Opter pour un business model compatible avec la transition juste : comment les PME peuvent rebondir ?

Pour Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic, la transition juste imposée par la crise actuelle est LE vecteur de rebond des entreprises. Explications et éléments pour y parvenir avec celle qui a aussi été membre du groupe d'experts de haut niveau sur la finance durable qui a dessiné la stratégie européenne dans ce domaine.

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Vous avancez l’idée que la reprise post crise sanitaire se ferait selon un modèle en K. Qu’est-ce que cela signifie pour les entreprises, notamment les PME ?

Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic.

Un modèle de reprise en k est un modèle où des secteurs vont décoller et d’autres vont s’effondrer tels que l’aérien ou le tourisme. Dans un tel schéma, les PME doivent se positionner sur les secteurs porteurs et construire leurs modèles en tenant compte des risques spécifiques du ou des secteurs choisis. Et si les PME voire certaines ETI ont des fragilités évidentes - leur trésorerie, parfois leurs ressources humaines-, elles ont un avantage en ces temps de transformation rapide : leur faculté d’adaptation. Ainsi, la reconversion de leurs produits est plus aisée si on la compare aux chaines de productions des grands groupes. 

 

Comment une PME peut-elle déterminer que son modèle est à risque ?

Comprendre la demande des clients, comprendre les changements de modèles est évidemment difficile pour les PME, qui peuvent avoir tendance à se dire qu’il faut tenir en attendant une reprise du marché comme avant. Mais un retour au monde d’avant n’est pas possible. La crise a mis en exergue la notion de biens essentiels qui conduit à limiter la surproduction et modifier les approvisionnements ou encore la gestion des stocks. Chaque PME doit essayer de comprendre quel type de transition va affronter son secteur d’activité, ce qui sera déterminant pour son avenir.

Comment les plans de relance français et européen, à savoir France Relance et Green deal et plus largement la RSE peuvent aider les entreprises à changer de modèle ?

Le plan français, France Relance, acte que l’on doit changer de modèle, en faveur d’une transition juste, rendue impérative par la crise et identifie quatre secteurs porteurs : la rénovation énergétique des bâtiments, les transports, la transition agricole et l'énergie. La RSE et ses grilles d’analyse sectorielles offrent des outils pour identifier les modèles porteurs. Le Green deal lui acte la nécessité d’aligner l’économie sur des objectifs environnementaux de l’Union européenne. Pour appuyer son verdissement, elle s’appuie sur un référentiel d’activités à bénéfice environnemental, baptisé Taxonomy.

 

Comment une PME peut-elle s’inscrire dans la transition imposée par la crise et en tirer profit ?

L’idée c’est de répondre à de nouveaux besoins par exemple d’économie circulaire, d’efficience énergétique. Cela suppose de revoir son offre de produits et pas de se contenter de mettre un peu de vert dans son processus de fabrication. Le premier réflexe de toute PME qui veut s’inscrire dans ce processus peut s’inspirer des stratégies des groupes exemplaires. Ils mettent beaucoup d’éléments sur ce type de stratégies sur leur site Internet. Cela peut être Danone pour le secteur alimentaire ou l’Oréal qui a adopté récemment une nouvelle politique conforme aux « limites planétaires ». Mais les PME peuvent aussi s’intéresser à la taxonomie, le référentiel d’activités à bénéfice environnemental ou d’éco-activités appelé Taxonomy qui est plus technique. Faire la démonstration qu’on s’inscrit dans ce mouvement peut permettre d’attirer certains types d’investissements car les financiers sont de plus en plus nombreux à intégrer des critères environnementaux et sociaux dans leurs choix financiers. C’est en quelque sorte un département R&D accessible publiquement. Enfin, j’invite les dirigeants à s’intéresser au plan climat construit par Bpifrance et la Banque des territoires pour accélérer la transition écologique des entreprises et des collectivités.

 

Dans le contexte actuel, comment une entreprise peut-elle dépasser une vision à court terme ?

Certes l’actualité peut donner l’impression que seule compte la survie à court terme. Mais une PME et plus généralement une entreprise doit avoir un plan de résilience à long terme pour passer le cap. Changer son modèle est un travail de fond car il faut réfléchir entre autres choses à ses modes de transports, à ses moyens de production, à ses processus énergétiques. Mais en enclenchant cette démarche, l’entreprise se met en capacité d’expliquer pourquoi son modèle est résilient et porteur. C’est une source d’attractivité multiple, non seulement de nouveaux financements, durables eux aussi mais aussi de talents que les PME n’ont pas toujours les moyens d’attirer.

 

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