Retraite du dirigeant : est-il judicieux de différer le projet de cession ?

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L’adoption récente du projet de loi de finances pour 2025 ne met pas fin à l’incertitude fiscale existante depuis plusieurs mois. Dans ce contexte, bien des dirigeants d’entreprise désireux de partir à la retraite et de céder leur entreprise peuvent avoir la tentation de différer ce projet. Un réflexe pas forcément pertinent surtout si le dirigeant souhaite avantager ses héritiers, explique David Dumont, directeur de l’ingénierie patrimoniale - Louvre Banque Privée.


Il est donc encore plus important qu’avant pour le dirigeant de savoir s’il veut donner ou pas avant de céder son entreprise et si oui de recourir à un pacte Dutreil avant toute remise en cause de celui-ci. D’autant que la contribution différentielle sur les hauts revenus a fait son entrée dans la fiscalité nationale et conduit à ce que les revenus soient soumis à minimum d’imposition de 20%.

David Dumont, directeur de l'ingénierie patrimoniale - Louvre Banque Privée


Alors que la loi de finances pour 2025 vient d’être adoptée, les travaux préparatoires relatifs à la loi de finances pour 2026 s’ouvrent, eux aussi marqués par le souhait de redresser les dépenses publiques et donc la possibilité de réforme voire de suppression de certains abattements ou dispositifs fiscaux. Cette incertitude touche évidemment les entreprises et leurs dirigeants, en particulier ceux désireux de partir à la retraite.

Céder maintenant ou attendre d’en savoir plus sur la fiscalité applicable ?

Tel est le dilemme de bien des dirigeants d’entreprise désireux de partir à la retraite. En effet, la loi spéciale parue le 20 décembre 2024 au Journal officiel et qui autorise le gouvernement, à défaut de loi de finances pour 2025, à prélever les impôts et à procéder à des emprunts pour financer l’État et la sécurité sociale ne comportait que trois articles, tous en lien avec les objectifs assignés à ce texte. En conséquence, aucun dispositif nouveau n’y figurait : le dispositif d'abattement fixe de 500 000 euros sur les plus-values de cessions de titre des dirigeants partant à la retraite était donc arrivé à expiration le 31 décembre 2024. 

Depuis, la loi de finances pour 2025 a été votée par l’Assemblée nationale et le Sénat*$. Ce texte a prorogé certains dispositifs tel l’abattement de 500 000 euros pour le dirigeant partant à la retraite et ce jusqu’au 31 décembre 2031. Les dirigeants souhaitant prendre leur retraite peuvent donc envisager la cession de leur entreprise plus sereinement mais en veillant toutefois à bien anticiper celle-ci.

Anticiper le projet de cession pour avantager ses enfants

Cette anticipation du projet de cession s’avère particulièrement pertinent pour les dirigeants d’entreprise qui souhaitent avantager leurs enfants et/ou héritiers à cette occasion. « Ce sujet est généralement abordé trop tardivement : dans environ deux cas sur trois, la question de la transmission aux enfants arrive trop tard, c’est à dire peu de temps avant la cession et le plus souvent après celle-ci, déplore David Dumont. Or si cette question est anticipée avec des donations de parts sociales aux héritiers avant la cession, il y a d’une part, purge de la plus-value de cession pour eux et d’autre part, dans la plupart des cas, effacement de la question de l’abattement de 500 000 euros sur le prix de vente pour le cédant ».

Les rebondissements autour du vote du projet de loi de finances 2025 ne peuvent que convaincre le dirigeant qu’il est nécessaire d’anticiper et de bien préparer la transmission à ses enfants avant de céder son entreprise, d’autant que « ce choix entre transmission ou pas avant cession ne préjuge pas de celui qui sera à faire sur la passation des pouvoirs » pointe David Dumont.

Point important : « pour les transmissions, les mécanismes de préparation sont intacts et donc particulièrement intéressants dans une période de fiscalité incertaine. »

Pacte Dutreil : en profiter avant d’éventuels durcissements

Lorsque le dirigeant transmet à titre gratuit son entreprise (c’est-à-dire dans le cadre d’une donation ou d’une succession), le régime d’exonération de 75 % de droits de mutation à titre gratuit du pacte Dutreil peut s’appliquer : la taxation portera alors sur seulement 25 % de la valeur des parts ou actions transmises (pour en savoir plus, notamment sur les conditions requises pour bénéficier de ce dispositif, lire notre article Pacte Dutreil, BSA, apport-cession : quel dispositif (méconnu) pour quelle cession d’entreprise familiale ?). Bonne nouvelle : « il n’est pas envisagé de mettre fin à ce dispositif » partage David Dumont.

« Toutefois, il faut avoir à l’esprit que, dans le projet de loi de finances pour 2025, des amendements ont été déposés avec la volonté de limiter le champ d’application de ce dispositif à la seule activité économique de l’entreprise objet du pacte, en distinguant ce qui relève de l’exploitation, qui sera donc éligible au pacte Dutreil, de la non-exploitation, qui ne serait donc pas éligible ». Les actifs financiers ou immobiliers qui ne sont pas directement liés à l'activité opérationnelle ne seraient donc plus éligibles à l'abattement de 75 % prévu par le pacte Dutreil. Un autre durcissement a été proposé, la révision du calcul de la plus-value en cas de revente de l'entreprise après une transmission sous le régime du pacte Dutreil. Lors de la revente, la plus-value est calculée en soustrayant la valeur d'acquisition, c’est-à-dire la valeur de l'entreprise au moment de la donation ou de la succession, du prix de vente. « Actuellement, l'abattement de 75 % n'est pas pris en compte dans ce calcul, ce qui réduit le montant de la plus-value imposable. Avec la modification qui était envisagée dans les amendements au projet initial, la valeur d'acquisition serait réduite de l'abattement, ce qui augmenterait l'imposition sur la plus-value lors de la revente. Très schématiquement, la base taxable pour calculer la plus-value passerait de 0 à 75 % du prix de la vente. » Et cela sans intégrer l’éventuelle augmentation de la flat tax.

Dès lors, bien que ces amendements n’aient été retenus dans la loi de finances pour 2025, il faut saisir les opportunités dès maintenant : ces amendements devraient logiquement revenir sur la table pour le projet de loi de finances pour 2026 dont les travaux préparatoires viennent de débuter*$.

« Il est donc encore plus important qu’avant pour le dirigeant de savoir s’il veut donner ou pas avant de céder son entreprise et si oui de recourir à un pacte Dutreil avant toute remise en cause de celui-ci. Certes la flat tax n’a pas augmenté et l’abattement sur les plus-values de cession de titres, à 85 % pour une durée de détention de titres supérieure à huit ans, est resté intact. Mais la contribution différentielle sur les hauts revenus a fait son entrée dans la fiscalité nationale et conduit à ce que les revenus soient soumis à minimum d’imposition de 20 %. »  conclut David Dumont.

  • Ce sont des conférences techniques lancées par la ministre chargée des comptes publics et qui se dérouleront du 10 février au 7 mars 2025.

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