Les collectivités investies pour soutenir les entrepreneurs de leur territoire - Collectivités - La Banque Postale
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Impulser, animer, mobiliser : les collectivités investies pour soutenir les entrepreneurs de leur territoire

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Les entreprises sont nombreuses à souffrir des conséquences de la crise sanitaire. La relocalisation des industries revient à l’ordre du jour. Le nécessaire soutien à la préservation des emplois se fait plus pressant que jamais. Les collectivités territoriales sont aux avant-postes de ces combats. Mais de quels outils disposent-elles pour agir ?

Plus que jamais en période de crise sanitaire, les collectivités sont aux premières loges pour redynamiser leur tissu économique local et soutenir leurs entrepreneurs quels qu’ils soient.

Soutenir le développement économique dans les territoires : oui, mais quelle économie ?

L’entreprise a changé de visage et ce n’est qu’un début. 96% des entreprises françaises sont des microentreprises avec une moyenne de 1,6 salarié(1). Le nombre de professionnels indépendants va croissant. Plus de 47% des entreprises créées en 2019 l’ont ainsi été sous statut d’auto-entrepreneur.

 

Le développement économique : une compétence partagée

Depuis la loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République (la loi « Notre » de 2015), les régions sont têtes de file de l’action économique dans le millefeuille territorial. Elles sont relayées sur le terrain par les intercommunalités : le développement économique fait partie des compétences obligatoires des EPCI. Les grandes agglomérations ont, quant à elles, pour la plupart développé des politiques de planification, acquisition foncière, gestion, requalification, reconversion de friches, construction, services aux entreprises. Des politiques qui, dans les zones rurales, sont parfois assumées par les départements.

Avec la crise sanitaire, de nombreux maires se sentent investis d’une responsabilité à soutenir les entreprises locales.

Une répartition des rôles, souvent informelle, s’est naturellement mise en place. Les collectivités infrarégionales tendent à intervenir sur des services à faible valeur ajoutée, nécessitant peu de compétences techniques mais une proximité avec les entreprises. Les régions se spécialisent davantage sur les services à forte valeur ajoutée.

Des organismes spécialisés font également partie du paysage : comités d’expansion économique, agences de développement économique, agences régionales de l’innovation, agences de développement du tourisme…

 

Des recettes qui ont fait leurs preuves

Exonérations fiscales, réserve d’offre foncière, mise à disposition de locaux, accueil des créateurs d’entreprises dans des pépinières, hôtels d’entreprises ou incubateurs, subventions : l’arsenal classique des collectivités pour soutenir les entreprises de leur territoire est toujours d’actualité.

S’agissant d’aides au privé, ces dispositifs doivent respecter un certain nombre de principes généraux. Ils ne doivent ainsi pas fausser le libre jeu de la concurrence. Il est interdit aux collectivités de prendre des participations dans le capital de sociétés commerciales, sauf exceptions prévues par la loi et relevant de l’économie mixte (via des SEM ou des sociétés de développement régional). Les collectivités doivent enfin veiller à ne pas exercer de discriminations entre les entreprises et les citoyens.

C’est en partant des besoins effectifs des entreprises que les collectivités montrent aujourd’hui leur capacité à redynamiser le tissu économique local. Elles doivent faire preuve de réactivité, de capacités d’adaptation et d’anticipation…bref : de réflexes d’entrepreneurs. De ce point de vue, le dumping fiscal ne produit pas forcément l’effet escompté. Dans leurs choix d’implantation et de développement, les entreprises s’avèrent être davantage sensibles à l’environnement et au cadre de vie offerts par le territoire.

 

Des services satellites pour créer un terreau favorable

Il revient aux collectivités de créer un environnement favorable au développement et à la compétitivité des entreprises. Par exemple en facilitant les dessertes en transport en commun, en structurant la gestion des déchets, ou en facilitant le stationnement ou la restauration interentreprises. La mise en relation des demandeurs d’emplois et des employeurs qui recrutent, la formation des salariés ou candidats à l’embauche dans des métiers en tension font également partie de ces politiques dites « de l’offre ».

Car si c’est l’État qui influe la compétitivité-coût des entreprises, en déterminant l’essentiel du niveau des charges imposées aux entreprises, la compétitivité-hors prix peut être optimisée dans un cadre plus territorial. Il s’agit de favoriser la capacité des entreprises à optimiser la montée en gamme de leurs produits, leur niveau d’innovation, leurs exportations, la qualification de leur main-d’œuvre… Une stratégie de résilience qui nécessite des relations étroites entre les entrepreneurs et les acteurs publics locaux.

 

Des aides publiques à « effet de levier »

Le soutien apporté par les collectivités à leur tissu économique local a changé de visage. Il est ainsi passé d’une logique de guichet à une logique de soutien aux projets, un soutien contractualisé avec des engagements concrets des porteurs de projets. Serait-ce la fin du saupoudrage des aides ? Parallèlement, les exigences envers les entreprises aidées augmentent notamment dans le champ social (réduction des emplois précaires, embauche de travailleurs handicapés…) et environnemental (récupération des déchets, économies d’énergie…).

Cet effort de hiérarchisation des priorités s’accompagne d’un recours généralisé aux outils d’aide à effet de levier, comme les avances remboursables, ou les garanties de prêts bancaires. De quoi renflouer la trésorerie malmenée des entreprises durant la crise sanitaire, en complément des aides nationales, avec un effet maximal dans un cadre budgétaire contraint.

 

Facilitateurs, propulseurs : les élus ont de nouvelles cordes à leur arc

Le rôle économique des collectivités territoriales a longtemps consisté à animer les acteurs locaux et à saupoudrer des aides financières. Depuis quelques années, elles se mobilisent plus activement pour structurer des filières locales, encourager les entreprises à recourir à la sous-traitance locale, ou encore à relocaliser leurs lignes de production. Certaines communautés d’agglomération ou métropoles recrutent pour ce faire des chargés de mission. Un combat qui est, aujourd’hui, moins que jamais d’arrière-garde. D’autant que les entreprises qui résistent le mieux à la crise sont souvent celles qui ont su ne pas faire cavaliers seuls.

Dans le cadre spécifique des centres-villes, particulièrement mis à mal durant la crise sanitaire, le rôle des élus aux côtés des professionnels, commerçants et artisans est également crucial à plusieurs niveaux. Dans un contexte difficile, certaines réponses sont à apporter à court terme : identifier les possibles défaillances, recruter un manager de centre-ville, accompagner la nécessaire mutation des commerces vers le numérique (en termes de visibilité et de nouveaux services rendus). Une mutation qui peut être collective : cf la création de sociétés coopératives d’intérêt collectif de centre-ville, dont les collectivités peuvent devenir actionnaires et qui sont couplées avec des plateformes numériques partagées.

À moyen et long termes, les élus ont à traiter d’autres problématiques. Comme celle de l’immobilier commercial et de la vacance commerciale. La création de 100 foncières sur le territoire, cofinancée par la banque des Territoires, doit ainsi permettre de restructurer 6 000 commerces dans les 5 ans à venir.

Dernier axe de travail pour les élus : l’accompagnement des nouveaux formats d’activité commerciale et de consommation. Par exemple en favorisant l’organisation de circuits courts dans le domaine alimentaire, ou la logistique du dernier kilomètre pour la livraison des colis.

 

Ensemble, c’est mieux

Le soutien des collectivités aux entrepreneurs sur leur territoire passe ainsi souvent par la création et l’animation de collectifs d’entreprises. Des clubs, groupements d’intérêt économique, pôles de compétitivité, clusters au sein desquels peuvent être mutualisées certaines fonctions support comme les secrétariats, services de formation, espaces de coworking, filières de recyclage, biosourcing pour les approvisionnements, observatoire de décryptage des tendances de marché, campagnes de communication...

« Les clusters, remparts à la crise ? » s’interrogeait, en février 2021, la Gazette des Communes. Structures de coopération entre collectivités territoriales et acteurs économiques, ces écosystèmes locaux se révèlent particulièrement résilients. Ils présentent l’avantage de permettre aux entreprises membres de multiplier les synergies tout en bénéficiant d’une large palette de services.

La crise sanitaire du COVID-19 produit des effets désastreux sur l’activité et l’emploi pour tout un pan de l’économie des territoires. Les bassins d’emplois les moins diversifiés sont particulièrement touchés. Toulouse pourrait ainsi perdre jusqu’à 10 000 emplois directs et indirects sur son bassin d’emploi, avec la crise de l’aéronautique.

Sans nier cette réalité, il faut aussi reconnaître que la crise peut aussi être source d’opportunités nouvelles. C’est en tous cas ce qu’estimaient, en décembre 2020, 90% des entreprises exerçant leur activité dans le cadre coopératif d’un cluster ou d’un pôle de compétitivité(2). 63% des entreprises interrogées s’attendent à des possibilités de lancement de nouveaux produits et 73% à l’ouverture de nouveaux marchés.

Passée la sidération, le temps semble venu de faire émerger des idées neuves…

(1) Source : Insee, 2017.

(2) Dans une étude d’opinion publiée en décembre 2020 par le réseau France Cluster.