Le cancer est, selon la Cour des comptes*$, la maladie qui coûte le plus cher à la collectivité : 22,5 milliards d’euros en 2021, soit 12,1 % des dépenses de l’Assurance maladie cette année-là. Aux coûts directs associés aux 3,4 millions de patients pris en charge et aux 400 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année*$, s’ajoutent des impacts financiers plus globaux sur les familles et aidants des patients, mais aussi sur leurs employeurs, etc.
Les seules dépenses consacrées aux médicaments anticancéreux (en ville et à l’hôpital) sont, quant à elles, estimées à environ 10 milliards d’euros, soit un tiers des dépenses de médicaments remboursables en France.
De ces chiffres, il faut paradoxalement se réjouir car l’importance des dépenses engendrées par le cancer s’explique en partie par les progrès importants accomplis, ces dernières années, dans le diagnostic et les traitements. Des avancées qui changent le pronostic de nombreux cancers.
Le cancer apparaît donc clairement comme une problématique à la fois médicale et sociétale.
Source : https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-05/20240529-Ralfss-2024-Medicaments-anti-cancereux.pdf
Source : https://www.cancer.fr/l-institut-national-du-cancer/la-strategie-de-lutte-contre-les-cancers-en-france/strategie-decennale-de-lutte-contre-les-cancers-2021-2030/le-cadre-national/la-seconde-feuille-de-route-2026-2030
Un bilan encourageant pour la première période 2021-2025
La feuille de route 2026-2030 de la Stratégie décennale de lutte contre les cancers a été conçue sur la base d’une large consultation des parties prenantes, ainsi que sur l’avis du Conseil scientifique international de l’Institut National du Cancer (INCa). Son élaboration s’est appuyée par ailleurs sur le bilan de la précédente feuille de route, en tenant compte des enseignements de cette première phase : progrès réalisés sur la période 2021-2025, défis persistants et besoins émergents.
Sur la période 2021 à 2025, près de 90 % des actions programmées (212 sur un total de 237) ont été engagées. Parmi ces dernières, plus de 70 sont achevées et environ 140 sont en cours*$.
Levier essentiel de la stratégie, la prévention des facteurs de risque permettrait d’éviter près de la moitié des cas de cancer. Elle a connu sur la période 2021-2025 des avancées très significatives : une baisse de 28 % du nombre de fumeurs entre 2021 et 2024, un gain de 16 points de couverture vaccinale contre les Infections à Papilloma Virus (HPV) chez les garçons de 16 ans entre 2022 et 2024, etc.
La qualité des soins a été renforcée. En témoignent la réforme des autorisations avec de nouveaux seuils minimaux d’activité, la labellisation de 4 réseaux d’excellence clinique pour la prise en charge des patients atteints de cancers à mauvais pronostic (poumon et pancréas), ainsi que les projets de recherche visant la réduction des séquelles et la désescalade thérapeutique. Les efforts de recherche consentis se sont notamment traduits par le lancement de 6 projets de recherche High Risk – High Gain sur les cancers de mauvais pronostic, la mobilisation d’un budget de 80 millions d’euros dédié à la recherche en oncopédiatrie, une hausse de 22% entre 2021 et 2024 du nombre de patients inclus dans des essais cliniques, ou encore la sélection de 31 traitements anticancéreux émergents dans le dispositif Horizon Scanning de l’INCa.
Des moyens stabilisés pour 2026-2030
Cinq années, cinq priorités, cinq publics ciblés. La seconde phase de la Stratégie décennale de lutte contre les cancers se concentre sur un éventail resserré d’actions : celles susceptibles de produire les impacts les plus décisifs. Simplifier et prioriser, tel est l’objectif pour continuer à progresser sur la trajectoire initialement définie. La feuille de route 2026-2030 se place ainsi au service de la lisibilité et de l’efficacité de l’action collective, en s’efforçant de concilier résolution de l’urgence et progrès sur le temps long.
Avec plus de 1,7 milliard d’euros octroyés pour la période 2026-2030, les moyens financiers affectés à la Stratégie restent inchangés. Dans un contexte budgétaire contraint, cette enveloppe renouvelée marque un engagement continu des pouvoirs publics et la confiance portée à l’ensemble des parties prenantes – dont les Centres de Lutte Contre le Cancer (CLCC) et les services hospitaliers spécialisés en oncologie – pour déployer une stratégie porteuse d’espoir pour tous.
Cinq orientations stratégiques pour faire la différence
La prévention
Les comportements, les modes de vie et les inégalités de santé se dessinent dès la petite enfance. C’est pourquoi la Stratégie décennale de lutte contre les cancers entend organiser un continuum d’actions à tous les âges de la vie, mobilisant en particulier les acteurs en contact avec les jeunes. La prévention dès le plus jeune âge est l’une des priorités des 5 ans à venir, tout comme l’intensification de la lutte contre le tabac et les usages nocifs de l’alcool, la focalisation sur les cancers de la peau et de l’utérus et sur les risques environnementaux.
Un dépistage pour chacun
Le dépistage massifié permet d’augmenter la détection des lésions précancéreuses et des cancers à un stade précoce, pour de plus grandes chances de guérison. L’enjeu de la feuille de route 2026-2030 est donc de dépister davantage, avec une augmentation de la participation aux programmes de dépistage organisé existants, la construction d’un programme dédié aux cancers du poumon – fléau en forte croissance chez les femmes – et le ciblage des personnes à risque accru via une meilleure personnalisation des dépistages.
Un parcours de santé augmenté
L’excellence des soins en cancérologie en France est largement reconnue : 12 Centres de lutte contre le cancer (CLCC) sont ainsi classés parmi les meilleurs hôpitaux spécialisés en cancérologie au monde*$. Sur la période 2026-2030, les priorités porteront sur l’accélération de l’accès au diagnostic et à l’entrée dans les soins pour les personnes atteintes de cancers à mauvais pronostic. Le virage domiciliaire sera intensifié et sécurisé, et un effort particulier sera porté à la limitation des séquelles et à l’amélioration de la qualité de vie pendant et après les traitements.
Source : https://www.unicancer.fr/fr/communique-de-presse/12-centres-de-lutte-contre-le-cancer-classes-parmi-les-meilleurs-hopitaux-en-cancerologie-dans-le-monde/
Un service public du cancer mieux outillé
La réponse collective apportée aux cancers s’incarne dans un service public du cancer qui garantit la cohérence nationale de l’action. Deux axes principaux vont structurer la phase 2 de la Stratégie décennale : l’accès facilité à une information de référence, aux démarches et aux droits, via un guichet unique numérique ; la création d’un registre national des cancers, outil clé pour comprendre les causes et les facteurs responsables des cancers, notamment les expositions environnementales.
Le potentiel de la recherche et des données libéré
Dans un champ scientifique en constante évolution, la recherche en cancérologie apparaît comme un levier décisif de lutte contre la maladie. La période 2026-2030 sera mise à profit pour soutenir une recherche disruptive, consolider les efforts menés sur les cancers de l’enfant, accélérer l’ouverture et élargir l’accessibilité des essais cliniques.
Pour tirer profit de l’essor des données massives et de l’intelligence artificielle, des applications concrètes, sécurisées et éthiques seront développées.
Cinq publics cibles prioritaires
- Les personnes en situation de handicap. Pour que les progrès accomplis profitent à tous, il s’agit de lever les obstacles entravant le parcours des personnes confrontées au cancer.
- Les jeunes. Des données récentes laissent entrevoir une augmentation de l’incidence des cancers dès l’adolescence. Plusieurs actions seront donc dédiées aux adolescents et jeunes adultes (15-24 ans) pour leur garantir l’accès à des thérapeutiques innovantes, ainsi qu’à des soins, à un accompagnement et un suivi adaptés à leurs besoins.
- Les résidents des territoires d’Outre-mer. En dépit de la diversité de leurs contextes spécifiques, ces territoires partagent une situation sanitaire globalement moins favorable qu’en métropole, du fait de l’éloignement géographique et de contextes socio-économiques fragiles. Pour pallier cette situation, la feuille de route 2026-2030 mise, dans ces territoires, sur une adaptation des stratégies de prévention, un renforcement de la coordination des acteurs, une coopération plus étroite avec l’Hexagone et un meilleur accès à l’innovation.
- Le monde du travail. Sachant que 4 personnes sur 10 sont en activité au moment de leur diagnostic, les priorités iront à la mobilisation des employeurs comme relais de prévention, à la conciliation entre maladie et emploi, ainsi qu’à l’accompagnement des travailleurs indépendants et des demandeurs d’emploi.
- Les personnes âgées. Particulièrement fragiles face au cancer du fait de l’âge, de la perte d’autonomie ou encore de comorbidités fréquentes, les seniors bénéficieront d’actions ciblées : prévention et dépistage dédiés, parcours de soins optimisés, inclusion accrue dans les essais cliniques.
Une gouvernance clarifiée
La feuille de route 2026-2030 repose sur une gouvernance rénovée et simplifiée à trois niveaux : un comité national de suivi, un comité interministériel de pilotage et des comités thématiques destinés à assurer un suivi rapproché des actions relatives aux publics cibles. Cette simplification doit renforcer le pilotage, la coordination des acteurs et l’efficacité des actions. Une articulation européenne et internationale sera assurée à travers le "Hub Cancer France", espace de coordination stratégique animé par l’Institut national du cancer.