Hausse des tarifs douaniers américains : la fin de l’incertitude… vraiment ?

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L’instabilité consécutive au Liberation Day est-elle vraiment derrière nous ? Alain Henriot, responsable des Études économiques au sein de La Banque Postale, revient sur cette séquence très atypique et livre des clés pour mieux comprendre la dynamique d’un commerce mondial où les droits de douane moyens des États-Unis seront à 18,5 %.


La hausse des tarifs douaniers est une réalité mais elle n’apparaît pas encore dans les données macro-économiques.

Alain Henriot, Responsable des Études économiques au sein de La Banque Postale


« Dès les résultats de l’élection présidentielle américaine, les questionnements sur la politique tarifaire étaient nombreux, rappelle Alain Henriot, responsable des Études économiques au sein de La Banque Postale. Puis ce fut le choc du 2 avril 2025, jour où le président Donald Trump présentait sur un tableau les différents droits de douane par pays qu’il entendait voir pratiquer par les États-Unis. » C’était le Liberation Day suivi d’une période de forte incertitude (lire notre article à ce sujet) et d’âpres négociations pour diminuer les taux affichés (dont le mémorable bras de fer Chine-USA). « L’inquiétude a dominé les marchés financiers après les annonces du Liberation Day. Peu à peu ils se sont accommodés de cette incertitude permanente, d’autant que désormais le champ des possibles est réduit, pointe Alain Henriot, puisque nous savons qu’il y a bel et bien une hausse des droits de douane et que celle-ci est très importante. Les interrogations portent plutôt sur la vitesse et l’ampleur de la diffusion des effets sur l’économie »

En effet, depuis août 2025, les droits de douane moyens (c’est-à-dire tous pays et tous secteurs d’activité confondus) pour les États-Unis sont à 18,5 % contre 2 % précédemment : « il faut remonter aux années 1930, marquées par un très fort protectionnisme américain, pour retrouver des taux à ce niveau » souligne Alain Henriot. Ce changement de paramètre majeur concerne avant tout les États-Unis : « ce sont toutes leurs importations qui seront plus chères ; pour les pays exportateurs, seules leurs expéditions sur ce territoire sont concernées, les autres pays ne s’étant pas livrés à une surenchère ni vis-à-vis des Etats-Unis ni entre eux. » Si certains accords sont conclus et définitifs, celui avec l’Union européenne qui prévoit un taux moyen de 15 %, semble encore ajustable.

Commercer avec les États-Unis

« Dans les données relatives au commerce mondial, avant le Liberation Day, on relève de très fortes hausses des importations américaines début 2025 : les détaillants américains et/ou les exportateurs anticipaient la hausse des tarifs douaniers. Un creux logique, s’ensuit. À la fin août, sur les données américaines, les conséquences de la hausse des tarifs douaniers n’apparaissent pas totalement car la plupart des accords conclus n’étaient pas encore mis en œuvre. Les marchandises vendues jusqu’à présent n’ont pas été taxées aux nouveaux droits de douanes : ainsi, l’inflation est encore très raisonnable, à 2,7 % sur un an. Mais la hausse des droits de douane devrait être perceptible sur le panier moyen des dépenses des consommateurs américains d’ici la fin d’année, estime Alain Henriot. Certains amortisseurs pourraient jouer : les exportateurs, les importateurs et/ou les détaillants peuvent réduire leurs marges et les consommateurs peuvent, pour les produits substituables, réduire leurs achats de produits étrangers. Mais à moyen terme, cette politique douanière aura des effets. »

Stratégies d’entreprises face aux hausses des tarifs douaniers américains

Première leçon (qui ne se limite pas au Liberation Day) : « l’instabilité est consubstantielle à l’administration Trump  : celle-ci ne s’inscrit pas dans les codes habituels. Tel est le cas avec la remise en cause de l’indépendance de la banque centrale américaine, la FED. Autre leçon : la hausse des tarifs douaniers est une réalité mais elle n’apparaît pas encore dans les données macro-économiques » insiste Alain Henriot.

Au regard de l’accord récemment défini entre les États-Unis et l’Union européenne, les entreprises européennes exportatrices de petite taille peuvent chercher à préserver leur compétitivité en agissant sur leurs marges mais cela n’est pas tenable sur le long terme ; elles peuvent aussi se tourner vers d’autres marchés. « Les plus grandes entreprises qui disposent déjà d’usines de production aux États-Unis peuvent les faire monter en puissance afin d’évacuer la question des droits de douane. Pour les autres entreprises, en particulier les ETI et les grosses PME, le paramètre des tarifs douaniers est-il à même de dicter, à lui seul, la politique d’implantation d’une entreprise donnée ? On est tenté de répondre non, du moins pas dans l’immédiat, puisque, par exemple, le salaire américain moyen est bien plus élevé que le salaire européen moyen. Or si l’on veut bien admettre que la politique protectionniste américaine aura des conséquences à moyen et long terme qui peuvent s’avérer négatives sur les consommateurs américains, alors un retour à des droits de douane à un moindre niveau est possible, mais cela ne se produira sans doute pas sous cette administration ! » prévient Alain Henriot.

La justice américaine et les droits de douane

Le 30 août 2025, une cour d'appel fédérale a jugé que la plupart des droits de douane imposés par Donald Trump constituaient un abus de ses pouvoirs d'urgence en tant que président, confirmant un jugement rendu en mai par la Cour du commerce international. Cette décision, qui ne concerne que les 10 % de hausse forfaitaire imposée par les accords conclus entre les États-Unis et chaque pays, ne suspend pas la perception de ces taxes. De plus la décision de la Cour suprême américaine (attendue pour la mi-octobre) peut annuler ce jugement. Bref, l’incertitude se poursuit…

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