Entretien de la voirie : les collectivités aux prises avec la « dette grise »

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Faute de moyens, mais aussi faute de parvenir à concilier le temps long du cycle de vie des infrastructures routières avec la durée d’un mandat électif local, les collectivités peinent parfois à entretenir leurs routes, ponts et ouvrages d’art. Les retards d’entretien cumulés peuvent engendrer une « dette grise »*$ qui pèse sur les budgets des collectivités.

  • La « dette grise » traduit le retard d'entretien d'un bien assurant le fonctionnement d'un service public. Dans l’article il s’agit de retards accumulés dans l'entretien des infrastructures routières, en particulier des chaussées.

Les infrastructures routières ont un cycle de vie long (plusieurs dizaines d’années). Leur usure est en général progressive, suivant l’intensité du trafic et les dégradations dues à l’environnement (à l’eau en particulier). Cette lente dégradation, sans signes visibles pendant plusieurs années, peut s’accélérer fortement à partir d’un certain seuil. Dans ce cycle de vie des ouvrages de voirie, un sous-entretien répété engendre, à terme, une augmentation des dépenses d’entretien, devenu palliatif, pour maintenir le niveau de service. Cette hausse des dépenses peut dès lors être considérée comme une « charge d’intérêt » versée sur un type particulier de dette, appelé « dette grise ».

Avec 1,1 million de kilomètres de routes à entretenir, la gestion de la voirie n’est, pour les collectivités quelles qu’elles soient, pas une sinécure. Une route départementale sur deux a en effet besoin de travaux de rénovation. Le mauvais état des chaussées est en cause dans 30 % des accidents routiers mortels, selon l’Observatoire national de la sécurité routière. Faute d’investissements suffisamment soutenus pour la maintenance du réseau routier, la France est d’ailleurs passée, en sept ans, de la 1ère en 2012 à la 18ème place mondiale en 2019, en termes de qualité d’infrastructures routières, selon le Forum Économique Mondial.

En cause, l’usure accélérée des routes due au réchauffement climatique, mais aussi une dégradation massive de l’état des ponts, propriétés des communes, dont 10 % présenteraient des « défauts majeurs de structure » et 19 % des « défauts de structure significatifs », selon l’Observatoire national de la route.

De fortes disparités territoriales

La voirie constitue pourtant un poste de charges non négligeable pour les collectivités.

En 2023, les collectivités territoriales de plus de 3500 habitants*$ ont consacré 13,3 milliards d’euros à la gestion de leur voirie*$. Dans le bloc communal, ces dépenses de voirie ont fortement progressé (+ 25,8 %) depuis 2017. Elles se révèlent corrélées à l’augmentation de la construction de nouveaux logements individuels*$. Elles sont également particulièrement élevées dans la couronne d’un pôle d’attraction urbain.

Dans les budgets départementaux, l’entretien des routes représente le premier poste d’investissement.

Les dépenses de voirie des collectivités varient toutefois fortement d’un département à l’autre. Elles sont ainsi plus élevées, au kilomètre, dans les départements les plus fortement urbanisés. Les départements ruraux ou montagneux présentent, quant à eux, les coûts de voirie par habitant les plus élevés, du fait de leur faible densité de population.

  • Les petites communes, qui possèdent pourtant 45% du linéaire total de voirie, ne sont pas tenues de ventiler comptablement leurs dépenses par fonctions. Il est dès lors difficile d’évaluer celles qu’elles affectent à la voirie.

  • Source : Bulletin d’information statistique de la Direction générale des collectivités locales – Février 2025

  • Source : Bulletin d’information statistique de la Direction générale des collectivités locales – Février 2025

Cap sur la maintenance préventive

On le sait : l’état d’entretien du réseau routier favorise, outre la qualité de vie des habitants, le dynamisme économique et l’attractivité des territoires.

Mais au Congrès des maires et président d’Intercommunalité de France 2025, les élus communaux ont tiré la sonnette d’alarme face à leurs difficultés budgétaires croissantes dans l’exercice de cette compétence obligatoire.

Dépenses d’entretien de la voirie en hausse, recettes contraintes et incertaines : nombre de collectivités subissent de plein fouet un effet ciseau. Les contraintes financières pesant sur les gestionnaires entravent la mise en place de stratégies optimales d’entretien des réseaux routiers. On le sait, intervenir sur les ouvrages dès que de premières dégradations se manifestent (usure du revêtement, fissures) permet d’éviter que les chaussées ne se dégradent davantage (défaut d’étanchéité, arrachements, nids de poule, déformations, etc.). Le risque est alors que les dégradations atteignent un seuil critique, pouvant mettre en cause la conservation de la chaussée, la sécurité et le confort des usagers ou l’intégrité de la couche de surface.

La cause est donc entendue : plus on retarde les interventions préventives, plus les dégradations subies sont fortes, ce qui rend les investissements curatifs ultérieurs beaucoup plus complexes et coûteux. C’est ce qu’on appelle la « dette grise », qui finit par peser sur les finances des collectivités. Routes de France, une organisation représentative des professionnels de l’industrie routière, estime ainsi qu’un euro non investi en entretien peut générer plus de 10 euros de dépenses supplémentaires quelques années après.

À la veille des élections municipales, l’état de la chaussée est, dans beaucoup de communes, un sujet de débat majeur, voire inflammable. Des analyses ont d’ailleurs montré qu’il existe un lien entre le cycle électoral et le rythme des investissements routiers*$. Marqueur visible de l’action publique sur le territoire, la voirie ne saurait toutefois se réduire à un argument électoral. Il en va d’un service public essentiel, qui doit être pensé comme un investissement durable.

  • Source : Insee – décembre 2019 – « Le cycle des élections municipales : quels effets sur l’investissement public, l’emploi et la production ? »

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