Interview

Défis, enjeux et perspectives de l'économie de demain

Dans un environnement chahuté par des chocs multiples, l’économie actuelle avec ses différents acteurs pose les jalons de l‘économie de demain. Alain Henriot, responsable des Etudes économiques au sein de La Banque Postale explique cette dynamique.

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Portrait d'Alain Henriot

Le changement qui se joue ne fait que s’accélérer au gré des contraintes récemment apparues ou identifiées : conséquences de la reprise post-covid, conflit en Ukraine, urgence climatique.

Alain Henriot — Responsable des Etudes économiques au sein de La Banque Postale.

Penser l’économie de demain, c’est mettre la performance économique au service des enjeux sociaux et environnementaux, en alliant développement, transformation et innovation. Une approche « revenue en force à l’occasion des phases aigues de la crise sanitaire. Elle repose sur des contraintes nouvelles, notamment environnementales et désormais financières liées au coût de l’énergie » souligne Alain Henriot pour qui il y a un double constat : « On ne pourra plus continuer à l’identique ce que l’on faisait, et de nouvelles causes de transformation sont à venir. Il ne faut pas négliger les forces de résistance. Mais certains acteurs prouvent que l’économie de demain est déjà en train de se construire ». En témoignent l’arrêt du financement des énergies fossiles par La Banque Postale et son soutien aux énergies vertes.

La conjoncture accélère la nécessité de transformation

« Le changement qui se joue ne fait que s’accélérer au gré des contraintes récemment apparues ou identifiées : conséquences de la reprise post-covid, conflit en Ukraine, urgence climatique ». Léconomie conjoncturelle est frappée par des chocs multiples. « Pour l’heure, le choc est celui du coût de production ou d’usage, qui devient si élevé qu’on arrête parfois de produire temporairement ou partiellement ». Les risques de coupures d’électricité perturbent aussi l’environnement économique. D’où les récentes prévisions de l’Insee : une stagnation du PIB pour le dernier trimestre 2022 et une croissance très faible en 2023.

« Le contexte est compliqué sur le court terme et aussi sur le moyen terme. Le moyen terme dont nous parlons n’est plus à cinquante ans et va au-delà du cycle économique traditionnel. Ainsi, la question environnementale, une vraie urgence, impose de changer les modes de production, les produits, l’image de l’entreprise… ». Autant d’opportunités et donc d’avantages concurrentiels sur lesquelles les entreprises peuvent asseoir leur transformation et leur essor.

L’économie de demain : quelle projection ?

Pour s’inscrire dans l’économie de demain, les entreprises ont tout intérêt à raisonner à l’instar de ce qu’ont pu faire différentes banques récemment : des stress tests climatiques permettant de mesurer les différents risques encourus, physiques, financiers ou sociétaux. Et donc se demander si :

  • cette façon de produire, reposant sur une forte consommation de gaz, sera-t-elle toujours valable dans 5 ans ?
  • et cette activité lorsque son territoire d’exercice sera régulièrement soumis à des températures très élevées de façon durable (les climatologues parlent de 50°C pour les grandes métropoles françaises) ?
  • tel produit répondra-t-il aux attentes des consommateurs ou aux besoins des donneurs d’ordre d’ici 3 ans ?

Car certains bouleversements sont inéluctables. L’activité de bon nombre de PME spécialisées de la filière automobile thermique va être remise en cause. Des territoires vont devenir moins utilisables, notamment les bords de mer avec le déplacement des traits des cotes ou encore en montagne du fait de la chute des roches. Le risque climatique bouscule le secteur de l’assurance. La flexibilité est devenue une norme au travail.

économie de demain

Le plan France 2030 amorce l’économie de demain

Le plan d’investissement « France 2030 » présenté en octobre 2021 comporte « beaucoup d’ambitions stratégiques, avec des moyens modestes ». 30 milliards d’euros à horizon 2030 contre les 45 milliards d’euros engagés en faveur du pouvoir d’achat. « Les moyens publics ne suffiront pas pour bâtir l’économie de demain. Les investissements présentés sont donc un fléchage pour les autres sources de financements ». Pour faire émerger les champions technologiques de demain et accompagner les transitions de secteurs d'excellence, « ce plan est offensif. On retrouve dans les 10 objectifs, les questions et les réponses aux défis. L’indépendance énergétique avec un mix nucléaire-renouvelable, la nécessité d’une meilleure intégration des filières industrielles, les nouveaux modes de transports, l’objectif de production en France de biomédicaments, tout cela constitue l’amorce d’une innovation de fond ». L’économie de demain, telle qu’envisagée par ce plan, repose sur de nouveaux produits, de nouveaux circuits de distribution, de nouveaux modes de circulations. S’y ajoute une nouvelle dimension, la géopolitique, un enjeu redevenu primordial qui impose de cesser notre dépendance vis-à-vis de certains pays.

A tous les étages de la société, la prise de conscience est faite (cf. les dispositifs de La Banque Postale en faveur des acteurs de l’économie de demain). « La mise en œuvre est complexe du fait d’un conflit de temporalité : il y a une urgence climatique constatée mais les changements requis ne sont possibles que sur un temps plus long. Cela redonne un intérêt au politique et une pertinence à l’accompagnement par un plan gouvernemental et un appui européen ».

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