Gestion des risques ESG (Environnement, Social, Gouvernance), pérennité des modèles d’affaires, transformation des sociétés : malgré un discours ambiant évoquant un possible recul des réglementations sur la durabilité, ces enjeux restent aujourd’hui très présents dans l’agenda des organisations, qu’il s’agisse d’entreprises ou d’acteurs publics. Les approches ESG demeurent en effet structurantes et doivent être saisies comme une opportunité d’adaptation des modèles économiques et de renforcement de la résilience.
Les sujets environnementaux, notamment la lutte contre le réchauffement climatique, sont étroitement liés aux enjeux sociaux : impacts sur les populations vulnérables, dégradation de la santé, déplacement de communautés, dépendances aux écosystèmes creusent les inégalités sociales.
Dans ce contexte, plusieurs défis environnementaux émergent avec une acuité particulière. Parmi eux, l’adaptation au changement climatique et la gestion de la ressource en eau nécessiteront des investissements importants dans les années à venir.
« Les approches ESG demeurent en effet structurantes et doivent être saisies comme une opportunité d’adaptation des modèles économiques et de renforcement de la résilience. »
Rachel Lionsquy, structureur au sein du Hub Sustainable Banking de La Banque Postale.
Pour mieux les identifier, un travail collectif est nécessaire auprès de l’ensemble des parties prenantes, afin de comprendre les enjeux et de mutualiser les efforts portés sur les outils et les méthodologies liées à la collecte de données, la modélisation, l’évaluation et la gestion des risques et des opportunités tout en intégrant les différences de temporalités.
De l’adaptation au changement climatique vers la résilience
Face à la multiplication des événements climatiques extrêmes (sécheresses, inondations…), une évolution majeure s’impose progressivement : passer d’une logique centrée uniquement sur la lutte contre le dérèglement climatique à une stratégie structurée d’adaptation et de résilience.
Il s’agit de limiter les impacts humains et/ou matériels et de réduire toutes pertes d’exploitation . Dans les faits, cette stratégie d’adaptation repose sur l’identification des aléas, des expositions et des vulnérabilités. Elle se met progressivement en place selon les types d’acteurs :
- Les pouvoirs publics et les régulateurs, qui cherchent à préserver la résilience systémique des territoires,
- Les entreprises appelées à sécuriser leurs ressources et leurs activités tout en identifiant de nouvelles opportunités économiques
- Les financiers qui innovent dans les instruments de financement tout en intégrant ces risques dans leurs analyses d’investissement, pour sécuriser la valeur des actifs et assurer les fonds propres adéquats.
Ainsi, les « resilience bonds » ou la part dédiée à l’adaptation dans les cadres des émissions obligataires verts, pourraient devenir un outil central de financement.
Afin d’harmoniser les méthodologies et les outils, et dans le cadre du Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC), l’Etat français a donc officialisé par décret n°2026-23 les modalités de définition de la Trajectoire de Réchauffement de référence pour l'Adaptation au Changement Climatique (TRACC).
Cette trajectoire repose sur un scénario de réchauffement atteignant +3°C au niveau mondial et environ +4°C en moyenne pour la France métropolitaine à l’horizon 2100. De son côté, la Banque de France a mis à disposition des entreprises, en 2026, un Outil de Diagnostic pour l’Adaptation au Changement Climatique (ODACC) afin d’identifier les expositions aux principaux aléas climatiques basés sur les scénarios de la TRACC. Enfin, la norme révisée ISO 14092 publiée en février 2026 propose un cadre méthodologique pour structurer la planification, l’évaluation, l’action et la gouvernance des stratégies d’adaptation.
L’eau, illustration d’un changement de paradigme
L’eau constitue un exemple particulièrement concret de ce changement de paradigme ESG, au même titre que l’adaptation au changement climatique. Selon le rapport : “Global Water Bankruptcy” des Nations Unies publié le 20 janvier 2026, la perte du « capital hydrique » de l’Humanité pourrait creuser les inégalités sociales avec une pénurie sévère de l’eau au moins un mois par an pour plus de 4 milliards de personnes et une rupture de l’accès à l’eau potable sûre pour de 2,2 milliards de personnes.
Les notions de « stress hydrique » et de « crise de l’eau » évoluent ainsi vers celle de « faillite de l’eau », traduisant une nouvelle réalité : celle de l’irréversibilité des pertes et d’une gestion de ressources devenues structurellement limitées. Nous entrons ainsi dans une logique de gestion de faillite : mise en place de comptabilités transparentes de l’eau, fixation de quotas de consommation, de protection du capital naturel qui produit et qui stocke l’eau (aquifère, zones humides, soldes, rivières et glaciers) ainsi que de protection des populations les plus vulnérables.
Les secteurs tels que l’agriculture, qui représente environ 70% des prélèvements d’eau douce au niveau mondial, devront intégrer ce nouveau défi : produire pour une population croissante avec moins d’eau.
L’eau illustre ainsi une nouvelle dimension de l’ESG où la résilience devient le modèle dominant : gérer une ressource dégradée, organiser la rareté et garantir un accès équitable.
Financeurs et investisseurs : comment contribuer à l’effort collectif ?
Les projets visant à accompagner la résilience et à garantir l’accès à l’eau potable sont coûteux et nécessiteront une mobilisation collective des sources de financement.
Les principaux investissements consisteront à :
- Gagner en résilience : par la rénovation des bâtiments et des infrastructures, l’aménagement des territoires, l’adaptation des équipements techniques et électriques, la rénovation des systèmes d’exploitation, les mécanismes de prévention.
- Garantir un accès de qualité à l’eau potable : par la modernisation du traitement et de la distribution des eaux (canalisations, assainissement des eaux usées…), la gestion des eaux pluviales urbaines, l’aménagement des territoires en faveur des milieux aquatiques, du captage des eaux, et de la dépollution des nappes phréatiques.
Pour financer ces investissements, les émissions obligataires vertes (“Green bonds”) ou de résilience ( “Resilience bonds”) constituent des instruments de financement sur lesquels les émetteurs (publics ou privés) pourront s’appuyer pour financer ces projets.
Aujourd’hui , les projets liés à l’adaptation climatique sont parfois intégrés comme contribuant à l’atténuation au risque climat ou sous couvert de la biodiversité et ne sont donc pas clairement identifiés sous la thématique de l’adaptation dans les cadres des obligations vertes. L’augmentation des besoins d’investissement liés à la résilience feront donc évoluer ces cadres pour mieux flécher les financements dédiés.
Certaines initiatives émergent déjà. La ville de Tokyo (Tokyo Metropolitan Government) a ainsi publié en octobre 2025 un « Tokyo Resilience Bonds Framework », dédié à la prévention des inondations, des tempêtes et d’autres risques climatiques, suivi d’une émission obligataire inaugurale de 300 millions d'euros le 16 octobre 2025.
Côté investisseurs, la création de fonds dédiés à la résilience et l’investissement dans ce type d’obligations constitue un moyen concret de contribuer au financement de ces projets. Ces enjeux sont au cœur des préoccupations de La Banque Postale.
Premier financeur bancaire des collectivités locales, La Banque Postale accompagne depuis plusieurs années de nombreux projets liés à l’eau et à l’adaptation des territoires. Entreprise à mission depuis 2022, La Banque Postale s’est engagée sur un plan de transition à horizon 2030 qui va au-delà du carbone, en intégrant les enjeux de biodiversité et d’adaptation climatique dans ses analyses de risques, ses décisions d’octroi de crédit et l’évolution de ses offres.