La maladie mentale et les troubles psychiques touchent près d’un Français sur cinq*$. La France est l’un des pays les plus consommateurs de psychotropes au monde. Plus d’un quart de la population consomme des anxiolytiques, des antidépresseurs, des somnifères ou d’autres médicaments psychotropes*$. Par ailleurs, 15 à 20 % des Français vivent au moins un épisode de dépression au cours de la vie*$. La France est l’un des pays européens où le risque suicidaire reste élevé : 200 000 tentatives de suicide ont été recensées en 2017, un chiffre toutefois en baisse régulière*$.
Avec 23 milliards d’euros de dépenses remboursées chaque année, les troubles psychiques et les maladies psychiatriques constituent le premier poste de dépenses de l’Assurance maladie*$.
C’est dire l’importance d’un sujet dont les pouvoirs publics se saisissent aujourd’hui comme d’un objectif de santé publique prioritaire.
Source : www.sante.gouv.fr
Source : EPI-PHARE 2023
Source : Inserm
Source : www.sante.gouv.fr
Source : www.sante.gouv.fr
Santé mentale vs maladie psychique : de quoi parle-t-on ?
Qu’appelle-t-on santé mentale ? La question est d’importance à l’heure où se dessinent les contours de la politique publique menée avec l’ensemble des parties prenantes, dont les sociétés savantes de psychiatrie et de psychologie et les associations de patients. Une notion qui continue de faire débat. Il n’existe pas de définition unique de la santé mentale. Elle correspond à l’état psychologique ou émotionnel de la personne à un moment donné et traduit donc un équilibre psychique qui varie dans le temps, entre état positif, détresse liée à un événement particulier de la vie et éventuel état pathologique. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit quant à elle la santé mentale comme « un état de bien-être mental qui permet de faire face aux sources de stress de la vie, de réaliser son potentiel, d’apprendre, de travailler efficacement, et de contribuer à la vie de la communauté. Elle a une valeur en soi en tant que facteur favorable, et fait partie intégrante de notre bien-être ».
La déstigmatisation des troubles psychiques est le premier des objectifs affichés de la Grande cause nationale 2025. Certains médecins psychiatres craignent que la largeur du champ couvert par la « santé mentale » - de l’insomnie à la schizophrénie –n’éclipse les pathologies psychiatriques, les malades et les établissements qui les accueillent. Derrière cette bataille sémantique, qui n’est pas nouvelle, se profile la crainte d’une euphémisation de la maladie mentale.
Pour autant, les nombreuses structures représentées au sein du « collectif Santé mentale grande cause nationale 2025 » affichent leur satisfaction : elles réclamaient depuis longtemps une stratégie de déstigmatisation et de prévention aujourd’hui portée comme prioritaire par le gouvernement.
Une stratégie déclinée en quatre objectifs prioritaires
Le 19 mars 2025, en Conseil des ministres, Catherine Vautrin et Yannick Neuder, respectivement ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles et ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins, ont détaillé leurs intentions.
Quatre séquences thématiques viendront successivement rythmer l’année 2025*$ :
- 1re séquence : bien dans sa tête, bien dans sa vie ;
- 2e séquence : santé mentale au travail ;
- 3e séquence : santé mentale, parentalité et jeunesse ;
- 4e séquence : santé mentale, précarité et dépendance.
La stratégie nationale de prévention et d’accompagnement, qui doit être présentée lors d’un comité interministériel en juin 2025, s’articule autour de quatre objectifs prioritaires :
- La lutte contre la stigmatisation, afin de changer le regard des Français sur les troubles psychiques et faire prendre conscience que chacun est concerné ;
- Le développement de la prévention et du repérage précoce, par la sensibilisation et la formation dans toutes les sphères de la société ;
- L’amélioration de l’accès aux soins partout sur le territoire français, par la gradation des parcours, le développement des nouveaux métiers de la santé mentale en veillant aux soins des personnes les plus fragiles et présentant les troubles les plus complexes. Le gouvernement a notamment annoncé travailler au renforcement des maisons des adolescents, actuellement au nombre de 125 sur le territoire national ;
- L’accompagnement des personnes en difficulté dans toutes les dimensions de leur vie quotidienne, comme la formation, l’emploi, le logement, l’accès aux loisirs, etc.
La « Grande cause nationale » fait de facto de la santé mentale l’objet d’une mobilisation interministérielle, une dynamique animée par le Professeur Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie. Chaque ministère doit produire dans les prochaines semaines une feuille de route sur la thématique de la santé mentale. Ceci pour que le comité interministériel de juin prochain opère les arbitrages nécessaires.
Quelques mesures annoncées, à confirmer
2025 sera une année d’action, promet le gouvernement. Mais aussi une année de sensibilisation, pour libérer la parole, encourager les échanges et promouvoir l’écoute et l’inclusion dans tous les pans de la société. Concrètement, une grande campagne « Parlons santé mentale ! », associée à une large démarche de labellisation d’initiatives et d’évènements, sera orchestrée.
Dans le secteur des soins psychiatriques, l’objectif est d’intensifier la prévention et le repérage précoce, en particulier auprès des jeunes et des publics vulnérables : (protection de l’enfance, addiction etc.). Mais il s’agira aussi de garantir une prise en charge adaptée à chacun et de renforcer l’attractivité des métiers du secteur.
Les ministres en charge de porter le plan gouvernemental plaident pour une mobilisation accrue en faveur des jeunes, souvent confrontés aux pressions scolaires et à l’usage excessif des écrans, et qui connaissent un risque important de troubles psychiques. Une attention particulière sera également portée, promettent-ils, aux personnes en situation de précarité sociale, qui rencontrent des difficultés d’accès aux soins, aux mères touchées par la dépression post-partum, aux personnes âgées isolées et confrontées à la perte d’autonomie et aux personnes en situation de handicap, qui rencontrent des difficultés accrues pour accéder à des soins de santé mentale adaptés.
D’autres annonces restent à confirmer. C’est le cas du doublement du nombre de Maisons pour les Adolescents, ou encore du développement de certaines filières de psychiatrie comme les SAMU-Psy. Un appel à projet doté d’une enveloppe de 10 millions d’euros pourrait être organisé pour faire émerger des technologies de santé numériques innovantes comme la télésurveillance à domicile ou des équipements connectés.
Des impacts multiples sur les établissements de santé mentale
Centres hospitaliers spécialisés (CHS) en psychiatrie, cliniques psychiatriques privées, centres médico-psychologiques (CMP) : pour les établissements de psychiatrie, la santé mentale promue grande cause nationale correspond à une attente exprimée de longue date.
Le secteur y voit la possibilité de mobiliser des moyens supplémentaires pour relever ses principaux défis :
- Des délais d’attente trop longs, avec des difficultés croissantes d’accès aux soins publics et à certaines offres de recours ;
- Des disparités territoriales majeures, certains départements sous-dotés étant par exemple dépourvus de ressources en pédopsychiatrie ;
- Des ressources financières insuffisantes, ce qui impacte la qualité des soins et les capacités d’accueil ;
- Une stigmatisation persistante des troubles psychiques, encore trop souvent associés à de la dangerosité, ce qui peut encore dissuader les personnes malades de se faire soigner ;
- Une émergence de la technologie (télémédecine, intelligence artificielle etc.), qui ouvre de nouvelles opportunités pour une adaptation des pratiques aux besoins de tous les patients.