Interview

Le prêt social pour financer les investissements capacitaires des Services Départementaux d’Incendie et de Secours (SDIS)

Changement climatique, désertification médicale, vieillissement de la population, carences ambulancières, saturation des services d’urgence, difficulté à entretenir la flamme du volontariat… Les Services Départementaux d’Incendie et de Secours sont, ces dernières années, soumis à rude épreuve. Parmi eux, le SDIS de la Vendée a bénéficié en 2023 d’un prêt social* de La Banque Postale pour financer un programme d’investissements destiné à maintenir sa force de frappe. Rencontre avec Magali Cozic, cheffe du groupement Administration Finances du SDIS 85.

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Avec 13 612 interventions par jour en 2022 (soit une toutes les 6 secondes), les SDIS ont vu leur volume d’activité augmenter, sur le plan national, de plus de 15 % en 2 ans(1). Or, financées à 59 % par les conseils départementaux et à 41 % par les communes et établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), leurs ressources n’ont, quant à elles, progressé que de 12 % en 5 ans, d’où un besoin de financement particulièrement présent.

En Vendée, la situation est particulière, du fait d’un maillage territorial particulièrement fin de 75 centres d’incendie et de secours : une densité très supérieure à la moyenne nationale (plutôt autour de 30 centres).

L’organisation territoriale du SDIS de Vendée est particulièrement dense. Pourquoi ?

Magali Cozic : « Le SDIS bénéficie d’un soutien politique fort de la part du conseil départemental, qui finance 76 % de notre fonctionnement. Avec la départementalisation des services d’incendie et de secours en 1973, le choix a été fait de conserver une grande proximité opérationnelle vis-à-vis des citoyens. Nous sommes encore aujourd’hui largement soutenus par nos financeurs - département, mais également communes et EPCI - pour accompagner notre développement dans un contexte global d’augmentation continue des besoins. »

L’activité du SDIS de Vendée est-elle saisonnière ?

Magali Cozic : « L’activité du SDIS est légèrement plus intense d’avril à septembre. Mais l’impact de cette saisonnalité est faible au regard de celui de l’augmentation des besoins d’intervention. Car la population vendéenne évolue, gagnant 5 à 8 000 nouveaux habitants chaque année. Cette croissance démographique, jointe au vieillissement de la population et à une activité économique en fort développement dans le département engendrent de nouveaux risques globaux. Cela quels que soient les types d’intervention : accidents de la route, incendies, secours à la personne… »

La Vendée a subi de violents incendies en 2022. L’activité du SDIS 85 est-elle impactée par le changement climatique ?

Magali Cozic : « L’année 2022 a été effectivement marquée, en Vendée, par des incendies d’une intensité inhabituelle. On voit arriver par ailleurs les crues, les inondations, comme ailleurs sur le littoral français. Le changement climatique est donc perceptible, même s’il est difficile d’en mesurer objectivement la portée. »

Le SDIS 85 a souscrit en 2023 un prêt social de 4,5 millions d’euros auprès de La Banque Postale. À quelles fins ?

Magali Cozic : « Le programme d’investissement pour lequel le SDIS a fait appel à La Banque Postale concerne au premier chef l’acquisition de véhicules d’intervention dédiés à l’optimisation de la lutte contre les feux de forêt. C’est là une priorité nationale, dans le cadre de la stratégie étatique de mutualisation des moyens d’intervention par zones de défense (le pacte capacitaire). Pour le SDIS 85, l’investissement est lourd : 10,7 millions d’euros dans l’évolution du parc roulant, avec l’acquisition de camions citernes « feux de forêt » et de tout premiers véhicules électriques, hybrides et à hydrogène, qui seront utilisés par les officiers accompagnant les interventions dimensionnantes. »

Le second volet du plan d’investissement concerne la mise à niveau des outils numériques du SDIS. Dans quel but ?

Magali Cozic : Avec l’acquisition de 650 tablettes numériques utilisées en opérations, le SDIS va progressivement renoncer aux fiches d’intervention papier. C’est là une révolution, qu’accompagne l’acquisition de 40 appareils multiparamétriques par an à compter de 2024. Ces appareils équiperont les véhicules de secours de la chefferie médicale. Ils permettront aux médecins et infirmiers du SDIS, en support aux services du Samu, de prendre les constantes des victimes, de réaliser des électrocardiogrammes et de servir de défibrillateurs cardiaques. Ceci avec une transmission de données médicales en temps réel aux services de soins hospitaliers.

L’effort d’investissement du SDIS, avec le soutien de ses partenaires financiers, se double d’un effort permanent de formation de nos 3 400 sapeurs-pompiers (dont 3 000 volontaires) au maniement fluide et sécurisé de ces outils numériques. Nous avançons avec notre temps.

Comment ces investissements ont-ils été financés ?

Magali Cozic : « Le budget total du programme d’investissement atteint 11 millions d’euros. Nous avons obtenu 1,5 million d’euros de l’État, au titre du pacte capacitaire, pour l’achat de véhicules « feux de forêt ». Une somme de 100 000 € nous a été attribuée au titre du Fonds vert étatique pour la transition énergétique, et finance une partie de l’achat de tablettes numériques. Un prêt social à taux fixe a été souscrit auprès de La Banque Postale pour un montant global de 4,5 millions d’euros. Le solde - environ 4,5 millions d’euros également - a été financé sur nos capacités d’autofinancement, ce qui montre que la situation financière du SDIS est saine. »

Pourquoi avoir choisi de faire appel à La Banque Postale ?

Portrait de Magali Cozic

La Banque Postale manifeste un vrai intérêt pour nos projets. Elle s’intéresse de près aux enjeux du territoire, avec une envie d’y contribuer comme partenaire financier.

Magali Cozic — Cheffe du groupement Administration Finances du SDIS 85

Magali Cozic : « Tout d’abord car l’offre présentée par La Banque Postale était la mieux-disante parmi celles reçues. Ce qui permet la poursuite du développement des bonnes relations entre nos deux établissements, permises également par des rencontres annuelles au cours desquelles un point est réalisé sur la relation contractuelle. Cette continuité de relation est loin d’être courante sur le marché.

Par ailleurs, La Banque Postale manifeste un vrai intérêt pour nos projets. Elle s’intéresse de près aux enjeux du territoire, avec une envie d’y contribuer comme partenaire financier.

Disons qu’avec La Banque Postale, les choses sont faciles. »

Les SDIS et le prêt social

Le financement des dépenses d'investissement et des subventions d'investissement versées à un SDIS sont éligibles au prêt social* de La Banque Postale. Les prêts sociaux sont des contrats de prêts spécifiquement fléchés vers des projets d’intérêt public à vocation sociale. En optant pour ce type de prêt, les SDIS favorisent le développement d’une finance plus responsable, tournée vers les investisseurs à visées éthiques et sélectives.

Les pactes capacitaires : haro sur les feux de forêt

Face aux feux de forêt dont l’ampleur a marqué l’année 2022, le parc de camions citernes forestiers ou feux de forêt (CCF) affiche un taux de vétusté alarmant au plan national. Entre 2012 et 2020, le nombre de véhicules dédiés aux feux de forêt est en effet passé de 5 117 à 3 845(2). La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) estime qu’il faudra demain 10 000 CCF pour faire face aux conséquences du changement climatique. Le coût moyen d’un CCF dépassant les 200 000 euros, les efforts d’investissements à accomplir sont considérables. Les 150 millions d’euros (en autorisations d’engagement) débloqués par l’État, en 2023, au titre des pactes capacitaires ne sont qu’un premier pas.

Dans le budget 2024, le gouvernement a prévu un complément de 146 millions d'euros en crédits de paiement pour la sécurité civile (et 240 M€ en autorisations d'engagement). Au programme de la feuille de route de l'État : la revalorisation du remboursement des colonnes de renfort des SDIS, le renforcement de leurs moyens capacitaires, mais aussi un renouvellement de la flotte aérienne spécialisée et la création d’une unité d’intervention et d’instruction de la sécurité civile (UIISC) à Libourne.

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* Offre soumise à conditions et sous réserves d'étude et d'acceptation définitive de votre dossier par La Banque Postale.
(1) Tous les chiffres sont extraits des statistiques de la Direction de la sécurité civile et de la gestion des crises.
(2) Tous les chiffres sont extraits des statistiques de la Direction de la sécurité civile et de la gestion des crises.