Cela peut sembler contre-intuitif, et pourtant : les montagnes sont les toutes premières victimes du réchauffement climatique. Avec des températures en hausse de 2,5 °C depuis 1900*$ et des projections de réchauffement supérieures de 10 à 20 % à la moyenne nationale anticipée*$, les massifs français accusent des changements irréversibles que traduisent d’ores et déjà des manifestations spectaculaires. Effondrements de glaciers, éboulements, coulées de boue, glissements de terrain, crues : les risques naturels auxquels les territoires d’altitude font face augmentent. En raison d’une hausse des températures, les épisodes de pluie deviennent plus fréquents et abondants, au détriment des chutes de neige. Résultat : selon le travail de modélisation accompli conjointement par l’Inrae*$ et Météo-France*$, le nombre de jours skiables dans une station comme Le Tourmalet (située à 1 900 mètres d’altitude) va chuter, de 151 jours par an à la fin du XXe siècle à 116 à échéance 2050 et seulement 86 jours à la fin du XXIe siècle. Ces projections s’appuient sur des prévisions de réchauffement qui font désormais consensus*$ : +2 °C par rapport à l’ère préindustrielle à l’horizon 2030, +2,7 °C en 2050 et +4 °C à la fin de notre siècle.
Dans des proportions variables selon les altitudes et les latitudes, les massifs français vont tous perdre en couverture neigeuse. Déjà vitale dans toutes les stations de ski, la production artificielle de neige n’aura plus la capacité à amortir le déficit d’enneigement qui, notamment à cause du rétrécissement des fenêtres de froid, va devenir impossible à contrecarrer.
Source : AGATE, 2024 - https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/milieux/montagne
Source : Maire-info, 2025 - https://www.maire-info.com/montagne/montagne-face-au-rechauffement-climatique-des-pistes-pour-sortir-de-la-dependance-au-ski--article-30320
Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement
Ce travail est en cours, il n’a pas encore abouti un rapport. Source : Le Monde, 20 décembre 2025 - https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/12/20/pourra-t-on-encore-skier-en-france-en-2050-les-projections-de-neige-dans-vos-stations-favorites_6658775_4355770.html
La Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc)
Un modèle économique qui touche sa limite
La viabilité des stations de ski et la pérennité du modèle de développement qui a prévalu jusqu’ici dans la plupart des stations, sont donc désormais menacées. Le « tout-ski », une stratégie portée par les « plans neige » des années 1960 à 1970, n’est désormais plus une option soutenable.
Or la montagne représente, en France, un levier économique important.
Les neuf massifs montagneux français*$ couvrent un quart du territoire. Avec 250 stations de sports d’hiver, la France est numéro un mondial par le nombre de remontées mécaniques et numéro deux mondial par la fréquentation de ses domaines skiables*$. Le tourisme hivernal, principale activité économique dans ces territoires, mobilise à lui seul 120 000 emplois*$. Il génère 20 milliards d’euros de retombées économiques annuelles. 67 % des effectifs dédiés au tourisme en zone de montagne lors de la saison 2023-2024 étaient des travailleurs saisonniers*$.
Même si les situations varient grandement d’une station et d’un massif à l’autre, toutes les collectivités de montagne sont aujourd’hui contraintes de transformer leur modèle économique pour s’adapter aux évolutions à venir. Selon le député Denis Fégné, co-auteur – avec son collègue Xavier Roseren – d’un rapport parlementaire publié en décembre 2025 sur la transition des modèles des stations de montagne*$, « la transition ne se limite pas au seul secteur touristique ». Elle intègre aussi des enjeux d’habitabilité, de logement, d’aménagement du territoire, d’éducation, d’accès à la montagne, de mobilité décarbonée, d’évolution des métiers, ou encore de gouvernance. L’objectif est de transformer les stations de montagne en lieux de vie à l’année, dotées d’infrastructures réversibles et utilisables en toutes saisons. Quelques stations pionnières, comme Métabief (Doubs), Planolet (Isère) ou Tignes (Savoie), amorcent déjà une transition vers un tourisme « quatre saisons », sans toutefois abandonner complètement le ski. Mais les exemples de transition réussie restent encore rares.
Source : Observatoire des territoires, https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/kiosque/zonage-les-perimetres-de-massifs
Source : Domaines skiables de France - https://www.domaines-skiables.fr/news/les-domaines-skiables-français-une-référence-mondiale
Source : Domaines skiables de France - https://www.domaines-skiables.fr/news/les-domaines-skiables-français-une-référence-mondiale
Source : Opcommerce, 2024 - https://www.lopcommerce.com/media/bv2dsfta/etude_analyse_prospective_emplois_saisonniers_montagne.pdf
Source : Assemblée nationale, 2025 - https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion-dvp/l17b2253_rapport-information
La montagne, terrain d’expérimentation en matière de transition ?
Le rapport parlementaire « Fégné-Roseren » a émis, en décembre 2025, une cinquantaine de propositions visant à inspirer le prochain Conseil national de la montagne (CNM), qui se tiendra au printemps 2026 en vue d’élaborer une nouvelle feuille de route pour la transition des territoires montagneux. L’objectif est clair : passer d’une logique de réaction à une logique d’anticipation, s’appuyant sur des solutions territorialisées à l’échelle des stations et des massifs, mais aussi sur un Pacte européen pour les montagnes. Ladite feuille de route pourrait ainsi succéder au plan Avenir montagnes qui, sur la période 2021-2025, a permis de soutenir des initiatives pionnières en vue de diversifier les modèles touristiques existants.
Ce dernier plan a mobilisé plus de 300 millions d’euros d’investissement *$, au service d’une plus grande résilience et durabilité, sur deux volets : l’ingénierie et les mobilités.
La montagne sera-t-elle un terrain expérimental pour la stratégie nationale d’adaptation au changement climatique ? L’échéance des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes françaises pourrait en tout cas faire office d’accélérateur et de catalyseur pour des expérimentations novatrices, notamment autour des mobilités décarbonées collectives. Un enjeu de taille : 89 % des touristes se rendant à la montagne utilisent pour l’instant une voiture*$. Une habitude persistante, même dans les stations accessibles via des ascenseurs valléens, comme Bourg-Saint-Maurice, Brides-les-Bains, et bientôt Saint Gervais ou encore Bourg-d’Oisans / Alpe d’Huez. La rénovation de la ligne ferroviaire Marseille-Briançon, qui permettra une réduction du temps de parcours à 3h40 contre 4h40 en moyenne actuellement*$, ainsi que deux allers-retours quotidiens supplémentaires entre ces deux villes, constitue un exemple emblématique de la volonté d’un héritage durable au-delà des JO. Mais la question des intermodalités à déployer sur le « dernier kilomètre » reste un défi majeur.
En janvier 2026, la feuille de route environnementale des JO a été dévoilée*$. Elle se décline en 8 enjeux clés autour des émissions (en particulier des transports), de l’énergie, de l’aménagement des territoires, des écosystèmes et de la biodiversité, de l’alimentation, de l’eau, de la santé et de l’économie circulaire.
Source : Ministère de la Transition écologique, 2023 - https://www.ecologie.gouv.fr/presse/bilan-du-plan-avenir-montagnes
Source : Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM), 2022
Source : SNCF Réseau, 2026 - https://www.groupe-sncf.com/fr/groupe/portrait-entreprise/groupe-societes/sncf-reseau/performance-ferroviaire-alpes-sud
Source : Ministère de la Transition écologique, 2026 - https://www.ecologie.gouv.fr/presse/jeux-olympiques-paralympiques-dhiver-2030-gouvernement-prepare-feuille-route-environnement
Bpifrance, Compagnie des Alpes, Icade, Suez, Le Groupe La Poste / La Banque Postale, Transdev, La Forestière, CDC Biodiversité et Scet
Un programme de financement dédié
A l’occasion du 41ème Congrès annuel de l’Association Nationale des Elus de la Montagne (ANEM), qui s’est tenu aux Angles les 16 et 17 octobre 2025, la Caisse des Dépôts et Consignations a annoncé le lancement d’un nouveau programme de financement dédié aux collectivités de montagne, programme impliquant les 10 filiales du groupe*$, dont La Banque Postale.
La feuille de route de ce programme, fruit d’une année de concertations avec les élus, opérateurs de l’État, Syndicats, Parcs et ONG telles que Mountain Wilderness, s’articule autour de 6 priorités :
- l’habitat et le logement (des familles comme des travailleurs),
- la protection des ressources naturelles et des sols (renaturation, maîtrise du foncier stratégique, démantèlement d’infrastructures obsolètes etc.),
- la réduction des vulnérabilités (ponts, routes, tunnels, forêts…),
- l’accompagnement des territoires confrontés à des mutations économiques sévères (stations de ski, stations thermales),
- le soutien aux filières économiques (tourisme, agriculture, entrepreneuriat…)
- et l’innovation à travers l’offre de services (mobilité partagée, maintien des commerces etc.).
L’enveloppe mobilisée d’ici à 2030 est très conséquente : 5,5 milliards d’euros de prêts de très long terme, 400 millions d’euros d’investissements en fonds propres dans des sociétés de projets et 30 millions d’euros en ingénierie. Ces fonds permettront par exemple de travailler avec un département sur la vulnérabilité des routes, avec un syndicat sur l’aménagement d’un cours d’eau ou d’accompagner des communes dans la production de logements accessibles pour les familles et les saisonniers.
Au titre de ce programme, 50 stations de sport d’hiver devraient être accompagnées dans l’élaboration d’un scénario de rebond*$, pour transformer leur modèle économique.
Bpifrance, Compagnie des Alpes, Icade, Suez, Le Groupe La Poste / La Banque Postale, Transdev, La Forestière, CDC Biodiversité et Scet
Source : Banque des Territoires
La montagne, terre d’agriculture, de tourisme, d’artisanat et d’énergie, fait face à des défis économiques inédits, amplifiés par le changement climatique. Le Groupe Caisse des Dépôts, historiquement engagée dans le tourisme, renforce aujourd’hui son soutien à la diversification et à la résilience de ces activités, pour concilier attractivité et préservation des écosystèmes.
Pour accompagner ces transitions, nous déployons un dispositif exceptionnel : des chefs de projet transformation économique, dotés de moyens dédiés, pour apporter expertise technique, méthodologie et appui à la décision.
Notre objectif ? Impulser une nouvelle économie de la montagne, adaptée aux réalités climatiques et économiques, en ciblant prioritairement les territoires les plus fragilisés.
C’est un engagement concret, au plus près des acteurs locaux, pour bâtir ensemble un avenir durable et innovant pour ces territoires d’exception.
Michel-François Delannoy, Directeur du Département Appui aux Territoires