Évolution et perspectives du secteur de la santé

La santé est un secteur qui se caractérise par une forte dépendance aux décisions politiques. Or dans un contexte de restrictions budgétaires et de déficits tendant à devenir chroniques, les établissements, services et entreprises de santé évoluent, en 2025, dans un cadre de plus en plus contraint.

Dans la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2025, des efforts supplémentaires d’économies leur sont demandés, qu’il s’agisse du prix des médicaments, de la maîtrise des dépenses de radiologie, de biologie ou de transports sanitaires, ou encore de la pertinence des prescriptions.

La dynamique de modernisation et de simplification du financement du secteur médico-social (fusion des sections soins et dépendance pour les Ehpad, Serafin pour le secteur du handicap etc.) se poursuit et s’amplifie.

Des moyens supplémentaires sont toutefois attendus en faveur de la santé mentale, grande cause nationale 2025, mais aussi de la prévention en santé, ou encore des soins palliatifs.

La santé, c'est :

L’hôpital dans une logique d'optimisation des parcours de soins

70 % des interventions chirurgicales seront réalisées en ambulatoire à horizon 2030 grâce aux progrès technologiques et organisationnels*$.

Des séjours de plus en plus courts à l’hôpital

Avec le « virage ambulatoire », le système de soins centré sur l’hôpital évolue vers davantage de synergies entre hôpitaux publics et privés et médecine de ville.

Cette mutation se traduit par un développement de l’hospitalisation de jour, de l’hospitalisation à domicile et des plateaux de consultation. L’objectif de 80 % de chirurgie ambulatoire fixé par le Haut Conseil de la Santé Publique est atteignable.

Un déploiement de l’hôpital hors les murs

Les formules exploratoires se multiplient à l’échelle des territoires : plateformes multisites de services, consultations avancées, équipes mobiles à l’interface avec la médecine de ville, plateaux techniques mutualisés entre établissements publics et privés, industriels et chercheurs etc.

Un mouvement de privatisation et de concentration de la santé hospitalière

Dans le secteur MCO (Médecine, Chirurgie, Obstétrique – ou court séjour), le secteur public reste majoritaire, avec deux tiers des capacités d’accueil, même s’il peine à se relever de la crise du Covid. Le secteur privé a, quant à lui, rapidement renoué avec des niveaux d’activité similaires à ceux d’avant la crise.

Des mouvements de fond se manifestent du côté des établissements de soins. Les cliniques, en particulier, opèrent des restructurations et regroupements favorisant la mutualisation des ressources et un rayonnement géographique accru.

Surfant sur les opportunités de croissance, certains acteurs privés du secteur convergent vers un modèle intégré et multi-activités. Des « géants intégrés » émergent : ces groupes de cliniques prennent pied dans la prise en charge du grand âge, les services et soins à domicile ou encore les soins de proximité.

L’organisation des soins à l'heure de l'exercice coordonné

30,2 % des Français loin des soins : un-tiers de la population française vit dans un désert médical (62,4 % en Île-de-France)*$.

La désertification médicale dans un nombre croissant de territoires pousse à accentuer la coordination entre structures et professionnels de santé. Le développement de l’exercice coordonné des soins de premier recours permet, en particulier en zones sous-denses, de maintenir l’accessibilité des soins primaires.

Un développement de l’exercice coordonné et pluri-professionnel

Le modèle des maisons et centres de santé se déploie dans le cadre de communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS).

La dynamique du parc de maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) répond à l’engouement des médecins pour l’exercice collectif. Elle est soutenue par l’intérêt accru des investisseurs immobiliers et l’émergence d’un tissu d’entreprises en facility management, fournissant un accompagnement aux porteurs de projets.

La loi Khattabi de 2023 a mis fin à l’expansion désordonnée (et aux dérives) des centres de santé dentaires et ophtalmologiques, dont le nombre s’était accru de manière exponentielle depuis 2015. Les agréments sont plus rigoureux, les contrôles renforcés et les exigences de transparence accrues.

Une montée en puissance poussive des groupements hospitaliers de territoires (GHT)

Rendu obligatoire par la loi de modernisation de notre système de santé de 2016 et renforcé par la loi du 24 juillet 2019, le GHT prend peu à peu une place stratégique dans le millefeuille hospitalier français. La logique en est celle d’une prise en charge commune et graduée des patients, autour de filières de soins territorialisées. L’établissement support du GHT tend à prendre une place de plus en plus importante.

La réforme est loin d’être aboutie. Les déploiements sont très inégaux d’un département à l’autre. Et si les obligations juridiques sont globalement remplies, les coopérations à mettre en œuvre sont souvent complexes.

Les établissements et services médico-sociaux changent de modèle économique

40 000 établissements et services sociaux et médico-sociaux en France (ESSMS)*$.

700 000 professionnels salariés travaillent dans le secteur médico-social et 50 % exercent en Ehpad, 87 % sont des femmes*$.

Un virage domiciliaire qui peine à s’imposer pour le grand âge

Plus des trois quarts des personnes âgées en perte d’autonomie vivent à leur domicile et non en Ehpad*$.

Quatre freins à la transformation domiciliaire à horizon 2030 subsistent :

  • des métiers insuffisamment attractifs,
  • l’inadaptation des logements,
  • un secteur sous-financé, en précarité budgétaire,
  • le coût du maintien à domicile, plus élevé qu’en établissement pour les personnes très fortement dépendantes.

Des parcours de vie dédiés aux séniors

Des parcours mêlant maintien à domicile, hébergement intermédiaire (résidences autonomie…) et séjours de répit en Ehpad se développent.

Des niches d’offres alternatives au domicile et à l’établissement pour personnes âgées et personnes en situation de handicap ont émergé : habitat inclusif, résidences intergénérationnelles, colocations Alzheimer, béguinages*$, accueils familiaux… Toutefois, après un "boom" entre 2022 et 2023, le nombre d'appels à projets dans le champ de l’habitat inclusif s’est réduit en 2024*$.

Une transformation de l’offre pour personnes en situation de handicap

20 ans après la loi Handicap de 2005, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025 prévoit 270 millions d’euros supplémentaires pour le plan « 50 000 solutions ». Issu de la Conférence nationale du handicap de 2023, un fonds d’appui à la transformation de l’offre soutient l’investissement immobilier pour la création de nouvelles places et la rénovation du bâti, mais aussi l’émergence de solutions modulaires, tournées vers le milieu ordinaire.

Une nouvelle impulsion donnée au développement des services à domicile

Dans le cadre de la réforme globale des services à domicile, les services existants (SAAD, SSIAD et SPASAD) se rapprochent d’ici le 31 décembre 2025 pour devenir des services autonomie à domicile (SAD).

Le financement des SSIAD et SAD mixtes repose depuis le 1er janvier 2023 sur un forfait global de soins. La mise en œuvre de cette réforme s’effectue progressivement entre 2023 et 2027 ; un bilan intermédiaire montre qu’elle revalorise les moyens alloués aux services.

Un décloisonnement entre social et sanitaire

Le secteur du médico-social voit s’opérer un double mouvement d’intégration verticale : les spécialistes de l’hébergement cherchent à s’intégrer en amont en se positionnant sur le marché du domicile ; les acteurs du maintien à domicile médicalisent leur offre.

L’industrie pharmaceutique à la croisée des chemins

73,3 milliards d’euros de chiffres d’affaires pour l’industrie pharmaceutique française, dont 47,1 % à l’export*$.

De multiples défis pour les Big Pharma

L’industrie pharmaceutique joue un rôle crucial dans l’économie française, ainsi que dans les exportations.

Dans le cadre d’une stratégie de relance de la politique du médicament, l’État œuvre pour restaurer la souveraineté sanitaire et industrielle de la France. Entre Big Pharma et Mid Pharma, les portefeuilles de produits se rationalisent et les équilibres de marché se redessinent. Les défis auxquels l’industrie pharmaceutique est confrontée sont multiples :

  • la pérennisation de portefeuille de médicaments matures,
  • la refonte des modes de contractualisation autour de l’innovation thérapeutique,
  • l’intégration à l’écosystème Tech et IA,
  • la réduction des émissions de CO2 associées aux médicaments (leur consommation totalise un-tiers des émissions du secteur de la santé).

Une volonté de relocalisation de l’industrie des principes actifs

La pénurie de médicaments est devenue une préoccupation majeure pour la filière hospitalière. En cause les pressions tarifaires sur les médicaments anciens, ou encore le système “winner takes all” en vigueur dans les achats des hôpitaux. L’État a pris des mesures pour contenir les ruptures d'approvisionnement.

La crise sanitaire a mis en lumière, à partir de 2020, la dépendance de la France à l’égard de l’Asie pour l’accès aux API (principes actifs pharmaceutiques). Des projets emblématiques de relocalisation voient le jour. La structure du marché se transforme, avec le désengagement de grands groupes (ou Big Pharma) et le renforcement des sous-traitants. Les capacités de production nationales augmentent.

Des leviers de croissance ont été identifiés dans certaines technologies clés : principes actifs hautement actifs, chimie en continu etc.

La e-santé à le vent en poupe

90 % des Français utilisateurs de la e-santé en 2024 : une large partie de la population a déjà eu recours à au moins un outil / service numérique en santé*$.

L’open-data au cœur du réacteur

Les données sont un facteur majeur d’accélération de la recherche médicale. Leur croisement sert également à déterminer la meilleure prise en charge : dépistage, diagnostic, interprétation de résultats d’imagerie médicale, prescriptions médicamenteuses... Elles aident, enfin, à l’amélioration continue du système de santé, via l’utilisation des données en vie réelle dans l’évaluation des produits de santé mis sur le marché ou encore dans l’évaluation de l’efficacité des politiques publiques sanitaires, notamment de prévention.

Le Système national des données de santé (SNDS) est unique en Europe, voire au monde. Il a été élargi aux données médico-sociales. Le Health Data Hub permet à des porteurs de projets d’accéder aux données de santé qui forment un patrimoine collectif. Le délai d’accès au Hub reste long : 9 mois en 2023.

Une filière Healthtech française dynamique

La France est le 2e pays européen pour la levée de fonds en capital-risque au bénéfice des entreprises de la biotech, de la medtech et du numérique en santé.

Les 2 660 entreprises innovantes*$ que comptait la filière début 2024 se structurent, se professionnalisent et s’internationalisent. L’enjeu du secteur : trouver un modèle économique pérenne. La complexité à lever des fonds arrive en tête des préoccupations des entrepreneurs.

L’IA générative étend son empire dans la médecine

L’intelligence artificielle ouvre des perspectives disruptives majeures dans le secteur de la santé, avec de nombreuses applications : aide au diagnostic et à la prévention, automatisation des tâches médicales, productivité accrue, optimisation des processus de recherche médicale…

De plus en plus de praticiens utilisent quotidiennement des applications basées sur l’IA.

L’IA générative est une technologie de rupture offrant de multiples potentiels : super assistants pour les praticiens, médecine prédictive et préventive, conseiller personnel pour les patients…

Les MedTech peinent toutefois à obtenir des bases de données volumiques et de qualité pour entraîner leurs modèles.

Les mutuelles et assurances s'investissent dans le champ de la santé

6,4 % de hausse des prestations versées au titre de la santé par les organismes complémentaires, en 2023. C’est la plus forte hausse depuis 2012*$.

La réforme du 100 % santé a provoqué un vrai appel d’air

L’entrée en vigueur du 100 % Santé en 2020 a considérablement alimenté la demande en soins dentaires, en audioprothèse et, dans une moindre mesure, en optique. La structure de la demande a beaucoup évolué dans le domaine dentaire, avec un poids accru des actes prothétiques.

Le défi de la prévention santé mobilise les assureurs

Le secteur de l’assurance et de la prévoyance en santé se mobilise fortement autour de la problématique du bien-vieillir, avec de nouvelles offres à destination des seniors : prévention et dépistage des maladies dégénératives, solutions pour la perte d’autonomie et le maintien à domicile, assistance, résidences seniors etc.

Les leaders en assurance/prévoyance déploient des services de prévention, avec un focus particulier sur 3 thématiques porteuses :

  • santé mentale et qualité de vie et des conditions de travail,
  • dépistage et suivi des maladies graves et chroniques,
  • activité physique et sport en santé.

Des outils innovants sont déployés : programmes d’accompagnement global en santé, plateforme de guidage des parcours de soins, portails agrégateurs de services santé etc. La mutualisation des moyens en prévention (avec les assisteurs, les réseaux de soins, les acteurs AssurTech…) se généralise.

Vers des systèmes de santé plus durable

8 % des émissions de gaz à effet de serre sont le fait du secteur de la santé (76 % de ces émissions proviennent des établissements)*$.

De nouveaux risques liés au changement climatique

Comme l’a amplement démontré la pandémie de Covid-19, le réchauffement climatique et les atteintes à la biodiversité comportent des risques significatifs de nouvelles maladies, cela à grande échelle.

Incendies, zoonoses, effets délétères du réchauffement climatique et de la pollution de l’air sont susceptibles de causer une drastique augmentation des décès prématurés et un afflux incontrôlé de patients vers les établissements de santé.

Des objectifs de résilience climatique de plus en plus largement partagés

La COP 28 a fixé un horizon pour des systèmes de santé résilients au climat et à faible émission de carbone.

Feuille de route interministérielle pour la « Planification écologique du système de santé » en mai 2023, convention de planification écologique signée entre les parties prenantes en décembre 2023, 50 propositions présentées par la Fédération hospitalière de France en novembre 2023 : le secteur de la santé prend la mesure des enjeux et se mobilise pour décarboner la santé.

Ces initiatives sont soutenues par de nombreuses propositions émanant d’organismes experts et de think tanks comme The Shift Project, et d’établissements hospitaliers.

Ce qu’il faut retenir

Le système de santé français est-il toujours celui « que le monde nous envie » ?

Avec une dépense courante de santé au sens international (DCSi) à 11,8% du PIB, la France fait en tout cas partie des 3 pays de l’OCDE qui consacrent la plus forte part de leur PIB à la santé de leurs habitants, derrière les États-Unis (16,5%) et l’Allemagne (12,6%).

Plusieurs tendances sont observables :

  • La prévention a désormais toute sa place au cœur des priorités de santé publique,
  • Les avancées technologiques façonnent des changements majeurs dans la manière dont les soins de santé sont dispensés,
  • De nouvelles alliances transversales permettent des synergies entre public et privé, hôpital et médecine de ville, ESMS et domicile, laboratoires de recherche et établissements de soin,
  • La sécurité, la fluidité des parcours et la prise en charge coordonnée des patients sont plus que jamais des priorités, autour d’une même logique : la personne au-dessus des processus,
  • Enfin, le partage des données entre organismes publics, entreprises et patients ouvre des perspectives inédites pour améliorer les prestations et soins de santé.

Le point de vue de l'expert

« Nous sommes au rendez-vous »

Premier financeur bancaire des hôpitaux publics (avec 25 % de parts de marché) et banquier de premier cercle des grands groupes hospitaliers privés lucratifs, La Banque Postale est un acteur majeur du financement du système de santé français au sens large. Depuis notre position d’observateur des évolutions du secteur, nous identifions 5 enjeux déterminants pour l’avenir du système de santé français. Le 1er est l’équilibre économique, impacté par la pression budgétaire, avec de nécessaires gains d’efficacité. Le second est lié au manque de visibilité pluriannuelle sur les financements publics, alors même que le besoin d’investissement se fait plus prégnant que jamais, au regard du vieillissement de la population et de l’objectif de souveraineté française. Le troisième concerne la disponibilité et l’accessibilité physique et financière des soins, le quatrième concerne l’acceptabilité autour de la sécurité des données de santé et le cinquième est la prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux.
Que ce soit auprès de ceux qui soignent, ou des structures qui fournissent ceux qui soignent, nous sommes au rendez-vous.


«Premier financeur bancaire des hôpitaux publics (avec 25 % de parts de marché) et banquier de premier cercle des grands groupes hospitaliers privés lucratifs, La Banque Postale est un acteur majeur du financement du système de santé français au sens large.»

Leticia Hachem, Responsable marketing Secteur public et économie sociale à La Banque Postale


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