de la fiscalité automobile s'appliquant aux véhicules les plus lourds, avec l’adoption d’un malus masse depuis le 1er janvier 2022. L’introduction d'un plafond de poids maximal comme critère d'éligibilité aux aides à l'acquisition de véhicules peu polluants va dans le même sens.
Des motorisations plus efficaces
En dépit d’une stabilité des déplacements en véhicules individuels, la consommation de carburants fossiles baisse depuis 2023, témoignant de l’efficacité et de l’électrification toujours croissantes des motorisations.
Dans l’industrie et les services
La stratégie d’efficacité énergétique dans l’industrie a pour mission de décarboner le secteur en divisant par deux les émissions industrielles françaises dans les dix prochaines années. La stratégie nationale bas carbone (SNBC) de la France soutient le développement de l’hydrogène vert*$, de la biomasse*$ et des technologies de capture et stockage de carbone – autant d’innovations favorisant l’efficacité énergétique industrielle.
La récupération de la chaleur fatale est notamment l’une des pistes privilégiées pour les centres de données de plus de 1 MW, dont la chaleur fatale produite était jusqu’à présent perdue.
Production d’énergies décarbonées : cap sur le renouvelable… mais pas seulement
Du fait de l’importance historique que revêt la filière nucléaire dans notre pays, la France se distingue par une vision centrée davantage sur les énergies décarbonées*$ que sur les énergies renouvelables*$. Dans la feuille de route énergie-climat transmise à la Commission européenne en juillet 2024, Paris défend ainsi un objectif de 58% d’énergies décarbonées dans la production finale d’énergie, objectif incluant le nucléaire. La France se distingue de ses voisins du fait de son parc nucléaire historique. En dépit des ambitions affichées lors du discours de Belfort de février 2022 et visant à concilier Energies Renouvelables (EnR) et nucléaire, notre pays se démarque de l’objectif fixé par l’Europe de 44% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique produit à horizon 2030.
L’électrification des usages
Dans tous les scénarios, une France qui décarbone est une France qui consomme davantage d’électricité. En visant une réindustrialisation, notre économie devrait par ailleurs compter à l’avenir davantage de gros consommateurs d’électricité : usines, datacenters, électrolyseurs.
L’électromobilité
Pour décarboner les déplacements, le recours à la voiture électrique devient massif en France, avec 20,4% de parts de marché sur le véhicule individuel en février 2025. La « solution » n’est toutefois pas miracle et son impact environnemental fait débat. Sur l’ensemble de son cycle de vie, une voiture électrique à batterie (VEB) présente une empreinte carbone sensiblement inférieure à celle d’une voiture thermique. La fabrication de la batterie est responsable de près de 50 % de cette empreinte carbone.
La France a rejeté, début 2025, l’inscription dans son droit de l’interdiction de vente de voitures thermiques neuves en 2035, nouvelle échéance fixée par l’UE. L’enjeu du débat ainsi mis en exergue est la possibilité de commercialiser, au-delà de cette échéance, des véhicules hybrides rechargeables (VHR) dotés d’une autonomie supérieure à 100 km, ou Plug-in Hybrid Electric Vehicle*$ (PHEV).
Dans le bâtiment
Dans le secteur résidentiel, l’électricité représente aujourd’hui environ 35 % de la consommation d’énergie des logements et 55 % de la consommation d’énergie des bâtiments tertiaires. Mais la moitié de cette énergie est encore d’origine fossile*$.
La loi « Croissance verte » du 17 août 2015 prévoit, d’ici à 2030, la multiplication par 5 de la quantité de chaleur et de froid renouvelable et de récupération livrée par les réseaux, pour le chauffage des bâtiments en zone urbaine.
66,5 % de l’énergie consommée par les réseaux de chaleur*$, en 2023, provenaient déjà d’énergies renouvelables ou de récupération produites localement*$. De nouveaux procédés émergent : recours à la biomasse, à la géothermie peu profonde, ou encore à la chaleur prélevée dans les eaux usées.
La montée en puissance des énergies renouvelables : des filières prometteuses
Conséquence de la volonté de la France de réduire ses émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) et sa dépendance aux énergies fossiles, la part du renouvelable dans la consommation finale d’énergie a augmenté en France, de 75% entre 2000 et 2021.
Les EnR sont aujourd’hui surtout utilisées pour produire de l’électricité, mais aussi pour chauffer les logements et décarboner une partie des transports.
La France reste toutefois à la traîne au plan européen. La part des EnR dans la production d’électricité en France, en 2022, reste ainsi de 24,2% (même si elle a augmenté de 91% en volume entre 2000 et 2022), bien en-deçà de la moyenne européenne, qui se situe à 40,3%.
Les énergies renouvelables (EnR) dans la consommation d’énergie primaire en France (chiffres 2023) = 388 TWh
Répartition par sources :
- Bois-énergie : 32%
- Hydraulique : 15%
- Éolien : 14%
- Pompes à chaleur : 14%
- Biocarburants : 6%
- Solaire photovoltaïque : 6%
- Biogaz : 6%
- Déchets renouvelables : 4%
- Autres (géothermie, solaire thermique, énergies marines) : 3%
Source : DATALAB
Des alternatives au pétrole pour se déplacer
Les biocarburants et e-carburants : avantages et inconvénients
Mélangés aux carburants d’origine fossile, les biocarburants de 2ᵉ génération, produits à partir de déchets organiques ou de résidus sylvicoles, ne présentent pas l’inconvénient des biocarburants de première génération, élaborés à partir de biomasse d’origine agricole, donc en concurrence avec l’alimentation humaine. Ils affichent par ailleurs des gains d’émissions de gaz à effet de serre autour de 80-90 % par rapport aux références fossiles.
L'Europe en soutient fortement le développement avec des réglementations encourageant leur incorporation dans les carburants pour l'aviation et le transport maritime.
Quant aux e-fuels, nouvelle famille de carburants de synthèse, ils sont produits suivant deux procédés distincts : à partir d’hydrogène issu d’énergies renouvelables, ou à partir de molécules de CO2 captées dans l’atmosphère ou dans des rejets industriels. Neutres en carbone, ces carburants synthétiques font l’objet d’une exemption à l’interdiction de vente de véhicules thermiques neufs à horizon 2035. La solution semble prometteuse dans la mesure où les e-carburants peuvent être utilisés dans les moteurs à combustion sans modifications majeures. Ils présentent par ailleurs une empreinte carbone globale réduite d’au moins 70%. Mais leur rendement énergétique est faible face au véhicule à batterie électrique, ce qui remet en cause leur pertinence pour décarboner les véhicules automobiles.
Véhicule électrique : à la reconquête de la souveraineté sur nos approvisionnements
La domination de la Chine sur le marché automobile mondial est désormais écrasante.
C’est également vrai sur le segment du véhicule électrique, où l’Empire du Milieu s’est imposé en quelques années. Actuellement, une voiture achetée sur deux en Chine est électrique.
Sur le marché français, la reconquête de la souveraineté sur la chaîne d’approvisionnement des véhicules électriques à batterie et Véhicules hybrides rechargeables devient cruciale.
Le programme « Advenir », dont c’est la vocation, a été reconduit jusqu’à fin 2027 avec une nouvelle enveloppe financière de 200 millions d’euros. Il prévoit une extension massive du parc de bornes de recharge pour véhicule électrique dans les années à venir.
La volonté politique de renforcer la souveraineté technologique de la France autour du véhicule électrique prend par ailleurs un tour concret : quatre gigafactories dédiées à la production de batteries sont en déploiement dans les Hauts-de-France, pour réduire la dépendance de la France aux importations d’Asie.
La stratégie nationale hydrogène revue à la baisse
L’État français soutient depuis quelques années le développement d’une filière française de production et de consommation d'hydrogène bas carbone*$. Le verdissement de cette énergie semblait pertinent pour permettre à certains secteurs très carbo-intensifs, comme la production d’acier ou encore le transport maritime et aérien, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais au printemps 2025, la feuille de route française a été révisée à la baisse : elle vise désormais 4,5 gigawatts (GW) d’ici à 2030 et 8 GW en 2035, au lieu des 6,5 GW et 10 GW prévus initialement.
Des filières prometteuses pour la production d’électricité et de chaleur
Avec 1,48 Gigawatts installés fin 2023 contre 0,48 12 mois auparavant, l’éolien off-shore*$ progresse rapidement. Deux filières sont en cours de déploiement : l’offshore posé (avec 4 à 5 parcs en service ou en construction) et l’offshore flottant (avec 3 pilotes en Méditerranée).
L’État prévoit la mise en service d’une cinquantaine de parcs éoliens en mer d’ici 2050, pour 40 GW de puissance.
Le marché du photovoltaïque*$ est en expansion rapide.
Pour la première fois, plus d'un gigawatt (GW) a été installé en un trimestre, entre le 1er janvier et le 31 mars 2024. Mais cet essor continu se heurte à certains obstacles, dont l’accès au foncier. La France vise en effet 100 GW installés d’ici 2050, ce qui suppose le déploiement de grands parcs au sol, faisant possiblement obstacle à la biodiversité.
Les réseaux de chaleur ont le vent en poupe
La loi « Croissance verte » du 17 août 2015 prévoit, d’ici à 2030, la multiplication par 5 de la quantité de chaleur et de froid renouvelable et de récupération livrée par les réseaux, pour le chauffage des bâtiments en zone urbaine.
66,5 % de l’énergie consommée par les réseaux de chaleur, en 2023, provenaient déjà d’énergies renouvelables ou de récupération*$. De nouveaux procédés émergent : recours à la biomasse, à la géothermie peu profonde, ou encore aux pompes à chaleur.
Le nucléaire, une solution de « décarbonation » ?
En décembre 2023, lors de la COP 28, le nucléaire a été reconnu comme une solution de décarbonation en tant que telle. Dans cette droite ligne, la France s’efforce de faire reconnaître son mix électrique, parmi les plus décarbonés du continent grâce à son importante production d'origine nucléaire.
Le parc nucléaire français est néanmoins vieillissant. Le gouvernement français a pour projet de construire 6 nouveaux EPR*$ en France, soit 23 GW de capacités nucléaires supplémentaires. Mais leur mise en service n’interviendra pas avant 2035. La prolongation de l’exploitation du parc français de centrales nucléaires au-delà de 50 ans de service doit faire l’objet d’un rapport gouvernemental au Parlement avant fin 2026.
Le développement d’un nouveau type de réacteurs nucléaires, les small modular reactors (SMR), d’une puissance comprise entre 50 et 300 mégawatts, a été annoncé comme l’une des priorités du plan de relance France 2030. Pour un investissement initial d’environ 1 milliard d’euros, bien moindre que pour un réacteur de grande puissance, le SMR pourrait répondre aux besoins de régions isolées, de pays dont le réseau électrique est peu développé. Forte de 2 100 « années-réacteurs » d’expérience dans l’industrie nucléaire*$, la France pourrait concevoir un SMR à destination du marché international.
Des infrastructures de stockage et de transport à adapter
Pour accompagner le développement des énergies renouvelables
La France va devoir repenser ses réseaux de distribution, pour prendre en considération le caractère intermittent de la production d’énergie verte*$ et la décentralisation des unités de production. Les coûts pour faire évoluer le réseau électrique sont évalués à 200 milliards d’euros d’ici à 2040, répartis à égalité entre ENEDIS et RTE*$.
D’énormes progrès ont déjà été accomplis – mais restent à perfectionner – pour améliorer la prévisibilité et la fiabilité de la production renouvelable, mais aussi équilibrer le réseau électrique via la flexibilité de la production mais aussi de la demande.
Mais les capacités de stockage, notamment par batteries, devront être renforcées. D’ici à 2030, l’Europe aura besoin d’environ 187 GW de stockage, contre environ 30 actuellement*$.
Pour accompagner l’électrification du mix énergétique et la réindustrialisation
RTE a défini un plan stratégique d’investissement à horizon 2040 dans le but d’opérer les nécessaires transformations du réseau très haute tension (400 000 volts) qui constitue la colonne vertébrale du système électrique français. RTE, le gestionnaire du Réseau de Transport d’Electricité privilégie la transformation des infrastructures existantes ou leur doublement, pour augmenter les capacités techniques de cette colonne vertébrale.
Des travaux de renouvellement sont nécessaires sur un réseau vieillissant, pour lui permettre de faire face au changement climatique. Ainsi 23 500 km de lignes, 85 000 pylônes et des systèmes de télécom et de contrôle commande seront renouvelés, pour un budget global de 100 Md€ sur 15 ans.
La priorité est donnée aux zones industrialo-portuaires de Dunkerque, du Havre et de Fos-sur-Mer, ainsi qu’à 7 zones de développement économique au plan national. RTE prévoit également le raccordement des futurs EPR2*$, et celle des installations marémotrices en mer, ce qui nécessite la création de réseaux jusqu’ici inexistants.
Le point de vue de l'expert
Le Financement de Projets est l’outil adéquat pour financer les projets d’infrastructures EnR, sur une durée longue et avec un risque maîtrisé pour toutes les parties
Pour financer l’électrification des usages de l’électricité, qui est l’un des grands enjeux actuels de la décarbonation du mix énergétique français, les énergies renouvelables (EnR) offrent un potentiel de développement rapide et flexible de moyens de production décarbonés. Dans ce contexte, le Financement de Projet (ou Project Finance) est l’outil adéquat pour financer des projets d’infrastructures dont la durée de vie est longue (supérieure à 20 ans, hors projets de stockage batteries) et qui nécessitent des niveaux d’investissement élevés, cela avec un risque maîtrisé pour tous les acteurs impliqués.
Avec le Project Finance, nous, prêteurs, portons un risque direct sur le projet sans possibilité de recours à l’industriel sponsor du projet ou aux actionnaires. Nous avons donc besoin d’une visibilité claire, à moyen et long termes, non seulement sur la qualité de la contrepartie mais sur la capacité du projet à générer des recettes et de la rentabilité, donc à fonctionner en stand-alone. Cela nécessite une appréhension fine des risques et enjeux liés au projet, notamment les risques de construction, d’exploitation, les risques environnementaux, les aspects juridiques, réglementaires et techniques. Les sécuriser au mieux suppose le recours systématique à des conseils spécialisés et l’implication d’équipes spécialisées dédiées, notamment chez les prêteurs.
De plus, le marché EnR, notamment en France, est actuellement en phase de transition, passant progressivement des revenus réglementés, garantis par l’État, à des schémas de Corporate PPA (Corporate Power Purchase Agreements – ou contrats de droit privé liant un producteur et un consommateur d’électricité), modèle économique de plus en plus répandu permettant de maintenir une sécurisation des revenus du projet sur le moyen / long-terme. Ces contrats ad-hoc nécessitent également une bonne appréhension juridique. Leur durée, généralement plus courte que celles issues des tarifs réglementés, nécessite une compréhension fine des évolutions de marché à long-terme, pour laquelle nous nous appuyons sur des conseils spécialisés.
Nous soutenons tous les acteurs de la filière, des développeurs de projets aux producteurs indépendants et aux Utilities, en passant par les fonds d’investissement dédiés.
« Nous soutenons tous les acteurs de la filière, des développeurs de projets aux producteurs indépendants et aux Utilities, en passant par les fonds d’investissement dédiés. »
Matthieu Guémené, Responsable Financement de Projets Énergie à La Banque Postale