Elément clé de l’accès au financement, quelles qu’en soient la source et les modalités, la notation de crédit d’une entreprise est un processus complexe qui évalue la solvabilité de l’entreprise, sa capacité à honorer ses obligations financières, notamment ses dettes. Les notations vont du triple A (AAA), réservé aux entreprises les plus sûres à C, pour celles proche du défaut. Toutefois ces opinions prospectives sont le plus souvent tournées vers les grandes entreprises : le prix est élevé, les meilleures notes sont inatteignables pour les entreprises de taille moyenne, et l’approche est ancrée essentiellement sur les aspects financiers. Tout cela pénalise les ETI, un segment très dynamique - il se crée en France 180 ETI par an- et un poids conséquent dans l’économie nationale : les 5400 ETI françaises représentent 25 % de l’emploi, 34 % des exportations, 75 % des sites de productions dans les villes moyennes ou en zone rurale et 23 % des dépenses de R&D des entreprises.
Ces chiffres sont issus du premier rapport de l’Observatoire lancé par INBONIS Rating, une agence de notation de crédit agréée qui démocratise ce service pour les PME et ETI, en partenariat avec le Mouvement des Entreprises de Taille Intermédiaire (METI)*. Ce même rapport, rendu public en octobre 2022, permet de mieux appréhender la singularité des ETI et éclaire aussi sur les leviers que les ETI et les PME de croissance, des ETI potentielles donc, doivent actionner pour se développer.
Gouvernance, talents et gestion des données améliorent la notation
En matière de notation, les ETI se distinguent aussi : leur notation moyenne dans une approche classique est de BB-, une note supérieure à la moyenne des entreprises nationales, B. Et si l’on prend en compte les aspects qualitatifs de la réalité de l’entreprise, cette notation s’améliore de manière significative.
Ainsi, INBONIS et le METI proposent de comparer la note des ETI dans le système classique d’une part, et d’autre part la note qu’elles obtiendraient si l’évaluation se faisait sur un ensemble de facteurs plus vastes, allant du modèle économique à l’innovation, en passant par les leviers de croissance, la tendance du marché, les aspects financiers, mais aussi la gouvernance, les talents, ou encore la matérialité des risques ESG. Résultat : les aspects qualitatifs améliorent la notation d’un cran pour l’ensemble des ETI et jusqu’à 3 crans pour les meilleures ETI (celles notées BB- ou mieux).
Parmi les facteurs qualitatifs, les éléments relatifs à la gestion et à la gouvernance ont le plus grand impact positif. Cela comprend des aspects tels que la composition de l’équipe de direction, particulièrement son savoir-faire et sa connaissance du secteur, la qualité et l’engagement des actionnaires et d’autres pratiques telles que la qualité et la cohérence des données disponibles. Sans surprise ces éléments font partie des traits communs aux ETI : ainsi 97 % d’entre elles ont une équipe de direction qui possède une très bonne connaissance des clients/secteurs/marchés, et 91 % disposent d’une cohérence entre les données, la documentation d’appui et les déclarations des entreprises.
Bon à savoir
Si ces facteurs qualitatifs, bien souvent extra-financiers ont un impact très positif sur la notation, ils jouent aussi un rôle très conséquent dans le financement des ETI que ce soit en termes d’accès (prêt vert, obligations vertes) ou modulation (crédit à impact) comme l’a souligné Célia Doublet, directrice marketing de la banque de financement et d'investissement de La Banque Postale lors de la soirée de lancement de l’Observatoire.
Miser sur la résilience et la robustesse économique pour se développer
Le rapport s’intéresse aux ETI les mieux notées et identifie leurs trois grandes caractéristiques, à savoir :
- une plus grande résilience. Elles ont par exemple une forte capacité à ajuster les coûts aux revenus ou à surmonter un mauvais trimestre
- une meilleure rentabilité de leurs modèles économiques. Ainsi 93 % ont une différentiation fondée sur le modèle d’affaires
- une meilleure gestion du domaine financier, avec notamment des fonds propres stables et proportionnels à l’activité pour 70 % d’entre elles.
Grande capacité d’adaptation, robustesse économique, acuité de la gestion financière : ces atouts des meilleures ETI constituent pour les autres entreprises des pistes de travail, des leviers pour un développement pertinent et une amélioration de leur notation.
De la tactique mais pas de vraie stratégie financière
Point de vigilance important et qui constitue un point faible chez bon nombre d’ETI : la performance financière. Ainsi seules 40 % des ETI présentent un ratio fonds propres/dette adéquat, ce qui s’explique sans doute par la difficulté à accéder à des fonds propres ou quasi-fonds propres (lire sur ce point l’article consacré aux prêts participatifs relance, PPR).
Des enseignements dont les 5000 PME qui ont le potentiel de devenir les ETI du futur selon l’Observatoire, peuvent donc tirer profit. Si tel est le cas le nombre d’ETI pourrait doubler en France !
Ce premier rapport de l'Observatoire démontre que les ETI françaises, si elles excellent dans leur gestion de trésorerie, ne disposent que rarement d'une stratégie financière. C'est un vrai manque et à cet égard recourir à une notation permet de se poser les bonnes questions.
Alberto Sanchez Navalpotro, Directeur Général d'INBONIS Rating.
A propos de l’Observatoire INBONIS Rating-METI
Cette première édition a été réalisée sur l’analyse d’un échantillon de plus de 450 entreprises notées par INBONIS Rating, qui a construit une base de données unique avec plus 45.000 data points qualitatifs. En effet, pour chaque entreprise notée, les analystes répondent à 50 questions qualitatives et rédigent en moyenne 50 facteurs explicatifs.
L’Observatoire INBONIS - METI publiera des rapports actualisés chaque semestre, dans la volonté de suivre l’évolution de la vraie valeur des ETI, en offrant des conclusions enrichies par un nombre croissant d’ETI. La collaboration METI et INBONIS permettra de démocratiser l’accès de la notation de crédit au plus grand nombre des ETI.