Les entreprises et l’instabilité géopolitique : gérer les risques de change et de taux

  • assurances
  • entreprises
  • economie

Dans un contexte géopolitique structurellement instable, causant des chocs macro-économiques majeurs, la gestion des risques de change et de taux d’intérêt doit évoluer. Les entreprises doivent désormais considérer leur capacité à supporter la survenance de scenarii extrêmes, explique Cyril Cudennec, directeur de la salle de marchés de La Banque Postale.


Le marché a son propre prix de l’aléa futur. Il peut être inférieur à l’appréciation qu’en font certains agents économiques. Ainsi, juste avant le début de la guerre au Moyen-Orient, le marché valorisait la volatilité des taux à un niveau faible alors que le risque géopolitique était déjà sous-jacent. 

Cyril Cudennec, directeur de la salle de marchés de La Banque Postale


Le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient a remis en lumière l’impact macro-économique que peut avoir l’instabilité géopolitique, et ce, quatre ans à peine après le début du conflit russo-ukrainien. « Nous évoluons plus que jamais dans un monde structurellement instable, dans lequel la fréquence des crises augmente » décrit Cyril Cudennec. Au cours de ces deux crises, la hausse des prix de l’énergie s’est transmise aux autres matières premières et a été accompagnée d’une appréciation du dollar américain et surtout d’une hausse des taux d’intérêt. « Par son scénario, cette crise illustre parfaitement que les risques financiers et les risques de hausse des prix des matières premières, puis des autres postes de dépenses, peuvent se matérialiser de manière concomitante, amplifiant le risque de hausse des charges pour les entreprises », explique Cyril Cudennec.

La très forte volatilité des taux d’intérêt

« Le conflit au Moyen-Orient a réactivé le potentiel de très forte volatilité des taux d’intérêt. Les taux de maturité à deux ans ont augmenté de 80 points de base au cours du mois de mars 2026 ! Or, un tel différentiel de taux peut à lui seul annihiler l’équilibre financier d’un projet, d’une acquisition, d’un refinancement, déplore Cyril Cudennec. Couplé à la survenance d’autres risques, il peut même mettre en danger la solvabilité d’une entreprise ».

Cette somme de risques diffus, qui peuvent générer des coûts extrêmes en particulier si plusieurs risques surviennent simultanément, impose une gestion des risques financiers renouvelée aux entreprises. Elle doit être pensée en analysant le coût potentiel de l’absence de couverture, plus que le coût de la couverture elle-même. » Une telle approche doit en particulier être mise en œuvre face aux risques de taux d’intérêt et de change : « comme en assurance dommage, se couvrir revient à transformer la possible survenance d’un risque extrême ayant un impact financier insurmontable pour l’entreprise en une charge médiane soutenable », énonce Cyril Cudennec.

Pour analyser la soutenabilité de ses risques, il convient, pour l’entreprise, d’identifier et de quantifier ses principaux facteurs de risques en analysant ses postes de charges et de revenus. « Cette analyse, classique pour un trésorier ou un directeur financier, permet d’identifier l’existence d’un risque, puis de quantifier la sensibilité du compte de résultat au prix de telle matière première, au cours de telle devise ou aux taux d’intérêt. »

Le marché a son propre prix de l’aléa futur

Cette analyse doit être menée en supposant un mouvement défavorable simultané des différents facteurs de risques, et autant que possible, avec une vision prospective. « Ainsi, pour le risque de change, l’entreprise pourra anticiper le renouvellement de ses contrats de distribution ou de fourniture libellés en devises étrangères, précise Cyril Cudennec. Pour le risque de taux, elle pourra intégrer sa trajectoire d’endettement à venir. »

Il convient ensuite d’appréhender le fait que « le marché a son propre prix de l’aléa futur, déterminé comme un prix d’équilibre entre l’offre et la demande, qui peut être inférieur à l’appréciation qu’en font certains agents économiques. Ainsi, juste avant le début de la guerre au Moyen-Orient, le marché valorisait la volatilité euro/dollar à un niveau faible. Les options (soit les contrats donnant le droit, mais non l'obligation, d'acheter ou de vendre une devise contre une autre à une date et un cours définis) pouvaient être achetées à “bon marché“ alors que le risque géopolitique était sous-jacent. Fin mars, le prix de marché de l’aléa, la volatilité implicite, sur l’euro/dollar est nettement plus faible qu’au début du conflit en Ukraine. Inversement, pour les taux d’intérêt, cette volatilité implicite est aujourd’hui proche de son niveau de 2022, période de très forte hausse des taux » relate Cyril Cudennec.

Le choix du type de couverture contre le risque de change*$ ou le risque de taux repose donc sur :

  • le risque résiduel que l’entreprise est prête à assumer et donc la détermination du seuil au-delà duquel elle ne peut plus seule assumer ce risque. Cela permet de déterminer les instruments de couverture les plus propices ou la part des expositions à couvrir ;
  • puis le prix que le marché donne au risque de variation des cours de change ou des taux d’intérêt afin de se donner toutes les chances de conclure les contrats de couverture au moment le plus propice.

« Le banquier peut utilement éclairer l’entreprise sur le prix que le marché attribue aux différents risques par rapport à leur niveau historique, en particulier en période de crise, et sur les solutions permettant d’écrêter ces risques » partage Cyril Cudennec.

  • Sur les différents types de couverture de change, lire notre page dédiée (https://www.labanquepostale.fr/entreprises/bfi-banque-financement-investissement/solutions-financement-marche-produits-couverture.html) et notre article (https://www.labanquepostale.fr/entreprises/actualite/risque-de-change.html).

Pour en savoir plus

Le mardi 19 mai 2026, Cyril Cudennec, directeur de la salle des marchés de La Banque Postale, interviendra dans la Big Session de l’évènement UniversFinance consacrée à “Comment mieux gérer l'impact de l'instabilité économique et géopolitique au niveau du change, des taux et prix des matières premières ?“ (programme d’Universfinance)

Solutions associées

Titres États en €

Placement de trésorerie

Découvrez les Titres d’État en euros de La Banque Postale, une solution de placement destinée aux acteurs publics pour valoriser leurs excédents de trésorerie avec des supports sécurisés et adaptés à leurs besoins de gestion financière.

Financer les investissements de votre entreprise

Financement

Parce que votre entreprise évolue, il est parfois nécessaire d’agrandir vos locaux ou d'acheter de nouveaux actifs de production.

Articles associés

Thématiques :

  • patrimoine
  • cession reprise
  • entreprises

5 avantages sous-estimés d’une cession d’entreprise familiale bien anticipée

Thématiques :

  • economie
  • Etudes
  • entreprises

La croissance française devrait s’établir à 1 % en 2025 (et 2026) : pourquoi ?

Thématiques :

  • placements
  • entreprises

Placements et couverture des risques : quand volatilité rime avec opportunités !