Le conflit dans le golfe Persique a eu des effets très différents selon les pays

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Marquée par le déclenchement de la guerre dans le golfe Persique, la dynamique économique varie selon les zones géographiques, relève Philippe Aurain, directeur des études économiques de La Banque Postale. La situation française, décevante, ne peut s’expliquer par ce seul facteur. Dans cet entretien, le chef économiste identifie aussi les paramètres qui peuvent agir sur la fin d’année au niveau mondial comme français.

Comment qualifierez-vous le premier semestre 2026 du point de vue économie mondiale ?

Philippe Aurain : Au premier semestre 2026, le conflit dans le golfe Persique a bien évidemment initié un choc majeur qui, économiquement, s’est d’abord traduit par un renchérissement du prix du pétrole et du gaz. Cela a généré une hausse de l’inflation dans toutes les zones du globe, l’inflation mondiale attendue en 2026 par le Fond monétaire international (FMI) se situant désormais à 4,7 %*$. S’en sont suivis une augmentation des taux d’intérêt, une baisse du pouvoir d’achats et un coût supplémentaire sur les investissements. Mais ce fait majeur dans l’économie mondiale emporte des conséquences différentes selon les zones géographiques.

  • Versus 4,1% en 2025 : https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/leconomie-mondiale-ecartelee-entre-le-boom-de-lia-et-la-guerre-au-moyen-orient-2241403

Ce choc majeur a donc eu des effets hétérogènes selon les pays. Pouvez-vous nous donner des exemples ?

Philippe Aurain : La Chine, dont on anticipait une altération de la croissance en raison de sa forte dépendance énergétique, a assez bien géré ce choc en recourant à différents leviers : utilisation des réserves, substitution d’énergies, diversification des approvisionnements et sobriété. La croissance a tout de même ralenti (4,3 % en glissement annuel au T2 vs 5 % au T1). Toutefois, l’objectif officiel de croissance pour l’année se situant entre 4,5 et 5 %*$ reste atteignable.

À côté de cette “bonne surprise“, on distingue aussi les Etats-Unis dont la résistance au choc était prévisible puisqu’ils sont des exportateurs de pétrole, brut avant tout*$. S’ils ne sont guère sensibles aux restrictions d’approvisionnement, ils le sont à la hausse de prix de l’énergie. D’ailleurs les prix à la consommation étatsuniens ont augmenté alors qu’ils étaient déjà sur une tendance dynamique réactivée par la hausse des tarifs douaniers. Avec une croissance à 2,1 % au premier trimestre et 2,5 % pour le deuxième trimestre*$, la situation économique américaine révèle un changement de paramètre. La consommation a un moindre effet levier et, si celle-ci a tenu au premier semestre, c’est parce que les ménages ont puisé dans leur épargne. En revanche, l’investissement des entreprises en matière technologique, particulièrement dans le domaine de l’intelligence artificielle, a été très dynamique. Mais la faiblesse en emploi de cette croissance ne favorise donc pas le développement de la demande à moyen terme et pourrait peser sur la croissance future de la consommation et la rentabilité des investissements réalisés.

De son côté, l’Europe, grande importatrice de gaz et pétrole, ne s’approvisionne que peu dans la région du golfe Persique. La pénurie n’est donc pas un risque imminent mais la charge de prix élevés pèse sur son économie. L’inflation a sensiblement augmenté : à fin août, sur 12 mois glissants, celle-ci s’établissait à 3,3 %*$ alors que l’objectif de long terme de la Banque centrale européenne (BCE) est à 2 %.

Quel(s) paramètre(s) vont influer sur la suite de l’année ?

Philippe Aurain : Sans surprise, la suite donnée au conflit dans le golfe Persique est le premier facteur clé. À date, la stratégie des Etats-Unis est celle d’un étouffement financier de l’Iran. De ce fait, nous avons peu de visibilité sur la probabilité d’un effondrement du régime et la temporalité d’une fin du conflit. L’hypothèse la plus probable*$ est celle où le prix du pétrole, tout comme l’inflation, demeure élevé sur un certain nombre de mois. À cela s’ajouteront des mécanismes qui pèsent sur les taux d’intérêt.  À court terme, une remontée des taux directeurs par les banques centrales. Et sur le long terme, la diffusion de l’inflation et une augmentation des émissions privées mais aussi publiques en raison des problématiques budgétaires et d’investissements, notamment militaires, des États. De plus, le changement de politique monétaire du Japon, qui privilégie depuis juin 2026 une normalisation*$, entraîne une certaine instabilité des taux internationaux.

L’autre hypothèse, moins probable, est celle d’une fin rapide du conflit avec à la clé une détente sur les prix sur le long cours. Alors que les taux pourraient décélérer assez rapidement, le marché étant très volatile.

Outre la suite du conflit dans le golfe Persique et les taux d’intérêt, quel autre paramètre exercera une influence ?

Philippe Aurain : Le développement politique des élections de novembre aux USA, les fameux mid-termes, soit l’équivalent de nos élections législatives, est un autre paramètre important. Selon le vainqueur et l’ampleur de sa victoire, y aura-t-il une “cohabitation“ et, si oui, de quel ordre ? La politique américaine internationale peut être modifiée dans des proportions très différentes ou bien poursuivre dans sa configuration actuelle faite de tensions.

En Europe, à moyen terme les réformes portées par la Commission européenne, dont les mesures de soutien à l’investissement, au développement de la technologie, au marché unique ou encore celles de protection contre le dumping chinois, peuvent avoir des effets très positifs sur nos gains de productivité. Tout comme les investissements publics dans l’économie allemande*$, moteur de l’Union européenne.

En quoi ces paramètres influencent-ils l’économie française ?

Philippe Aurain : Au premier semestre, la performance de notre économie nationale s’avère décevante : - 0,2 point au premier trimestre puis 0 au second trimestre, avec un rebond de la consommation en raison d’une baisse du taux d’épargne et malgré une baisse du pouvoir d’achat*$. Les investissements restent très faibles, voire négatifs pour l’immobilier résidentiel*$.

Cette mauvaise performance ne s’explique pas seulement par le conflit dans le golfe Persique : l’incertitude politique et budgétaire pèse indéniablement sur les investissements ainsi que la capacité à tenir les engagements de réduction des déficits, encore plus fragilisée dans un contexte de croissance faible. Cela se traduit par une hausse des taux d’intérêt français, en relatif aux taux allemands.

Avec l’échéance de l’élection présidentielle, s’ouvre une période de plusieurs mois favorable à une réflexion de fond sur notre modèle économique dans un contexte où la réduction des dépenses est incontournable. Celle-ci va peser sur la croissance à moyen terme mais va nous aider à rendre notre économie plus efficace. Des choix structurels s’imposent.

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