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34e Congrès de l’Uniopss : l’occasion de réaffirmer le pouvoir d’innovation des associations

« Tous mobilisés pour un projet solidaire ambitieux » : c’est autour de cette interpellation que le 34ème congrès de l’Uniopss a battu le rappel, en mai dernier. L’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux a mis à profit ce temps fort pour manifester la force d’interpellation et de proposition de son collectif d’associations de solidarité. Entretien avec Jérôme Voiturier, Directeur Général de l’Uniopss.

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Portrait de Jérôme Voiturier

Il est essentiel que nos partenaires bancaires soutiennent les associations dans ces problématiques.

Jérôme Voiturier (©Michel Le Moine) — Directeur Général de l'Uniopss.

Quels acteurs de la santé et du secteur de la solidarité sont représentés au sein de l’Uniopss ?

Jérôme Voiturier : L’Uniopss représente près de 80 % des acteurs associatifs du sanitaire, social et médico-social, soit plus de 30 000 établissements et services privés non lucratifs gérés par ses adhérents, 1 million de bénévoles et 750 000 salarié(e)s. 

Quelles valeurs et quel modèle portent les associations et fédérations membres de l’Uniopss?

Jérôme Voiturier : L’Uniopss est porteuse du modèle privé non lucratif, autrement dit du modèle associatif de solidarité. Cela a son importance dans le contexte actuel, où l’on constate tous les jours les dérives du modèle commercial. Nous défendons un modèle où la primauté de la personne, la non-lucrativité, la solidarité, l’égalité dans l’accès aux droits et la participation de tous dans la société sont des valeurs constitutives.

Pourquoi renouveler les bases de notre modèle social et solidaire, thème du plaidoyer présenté par l’Uniopss en mai dernier ? En quoi est-il aujourd’hui fragilisé ?

Jérôme Voiturier : Le modèle social français, même s’il a connu des évolutions depuis 1945, est un modèle réfléchi par les salariés, pour les salariés dans une perspective de plein emploi. Or depuis 1945, les schémas traditionnels (familiaux en particulier) ont évolué. Le nombre de familles monoparentales a ainsi fortement augmenté. La pauvreté est un phénomène qui s’est transformé, ce dont témoigne la situation emblématique des travailleurs pauvres. Le plein emploi a disparu dans les années 70. Par ailleurs, on observe également des évolutions sociologiques, comme l’accroissement de l’individualisation, le besoin de politiques en proximité dans les territoires et une défiance croissante vis-à-vis des institutions, autant de mutations qui modifient la perception et l’adhésion au modèle social. 

L’affirmation d’un modèle social et solidaire a été plébiscitée lors du Congrès 2022. Quelles sont les actions prioritaires que vous appelez de vos vœux ?

Jérôme Voiturier : L’accompagnement et la prise en charge des personnes fragiles ou vulnérables nécessitent un nombre suffisant de professionnels formés, reconnus et dont la mission est porteuse de sens. Comme jamais peut-être, nous assistons à une crise des vocations des métiers du social, du sanitaire et du médico-social. Beaucoup d’explications peuvent être à l’origine de cette crise : l’absence de reconnaissance des professionnels dont par ailleurs l’action est unanimement saluée ; une absence de perspectives d’évolution de carrière ; la perte de sens lorsque l’aspect humain est relégué au second plan derrière des impératifs économiques et financiers. Or, si l’on veut renforcer une société inclusive, ces professionnels sont indispensables. À travers cette question de l’attractivité des métiers, c’est donc tout notre modèle de société qui est en jeu pour maintenir une cohésion sociale où les vulnérabilités, les fragilités, les handicaps ne sont pas ignorés.

« L’économie, l’écologie et le social sont-ils faits pour vivre ensemble ? » : tel était le thème d’une de vos table-rondes. À quelles conditions cette convergence peut-elle avoir lieu selon l’Uniopss ?

Jérôme Voiturier : Le développement durable s’appuie sur 3 piliers : l’économique, le social et l’environne­mental. Si celui-ci entend répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures, en proposant un modèle de développement vivable, viable et équitable, force est de constater que nous ne sommes pas encore arrivés à ce modèle de développement et que des tensions entre ces 3 pôles existent.

L’action sociale et la protection sociale sont encore évaluées comme des coûts à rationali­ser et non comme des investissements, géné­rateurs d’une valeur sociale et sociétale. Le lien entre économie et environnement reste encore perçu, même si des évolutions conceptuelles se font jour, comme la limitation par des contraintes environnementales du développement de l’activité de production et de consommation et donc d’emploi. Enfin, le lien entre environne­ment et social est encore trop caractérisé par une alternative entre l’urgence immédiate et l’urgence à moyen terme.

Qu’attendez-vous du secteur bancaire pour vous accompagner au cours de ce quinquennat ?

Jérôme Voiturier : Le secteur bancaire est mal connu du secteur associatif. 

Pour les associations, il est nécessaire de prendre en compte les spécificités de l’action privée non lucrative qui ne peut se résumer à la lecture d’un bilan comptable. Par leur mode de fonctionnement, les associations sont à même d’innover. Cette innovation a besoin de soutien et le « retour sur investissement » n’est pas obligatoirement le seul critère d’appréciation. L’impact social peut ne pas rencontrer l’impact économique.

Par ailleurs, pour les associations ayant des conventions avec les pouvoirs publics, le financement par l’État ou les collectivités locales peut arriver tardivement voire très tardivement dans l’année, provoquant des soucis de trésorerie des associations. Il est essentiel que nos partenaires bancaires soutiennent les associations dans ces problématiques.

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