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Investir durablement dans le domaine de l'éclairage public

Les communes les plus engagées en faveur de la transition énergétique s’engagent dans la rénovation de leur éclairage public. Ce type de projet génère en effet un retour sur investissement rapide et un impact massif en termes de décarbonation. Cela bien sûr à condition d’opter pour un investissement global et évolutif, ce que la technologie et les financements verts permettent désormais. Rencontre avec Samuel Machet, directeur Marketing et Développement Public de l’entreprise Signify (ex Philips Lighting), leader mondial des produits, systèmes et services d’éclairage.

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Portrait de Samuel Machet

Investir de manière soutenue pour rénover l’éclairage public est à la portée de toutes les collectivités.

Samuel Machet — Directeur Marketing et Développement Public de Signify

Que représente le parc d’éclairage public français ? Et quel est son état de vétusté ?

Samuel Machet : Le parc public français compte près de 11 millions de points lumineux extérieurs. Plus de 40 % de cet ensemble est vieux de plus de 25 ans et près de 70 % est considéré comme obsolète et inadapté aux besoins actuels de la population.

Le taux d’équipement en LED ne dépasse toujours pas 25 % du total, alors même que certains autres pays – l’Allemagne, le Royaume-Uni – avoisinent les 40 % de conversion.

La France est l’un des pays d’Europe ayant disposé de l’énergie la moins chère jusqu’ici. Elle est de ce fait l’un des pays de l’Union ayant le moins investi dans les solutions éco-responsables, notamment dans le champ de l’éclairage.

Quel impact financier la hausse du prix de l’électricité a-t-elle sur les factures des collectivités locales ?

Samuel Machet : L’éclairage public représente à lui seul en moyenne 37 % de la facture d’électricité des communes françaises. Or le prix du kilowattheure est passé, en un an, de 0,16 € à 0,27 €. Avec la montée en puissance des véhicules électriques et la disponibilité limitée des centrales nucléaires, cette hausse des prix risque de continuer. Nous sommes entrés dans un cycle haussier structurel du prix de l’énergie.

Bien qu’en partie nucléaire, l’énergie électrique reste carbonée et il faut rappeler que dans le cadre de la Stratégie Nationale Bas Carbone, l’État français s’est engagé sur un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % à horizon 2030 (par rapport à 2012).

La réduction de la consommation d’énergie électrique de la part des collectivités est donc une nécessité qui répond non seulement à un objectif d’économies, mais également de transition énergétique.

De plus en plus de villes sont conscientes de cet enjeu et s’engagent à contribuer à cette Stratégie nationale Bas Carbone.

La lumière constitue l’un des principaux enjeux de la transition énergétique des collectivités, dites-vous. Pourquoi ?

Samuel Machet : L’éclairage est, à l’échelle d’une ville, le moyen le plus simple et le plus rapide de décarboner. Davantage même que l’isolation des bâtiments.

Nous avons réalisé une simulation avec La Banque Postale, sur la base d’un cas réel. Le montant annuel de la facture d’électricité d’une petite ville de 8 000 habitants disposant d’environ 1 800 points lumineux (plus un territoire est rural, plus le nombre de luminaires par habitant est important), avec une puissance installée de 260 000 Watt atteint 280 000€. Après rénovation du parc, la puissance installée passe à 145 000 Watt, pour une facture annuelle de 60 000 €, grâce à l’activation de la gradation du flux lumineux en fonction du trafic. Ceci représente 80 % d’économies réalisées. Le coût du projet, qui intègre un système d’éclairage connecté, atteint 1,6 million d’euros. Financé par un prêt vert sur six ans, il permet un retour sur investissement dès la cinquième année.

Que sait-on des bénéfices économiques et écologiques de l’adoption de la LED pour l’éclairage public ?

Samuel Machet : Avec l’adoption de la technologie LED en remplacement des sources conventionnelles comme les lampes SHP (qui émettent une lumière orangée caractéristique), on peut réduire la consommation du parc d’éclairage très aisément, de l’ordre de 70 %. Associées à un système de gestion intelligent, les solutions d’éclairage LED permettent de porter le taux d’économie d’énergie de 80 à 90 %.

La ville de Talence a ainsi renouvelé 100 % de son parc d’éclairage public en une année, là où le rythme de rénovation moyen ne dépasse pas 3 à 4 % par an sur le plan national. Ceci lui a permis d’obtenir 83 % d’économies dès ses premières factures post-rénovation.

La technologie LED offre aux luminaires une très longue durée de vie, de plus de 100 000 heures, soit près de 25 années de service. De ce fait, des économies complémentaires seront générées également sur les frais de maintenance, du fait de la durabilité des solutions employées.

Qu’appelle-t-on « éclairage connecté » ? En quoi ces systèmes de gestion intelligents permet-il de gagner en efficience ?

Samuel Machet : L’éclairage intelligent associe la technologie LED à des capteurs électroniques et à des systèmes digitaux de contrôle de gestion de l’éclairage. Les luminaires connectés de dernière génération délivrent le juste niveau d’éclairage et de puissance et l’adaptent en temps réel et zone par zone, en fonction du trafic observé, d’événements particuliers (une fête de quartier, un accident de la circulation…) et de scénarios d’éclairage très précis et évolutifs.

La ville de Fréjus a ainsi adopté un scénario d’éclairage valable pour l’hiver, et un autre pour la saison estivale, en adaptant la durée et l’intensité de l’éclairage dans les zones touristiques.

Quelles sont les possibles fonctionnalités des systèmes d’éclairage connectés ?

Samuel Machet : Des mâts d’éclairage intelligents deviennent des infrastructures dédiées à la transmission d’informations non liées à l’utilisation de la lumière. Il est ainsi possible de les équiper de capteurs dédiés au comptage des piétons et cyclistes, ou encore de systèmes de remontées de température pour gérer les îlots de chaleur.

Le réseau d’éclairage public, par sa densité, présente un fort potentiel de déploiement de ces nouveaux capteurs. Il est en effet l’un des réseaux les plus denses et les mieux répartis jusqu’en milieu rural.

Qu’est-ce qu’un investissement durable dans le domaine de l’éclairage public ?

Samuel Machet : L’ambition à laquelle nous souhaitons contribuer, chez Signify mais aussi à La Banque Postale, est une accélération du rythme des rénovations du parc d’éclairage public. Un investissement durable permet de déployer une infrastructure d’éclairage flexible et évolutive sur plus de 25 ans, adaptable aux besoins futurs de la population : au développement des mobilités douces, à la création de nouveaux quartiers, aux nouveaux usages des espaces publics... C’est aussi un investissement qui favorise les solutions atténuant les effets de la lumière sur la faune et la flore, limitant les nuisances lumineuses sur les zones périphériques et maximisant la sécurité et le confort des habitants.

Le coût et le financement des projets font souvent obstacle aux investissements publics locaux en matière de rénovation de l’éclairage public. Quelles sont les solutions, selon vous ?

Samuel Machet : Le financement est en effet l’obstacle numéro 1 évoqué par les élus locaux. Beaucoup de collectivités rénovent leur infrastructure de manière limitée, en fonction des budgets alloués, ce qui réduit faiblement les économies d’énergie.

Pourtant, investir de manière soutenue pour rénover massivement et intelligemment est à la portée de toutes les collectivités, et c’est rentable. Le niveau d’information des communes sur la mécanique des prêts verts reste faible, alors que c’est la solution idéale pour investir de manière soutenue.

Si la rénovation des parcs d’éclairage public n’est pas intégrée au plan de relance – ce que nous déplorons – les Certificats d’économies d’énergie (CEE) permettent d’accéder à des financements complémentaires au titre des économies générées. Certaines Régions et certains syndicats d’énergie accordent également des subventions.

Avec l’ensemble de ces outils, il est dommage de se précontraindre en suivant le budget annuel de la collectivité. Le prêt vert, en particulier, permet de se projeter et d’engager une rénovation de qualité, avec un ROI très rapide s’agissant d’un investissement public, de l’ordre de 5 ans sur certaines approches.

Le problème n’est donc pas l’accessibilité des solutions technologiques, ni leur financement, mais bien la volonté politique des élus.

Comment Signify accompagne-t-elle les collectivités qui s’engagent dans ce type de programme ?

Samuel Machet : Il y a un travail d’accompagnement des élus et décideurs locaux à opérer. Investir intelligemment suppose de bien définir le projet et d’effectuer un travail prospectif sur le devenir de la commune. Notre objectif est de les aider à passer d’un schéma de rénovation annuel étalé sur 20 ans à un projet global beaucoup plus rapide et structurant pour la qualité de service aux usagers avec une véritable action de transition écologique. 

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