Pourquoi la rémunération du dirigeant entrepreneur doit faire l’objet d’une réflexion annuelle ?

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Actée à la création de l’entreprise, la rémunération de son dirigeant entrepreneur ne peut être intangible. Une réflexion régulière est à mener pour tenir compte des évènements ou besoins du dirigeant et de sa structure, indique David Dumont, directeur de l'ingénierie patrimoniale de Louvre Banque Privée. Cette réflexion doit certes porter sur les modalités - salariat, statut de travailleur non salarié, dividendes - mais aussi les dépasser.


La vie d’un chef d’entreprise entrepreneur n’est pas un long fleuve tranquille ; celle de son entreprise non plus. Par conséquent, la rémunération du dirigeant ne peut pas être considérée comme invariable. Le premier paramètre qui influe est, bien évidemment la santé financière de l’entreprise qui, d’une année sur l’autre, n’est pas uniforme. Les dirigeants le savent bien : leur rémunération est la première variable d’ajustement de la rentabilité de l’entreprise. Mais ce n’est pas le seul critère qui doit les inciter à questionner leur rémunération.

David Dumont, directeur de l'ingénierie patrimoniale de Louvre Banque Privée


Challenger l’arbitrage fait à la création de l’entreprise

Le coût pour l’entreprise et pour le dirigeant des modalités possibles de rémunération - salariat, statut de travailleur non salarié, versement de dividendes- sont à considérer. « Cette comparaison, qui englobe les charges sociales, patronales et fiscales au regard de la forme juridique retenue pour l’entreprise, conduit à faire un choix à la création de la structure. Mais cet arbitrage n’est pas gravé dans le marbre », souligne David Dumont. Il convient de le faire évoluer selon les enjeux liés à la vie du dirigeant et à celle de l’entreprise.

« Souvent lors de la création de l’entreprise, le dirigeant opte pour une rémunération répartie entre le versement d’un salaire minimal - afin de lui garantir une protection sociale sans trop ponctionner la trésorerie de l’entreprise - complété par le versement de dividendes. » Puis survient un besoin - achat d’un moyen de transport, d’une résidence principale ou secondaire, ou encore la volonté de préparer sa retraite- qui déclenche une réflexion autour de la rémunération du dirigeant. Toutefois, « mieux vaut s’astreindre à une réflexion régulière, annuelle de préférence, afin de procéder aux ajustements les plus pertinents. Si cette réflexion est menée dans l’urgence, elle peut conduire à n’appréhender que le court terme, pointe David Dumont, alors même que la rémunération du dirigeant relève d’une approche stratégique, qui intègre donc le temps long tant pour le patrimoine du dirigeant que pour la pérennité et le développement de l’entreprise. »

Vie du dirigeant et vie de l’entreprise : se poser les bonnes questions

« La survenance d’un besoin personnel du dirigeant doit le pousser à se poser deux questions principales : combien ai-je besoin de dépenser en plus de mes charges habituelles ? Puis quel est le coût, social et fiscal, de cette dépense ? » explique David Dumont. Ce questionnement peut ouvrir des possibilités, dont celle, par exemple, de structurer son patrimoine en déclenchant une opération en capital. Par exemple un Family buy out*$, technique de transmission d’entreprise à titre gratuit qui combine donation-partage avec soulte (somme d'argent qui, dans le partage compense l’inégalité faite au profit de l’enfant repreneur), constitution d’un pacte Dutreil*$ et création d’une société holding*$ de reprise par l’enfant repreneur à laquelle sont apportés les titres transmis et la soulte due par l’enfant repreneur à ses frères et sœurs.

De plus, « le salaire ou les dividendes à verser au dirigeant pour qu’il réalise son projet peuvent être soumis à des prélèvements fiscaux et sociaux conséquents. Cela peut constituer un seuil psychologique au-delà duquel, pour le dirigeant, une opération en capital s’impose, souligne David Dumont. Et cela est d’autant plus vrai s’il y a un crédit à rembourser pour acquérir le bien objet du projet du dirigeant. »

Bien évidemment, c’est aussi la vie de l’entreprise qui peut venir percuter la rémunération du dirigeant, notamment en cas d’une rentabilité en chute : « le réflexe logique est alors de réduire les dividendes. Si la rémunération du dirigeant est faite de salaires ou de versements au titre du statut de travailleur non salarié, le réflexe peut être de réduire cette rémunération, surtout si elle excède les 50 % de la capacité bénéficiaire de l’entreprise. Mais il convient de veiller à ce que la rémunération du dirigeant soit en adéquation avec les missions effectivement réalisées, afin d’éviter toute remise en cause par l’administration fiscale, alerte David Dumont, car la rémunération ne doit dépendre que des missions exécutées par le dirigeant et non des bénéfices de l’entreprise. »

  • Family buy out est parfois traduit en français par rachat familial même si ce terme peut apparaitre impropre dans le cadre d’une transmission à titre gratuit ; pour en savoir plus sur cette technique de transmission : https://entrepreneurs.lesechos.fr/ma-vie/patrimoine/connaissez-vous-le-family-buy-out-2020498.

  • Le pacte Dutreil permet, sous certaines conditions de faire bénéficier la transmission d'une entreprise familiale d'une exonération de droits de mutation à titre gratuit à concurrence des trois quarts de sa valeur.
    Pour en savoir plus sur ce dispositif : https://www.notaires.fr/fr/entreprise/transmission-reprise/dispositif-dutreil-et-transmission-dentreprise-familiale ; pour une approche plus large des différents dispositifs intéressant pour la cession d’une entreprise familiale, lire notre article : https://www.labanquepostale.fr/entreprises/actualite/cession-entreprise-familiale.html.

  • Une holding (de l’anglais to hold, détenir) ou société-mère est une société qui détient des titres de participation dans d’autres sociétés. « Société par actions simplifiée (SAS) ou société à responsabilité limitée (SARL), il n’y a aucune obligation en termes de forme juridique pour créer une holding. Reconnue en droit fiscal, cette structure est dotée de particularités fiscales qui la rendent très attrayante et cela est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit d’une holding familiale animatrice » partage Sarah Forest, ingénieure patrimoniale au sein de Louvre Banque Privée. Pour en savoir plus : https://www.labanquepostale.fr/entreprises/actualite/2025/holding-animatrice-familiale.html.

Ce qu’il faut retenir

« Trop souvent, la réflexion du dirigeant vis-à-vis de sa rémunération est réduite à un ou deux paramètres alors qu’ils sont bien plus nombreux. Pour être certain de prendre en compte tous les paramètres possibles, une réflexion annuelle s’avère nécessaire, résume David Dumont. Et il convient de le faire avec des conseils qui sont à même de proposer une analyse patrimoniale qui tient compte du court terme, du moyen terme et du long terme. »

Pour approfondir les différences entre dividendes & salaires et dépasser cette seule comparaison pour bien moduler la rémunération du dirigeant, lire l’article de David Dumont publié sur le site de Louvre Banque Privée: « L’arbitrage du dirigeant entre : Salaire - Rémunération & perception de Dividendes ».

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