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Les entreprises et le crédit à impact en 7 questions/réponses

Dispositif récent apparu en 2017, le crédit à impact est encore méconnu. Certaines entreprises peuvent penser qu’elles ne sont pas éligibles à ce crédit, estimant notamment qu’il est réservé aux grands comptes. Les réponses précises de Laurent Roth, directeur marketing entreprises, au sein de la banque de financement et d’investissement, à sept questions essentielles.

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Portrait de Laurent Roth

Avant la mise en place du crédit, les entreprises sont systématiquement épaulées par la direction de l’Engagement Citoyen de La Banque Postale, avec des experts qui les accompagnent dans la définition des trois indicateurs extra-financiers de référence et leur trajectoire associée.

Laurent Roth — Directeur marketing entreprises

1 - Le crédit à impact est-il corrélé à un projet spécifique ?

Laurent Roth : Non. Ce crédit, dont le taux varie, en cours de vie, en fonction de la performance extra-financière de l’emprunteur, vise à financer les besoins généraux d’une entreprise s’inscrivant dans une trajectoire spécifique en matière environnementale, sociale et de gouvernance. Il n’est donc pas obligatoirement fléché vers un investissement vert.

2 - Le crédit à impact est-il réservé aux entreprises ayant atteint un certain niveau de maturité RSE ?

L.R. : Oui et non. Oui parce que l’entreprise doit être capable de mesurer et de piloter un certain nombre d’indicateurs. Et non, car la démarche n’a pas besoin d’être très avancée. Bien des entreprises ont initié des chantiers relevant de la RSE comme la parité hommes /femmes, indépendamment de tout crédit bancaire. La structuration ou l’expertise en matière de RSE n’est pas une condition de l’obtention d’un crédit à impact.

3 - Le crédit à impact est-il réservé aux grandes entreprises ?

L.R. : Non. Comme beaucoup de dispositifs, celui-ci a d’abord été lancé en 2017 dans le monde des financements « syndiqués » des grandes entreprises. Mais il ne leur est pas réservé. Des ETI s’en saisissent déjà (cf. le retour d’expérience de Fleury Michon). Au sein de La Banque Postale, nous avons pensé cette offre de crédit à impact pour les entreprises qui répondent à deux prérequis. D’une part, être en situation de se projeter, à la mise en place du crédit, dans des indicateurs extra financiers. D’autre part de les faire certifier ensuite annuellement, pendant la durée de vie du crédit. Cette certification annuelle peut être réalisée, simplement au travers de leur déclaration de performance extra-financière (DPEF), pour les entreprises qui la publient, ou par une certification ad hoc, par un organisme tiers indépendant (OTI).

4 - Les indicateurs à suivre relèvent-ils seulement de l’impact sur le climat ?

L.R. : Non. Il est vrai que l’on rencontre beaucoup d’indicateurs liés à la climatologie mais ils peuvent relever de l’impact environnemental au sens large, de l’impact social et de la gouvernance. Accidentologie et bilan carbone sont les indicateurs les plus fréquents mais d’une manière générale, les indicateurs sont le fruit d’une co-construction entre l’entreprise et son partenaire bancaire. Il n’y a pas de dogme en la matière ni de liste fermée. Les indicateurs retenus sont le reflet de la réalité et de l’ambition de l’entreprise concernée. Ainsi pour une entreprise de conseil, on peut retenir le nombre de missions réalisées pour faciliter la transition énergétique de leurs clients. Le champ des possibles est vaste et contient par exemple le maintien ou l’augmentation du nombre de CDI en France, la croissance du nombre d’employés en France, la part de salariés en situation de handicap ou encore la part des femmes dans l’encadrement.

5 - Comment sont définis les objectifs et donc la trajectoire à suivre durant la vie du crédit ?

L.R. : Nous visons des objectifs atteignables puisque le but poursuivi est un impact positif, avec à la clé, pour l’entreprise, une baisse du prix du crédit. Les objectifs sont donc définis au cas par cas, en fonction du point de départ de l’entreprise. Avant la mise en place du crédit, les entreprises sont systématiquement épaulées par la direction de l’Engagement Citoyen de La Banque Postale, avec des experts qui les accompagnent dans la définition des trois indicateurs extra-financiers de référence et leur trajectoire associée. Mais parler d’impact n’a de sens que s’il y a également une hausse de taux en cas de dérive forte au regard de la trajectoire définie.

6 - Le crédit à impact est-il l’avenir du financement bancaire ?

L.R. : Sans doute. C’est en tout état de cause, un financement qui gagne du terrain. La production à l’échelle mondiale était de 122 milliards de dollars en 2019. En 2021, cette production atteint 603 milliards. 

7 - La performance extra-financière sera t-elle la condition sine qua non d’un accès au crédit bancaire ?

L.R. : Oui. Cela semble une suite logique car la performance extra financière d’une entreprise influe sur son risque global, et donc sur sa probabilité de défaut. Les banques n’évaluent plus seulement le risque financier. Il y a progressivement une prise en compte plus globale. Avec par exemple le risque physique, c’est-à-dire l’augmentation de la sévérité et de la fréquence des évènements climatiques extrêmes et leurs conséquences notamment sur les chaines d’approvisionnement. Ou encore le risque de transition, c’est-à-dire le passage à un modèle économique bas carbone à la suite de la disparition du modèle traditionnel ou de l’extinction de celui-ci du fait du changement d’habitudes des consommateurs, ou des contraintes réglementaires…

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