Notre vocation est d’accompagner, à risque maîtrisé, des secteurs clés – collectivités territoriales, établissements de soin, acteurs du secteur médico-social, bailleurs sociaux, entreprises publiques locales – dans le financement de projets à caractère social et/ou environnemental.
Elyan Hadj-Rabah, Chargé d’affaires Secteur public et économie sociale à La Banque Postale
Qu’est-ce que la Blanchisserie Inter-Hospitalière de Saint-Germain-en-Laye ? Sur quel périmètre opère-t-elle ?
Luc Videau : La BIH Saint-Germain-en-Laye, gérée sous la forme d’un Groupement de Coopération Sanitaire (GCS) est installée depuis 1983 à Saint-Germain-en-Laye. Elle assure les prestations de location, entretien-désinfection et livraison du linge pour 25 établissements hospitaliers publics adhérents. La BIH couvre un périmètre géographique incluant 3 départements de l’Ouest francilien : les Hauts-de-Seine, les Yvelines et le Val d’Oise.
Vingt tonnes de linge – utilisé pour 8500 lits d’hôpitaux et d’Ehpad et par 13 000 agents de santé - est traité chaque jour sur un site industriel couvrant 4000 m2 de plancher sur un terrain d’1,2 ha.
Pourquoi le groupement de coopération sanitaire de Saint-Germain-en-Laye a-t-il souhaité relocaliser la BIH ?
Damien Cocat : Le site est vieillissant, tant d’un point de vue technique que fonctionnel. Quoique maîtrisés, les coûts d’exploitation de l’usine et son empreinte environnementale pourraient l’être bien davantage sur un site neuf qui permettra, de surcroit, une capacité de traitement de 20% supplémentaire. Ce qui permet de ce fait à de nouveaux établissements de soin de se déclarer prêts à adhérer au GCS qui sera situé à l’Écopôle de Carrière-sous-Poissy, un écoquartier très prometteur.
Enfin, l’actuel terrain présentait un potentiel de valorisation financière très avantageux, permettant de contribuer au financement partiel d’une nouvelle construction.
Quelles sont les caractéristiques du projet de relocalisation de la BIH en termes de besoins de financement ?
Elyan Hadj-Rabah : Le projet s’articule en 3 phases, chacune étant associée à des besoins de financements spécifiques :
- l’acquisition du nouveau terrain de 13 000 m2,
- la construction du nouveau bâtiment,
- le préfinancement des équipements de la nouvelle usine, en attente de la vente du terrain d’implantation actuel, dont le montant doit permettre de les auto-financer.
Damien Cocat : Dans le plan de financement définitif, la construction de la nouvelle usine est autofinancée à 50%. Elle mobilise un prêt de la Banque des Territoires de 16 millions d’euros sur 30 ans. Ce prêt s’assortit d’un préfinancement de 18 mois, calé sur le calendrier estimé des travaux, phase durant laquelle les tirages de fonds suivront les appels de fonds des contractants.
Elyan Hadj-Rabah : De son côté, La Banque Postale mobilise un prêt-relais de 12 millions d’euros sur 1 an, plus 10 mois de phase de mobilisation des fonds au fil de l’eau, couvrant le délai de vente du site actuel de la blanchisserie. Ce prêt de court terme permettra l’acquisition des équipements intérieurs du nouveau site, équipements qui seront auto-financés à terme une fois soldée la vente du terrain actuel.
La Banque Postale met également en place un prêt de moyen et long terme de 1,2 millions d’euros pour l’achat du foncier de Carrière-sous-Poissy.
Dans quel calendrier s’inscrit la relocalisation ?
Damien Cocat : L’acquisition du foncier est finalisée depuis le 25 septembre 2025.Le permis de construire et l’autorisation préfectorale sont purgés de tout recours. Les travaux peuvent donc démarrer dès la fin d’année. Le chantier durera 18 mois, pour une mise en service premier trimestre 2027, après rodage de l’usine et déménagement des équipes.
La BIH a déjà œuvré très activement pour réduire l’impact écologique de son activité.
Luc Videau, Directeur au sein de la BIH Saint-Germain-en-Laye
Le projet de relocalisation de la BIH est porteur de fortes ambitions environnementales. Quelles sont-elles ?
Luc Videau : La BIH a déjà œuvré très activement pour réduire l’impact écologique de son activité. La consommation d’eau de la blanchisserie a ainsi été divisée par deux en cinq ans, bien en deçà du plafond imposé par la réglementation. Les charges polluantes dans les effluents ont diminué de moitié en 10 ans. Dans le même temps, la teneur en phosphate de nos lessives a également baissé de 80 %.
Nos ambitions RSE autour du projet de construction sont élevées : nous souhaitons faire de la nouvelle blanchisserie un projet-vitrine d’éco-conception et d’éco-gestion, grâce à une gestion de l’eau exemplaire, un processus de traitement du linge parmi les plus performants du marché, la réduction drastique de nos consommations d’énergie, grâce à l’intégration d’énergies renouvelables dans le mix énergétique, une maîtrise des nuisances pour les riverains.
Damien Cocat : C’est précisément pour cette contribution au développement économique d’un quartier « Politique de la ville » - une de nos priorités d’intervention - que La Banque des Territoires a pu débloquer un prêt « Renouvellement urbain », assorti d’une bonification de taux.
L’usine, créée en 1983, s’inscrit de longue date dans un processus d’amélioration continue de ses performances industrielles et écologiques. La BIH Saint-Germain-en-Laye présente un savoir-faire très éprouvé, qui rend ses services aux établissements membres du groupement très compétitifs. Les capacités de production du nouveau site vont augmenter, à volumétrie d’ETP équivalente, avec, à la clé, des gains énergétiques à la tonne de linge traitée très significatifs.
La relocalisation de la BIH est donc une belle opération, que nous sommes heureux de soutenir.
Elyan Hadj-Rabah : De son côté, La Banque Postale a mobilisé un Prêt social, dont le taux est également bonifié. Cette typologie de prêt répond davantage à la raison d’être de la structure qu’au projet déployé. Une blanchisserie qui bénéficie à des établissements publics de santé entre dans ce cadre.
Quelles habitudes de travail commun La Banque Postale et La Banque des Territoires ont-elles développées dans le financement de projets du secteur de la santé ?
Elyan Hadj-Rabah : Nos deux établissements sont très présents dans le secteur de la santé et du médico-social. Des synergies naturelles se sont en effet développées autour de projets de grande envergure, essentiellement pour le financement d’établissements hospitaliers.
Damien Cocat : C’est la taille du ticket d’entrée, la complexité de l’opération à financer et le risque associé qui déterminent nos décisions de coopérer. Plus que les risques financiers, nous partageons surtout nos analyses, ce qui limite les biais d’interprétation. La Banque Postale a une longue habitude du financement de ce secteur. Si son comité d’agrément a donné un avis favorable, c’est un signe encourageant pour le nôtre. L’expertise développée de part et d’autre facilite le déblocage d’une décision favorable. En nous nous mobilisant conjointement, le risque est davantage maîtrisé.
Quels sont, dans ce tandem, les spécificités d’intervention de chaque partenaire ?
Damien Cocat : La grande spécificité de La Banque des Territoires est que nous ne sommes pas seulement prêteurs, mais également investisseurs, administrateurs dans des sociétés d’économie mixte… Et que nous pouvons cofinancer des études de faisabilité portées par des acteurs publics pour aider à faire émerger des projets de développement territorial complexes sur lesquels nous pourrions intervenir en amont en prêt et/ou en investissement.
Dans le champ du financement, notre particularité est que nous soutenons des projets d’intérêt général portés par des établissements publics et correspondant à des priorités publiques nationales impulsées par le ministère de l’Économie. La transition écologique, la santé, l’éducation, les mobilités douces forment ainsi nos axes d’intervention historiques et le développement économique dans les Quartiers prioritaires de la politique de la Ville (QPV).
Elyan Hadj-Rabah : Le champ d’intervention de La Banque Postale est un peu plus large. Notre expertise est très liée au secteur public local, en corrélation avec notre ADN de banque à mission d’intérêt général et avec notre actionnariat public. Notre vocation est d’accompagner, à risque maîtrisé, des secteurs clés – collectivités territoriales, établissements de soin, acteurs du secteur médico-social, bailleurs sociaux, entreprises publiques locales – dans le financement de projets à caractère social et/ou environnemental.
Damien Cocat : La Banque Postale dispose d’une part de marché importante sur le marché public local. Ce n’est pas le cas de La Banque des Territoires. En effet, nous finançons des projets et nous ne nous positionnons donc pas sur le financement de sections d’investissement dans les budgets annuels des collectivités et établissements publics.
Nos financements sont adaptés aux spécificités de chaque projet ciblé par l’acteur public. Nous sommes une banque de projets.
L’autre élément important de notre doctrine d’intervention est que nous ne faisons pas concurrence aux banques privées, conformément aux règles européennes en vigueur. Nous comblons les failles de marché sur des maturités de prêts très longues, pour le financement d’actifs amortissables sur 50, voire 80 ans : des stations d’épuration, des réseaux d’eaux enterrés etc.
En quoi le projet de cofinancement de la BIH Saint-Germain-en-Laye sert-il les objectifs du grand pôle financier public dont font partie La Banque des Territoires et La Banque Postale ?
Damien Cocat : Le grand pôle financier public est l’ensemble constitué des diverses entités du groupe Caisse des Dépôts travaillant sur les sujets de financement. Parmi eux la Banque des Territoires, La Banque Postale, filiale de La Poste dont la Caisse des Dépôts est devenue actionnaire majoritaire en 2020, ou encore CNP Assurances. Soit un attelage d’assurance, d’épargne d’assurance-vie et de Livret A, d’un acteur bancaire spécialisé dans les projets complexes, d’un autre acteur bancaire spécialiste des collectivités territoriales, avec une force de frappe et des capacités d’intervention démultipliées au service des politiques publiques et des priorités nationales.
Elyan Hadj-Rabah : Autour de projets structurants comme l’est celui de la BIH Saint-Germain-en-Laye, l’idée est de faire jouer les complémentarités sur nos champs d’intervention respectifs, en apportant aux acteurs publics un bouclage de financement global.