Entreprises publiques locales : cap sur les transports durables pour le tourisme et les loisirs

8% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde proviennent du tourisme. 75% d’entre elles sont liées aux mobilités(1) . En France, un nombre croissant d’acteurs du secteur touristique – Epl au premier chef - planchent sur des alternatives aux mobilités carbonées. Une tendance accélérée par la crise sanitaire.

Lecture 4 min

La pandémie du COVID-19 marquera-t-elle un tournant dans la gestion des déplacements touristiques et les pratiques des touristes dans ce domaine ? En France, première destination touristique mondiale, les Entreprises Publiques Locales (EPL) se sont en tout cas emparées du sujet... Avec à la clé des solutions novatrices pour des mobilités plus douces et décarbonées.

 

Le tourisme en France : un enjeu écologique majeur autour des transports

La France est, devant l’Espagne, le pays le plus visité au monde. Aux 89 millions de visiteurs étrangers recensés en 2019, il faut ajouter environ 120 millions d’excursionnistes « à la journée » venant des pays limitrophes et 192 millions de Français2 se déplaçant dans leur pays pour des vacances.

Le tourisme était, à la veille de la pandémie mondiale, un secteur florissant. La consommation touristique représentait en 2018, dans notre pays, 7,4% du PIB3. La consommation des visiteurs étrangers a progressé cette année-là de +5,9%, plus rapidement que celle des touristes résidents (+3,6%).

Mais le tourisme n’est pourtant pas exempt « d’externalités négatives ». Cela au plan sociétal (surpopulation, bruit, détérioration de sites, augmentation des loyers…) mais aussi au plan environnemental (pollution locale, contribution au changement climatique).

L’empreinte carbone du secteur touristique au plan mondial a augmenté de 15% entre 2009 et 20134. Les dégâts provoqués par l’activité touristique sur la Planète sont surtout le fait des déplacements. Rappelons que le transport est l’activité qui contribue le plus aux émissions de gaz à effet de serre : en France, sa part atteint 31% du total en 20195. Un chiffre à peu près stable depuis 2008, l’amélioration de la performance énergétique des véhicules et le recours accru aux agrocarburants ne parvenant pas à compenser l’augmentation de la circulation.

Or près de 75% des touristes arrivent sur leur lieu de vacances par la route6. Et les transports en commun sont faiblement « mis en tourisme », pour plusieurs raisons : information et qualité de l’accueil insuffisants, ruptures de charge, expérience client à améliorer… Or toutes nuisances confondues, la voiture est le mode de transport longue distance qui a le plus fort impact par passager unitaire.

Le tourisme est donc la source de problématiques complexes liées aux déplacements et aux stationnements, dont la gestion incombe aux collectivités territoriales.

 

Une prise de conscience citoyenne

Il y a urgence à agir dans les territoires pour en limiter l’impact écologique.

Les propositions formulées par la Convention citoyenne pour le Climat sont le reflet de cette mobilisation. Certaines des mesures reprises ou en partie retenues par le Gouvernement concernent les transports à vocation touristique. C’est le cas de certaines mesures favorisant le covoiturage (possibilité d’aménager des voies réservées aux abords des métropoles les plus polluées notamment), ou le TER (la loi Climat et Résilience demande aux régions de proposer des tarifs incitatifs).

D’autres mesures, comme la réduction de la TVA sur les billets de train7 de 10% à 5,5%, sont écartés. Quant à la suppression des vols intérieurs lorsqu’une  alternative de moins de 4 heures existe, elle est réduite à un seuil de 2h30. Dans les faits, cette mesure ne concernera que 5 liaisons aériennes, représentant 0,5% des émissions des vols au départ de la France.

 

Innover pour mieux accueillir

Si la période s’est traduite par une désaffection temporaire des touristes étrangers de leurs destinations françaises favorites, le voyage de proximité a le vent en poupe pour les Français.

Pour les professionnels du tourisme et les territoires, l’heure est au développement de solutions alternatives de transport de proximité. À commencer par le vélo, star de la mobilité douce et du slow tourisme. En association avec des offres de visites ou balades de proximité à vélo, les parcs de vélos à assistance électrique, les services de location de vélos électriques, les prestations de livraison sur les lieux d’hébergement, les véloroutes et autres voies vertes, ou encore les tuk-tuk ou vélos-taxis avec chauffeur rencontrent un succès croissant. Un sérieux coup de pouce pour la promotion de l’offre touristique de proximité, cela quelles que soient les destinations, urbaines, rurales, ou encore balnéaires.

D’autres modes de déplacement à énergies renouvelables investissent le monde du tourisme. Des flottes de bus ou navettes électriques et des vélos, scooters ou gyropodes électriques en libre-service ont fait leur apparition sur certains sites touristiques, pour des visites libres ou guidées. Des navires à propulsion hydrogène pourraient suivre pour le transport de passagers : un tout premier du genre porté par une EPL naviguera dans le Golfe du Morbihan en 2023.

Autres pistes dont les collectivités commencent à s’emparer : la mobilité comme service (MaaS). Services de covoiturage (par exemple autour des festivals), services d’autopartage de véhicules électriques, arrêts de bus à la demande : la créativité est à l’honneur.

Plus propres, plus actives, plus ludiques, beaucoup de ces solutions sont de surcroît respectueuses des règles de distanciation sociale.

 

Multimodalité, offres intégrées : le tourisme clé-en-main

Les villes touristiques se sont peu à peu converties aux offres intégrées tourisme-mobilité, via les city-pass. Ces formules combinent un accès aux réseaux de transport en commun, ainsi qu’à des réductions ou gratuités sur des sites touristiques.

La qualité et l’accessibilité de l’information délivrée aux voyageurs est alors une clé de succès. Celle-ci doit être diffusée dans plusieurs langues, sur de multiples canaux de diffusion, sans cloisonnement entre tourisme et transports.

Pour inciter les touristes à emprunter les réseaux de transport en commun et fluidifier leurs parcours, la lisibilité et la facilité d’usage des offres de tarification et de billettique sont essentielles. Avec l’Open Payment, un visiteur peut ainsi très simplement payer son déplacement par carte bancaire sans contact, sans enregistrement préalable ni délivrance de reçu ou de ticket. La carte de crédit constitue alors son titre de transport. Soucieuse de mieux accueillir les voyageurs occasionnels, les touristes mais également les congressistes et les hommes ou femmes d’affaires, la métropole d’Amiens a fait le choix d’équiper sa flotte de bus urbains de terminaux d’Open Payment, avec le soutien de La Banque Postale.

Des alternatives à la voiture individuelle peuvent aussi être proposées dès le choix du séjour. C’est le sens du développement des offres « clé-en-main » (ou offres intégrées)8, avec différents formats possibles : déplacement de porte-à-porte domicile/destination, prise en charge des bagages et des changements de modes de transport en cours de trajet, offres tout-en-un in situ (sur le modèle de « La Loire à vélo » ou de « L’Alsace sans ma voiture »)…

Pour développer ce type de politique, la question du périmètre est primordiale. La prise en compte des sites générateurs de mobilité dans un périmètre géographique large offre ainsi la possibilité d’agir aussi bien sur les déplacements de desserte que sur les déplacements et stationnements in situ.

 

Les EPL : un rôle clé pour des mobilités touristiques plus durables

La loi d’orientation des mobilités du 24 décembre 2019 a redéfini l’organisation territoriale de la compétence « mobilité », avec :

  • Les régions AOM (Autorité organisatrice des mobilités) pour un maillage du territoire à leur échelle ;
  • Les EPCI, AOM locales pour les mobilités de proximité.

Le rôle des acteurs locaux dans les mobilités à vocation touristique et de loisir concerne :

  • La contribution aux infrastructures, donc aux investissements ;
  • Les problématiques d’équipement et de maillage territorial ;
  • La sensibilisation aux changements de comportement ;

Le déploiement de services innovants adaptés aux besoins du territoire (autopartage, transport à la demande, transport public particulier de personne, MaaS…).

Thématique « carrefour », la question des mobilités touristiques durables mobilise de nombreuses EPL. Elles  occupent ainsi une place centrale dans la mobilité à l’échelle des territoires. 98 d’entre elles9 sont actives, au plan national, dans le secteur des mobilités10.  Ce total comprend des EPL intervenant dans la mobilité au sens strict (transport de voyageurs, de marchandises, stationnement, services de mobilité) mais aussi des aménageurs positionnés soit en amont (conception et réalisation d’infrastructures, notamment de voirie), soit en aval, dans la gestion d’équipements et de services.

Les EPL opérant dans le champ des mobilités le sont sous différents statuts : Sociétés d’Economie Mixte (SEM) pour les deux-tiers, mais aussi Sociétés Publiques Locales (SPL) (dont le nombre augmente à rythme soutenu) et SEM à opération unique (SEMOP).

Elles sont actionnées par trois dynamiques complémentaires :

  • La décarbonatation des mobilités ;
  • L’amélioration de l’accessibilité des formes de mobilité les plus durables ;
  • Le passage du véhicule objet (possédé) au véhicule service (partagé).

337 sociétés11 opèrent par ailleurs dans le domaine du tourisme, de la culture et des loisirs, un secteur en forte croissance.

Pour développer des solutions de mobilité touristique durable, les EPL possèdent des atouts majeurs :

  • L’agilité liée à leur statut hybride, avec la possibilité de filialiser leurs activités de diversification, donc de séparer les risques, mais aussi de créer ou rejoindre des joint-ventures, par exemple autour des sociétés d’auto-partage.
  • Une surface financière conséquente, leur financement public-/privé leur permettant de bénéficier d’un effet de levier pour supporter des investissements conséquents au service de l’intérêt général.

Un positionnement de bras armé des collectivités qui en fait des acteurs de référence du fait de leur ancrage territorial, de leurs partenariats de long terme et de la présence d’élus locaux dans leurs organes de gouvernance.

 

Un fonds Tourisme durable géré par l’ADEME

50 millions d’euros ont été alloués à l’ADEME dans le cadre du plan France Relance pour aider les acteurs publics et privés à développer une offre touristique responsable. Les aides attribuées dans ce cadre concernent notamment le développement d’une offre de slow tourisme12. Un appel à projets national est lancé sur ce dernier thème en mars 2021, doté d’un budget spécifique de 2 M€.

Tourisme à rythme lent, peu émetteur de CO2 et synonyme de découvertes approfondies, le slow-tourisme séduit ceux qui souhaitent prendre leur temps en vacances. Moins de déplacements, des rencontres avec la population locale, des activités douces à faible impact écologique : la recette est plus tendance que jamais.

 

À lire également

(1) Source : Nature Climate Change – 23 mai 2018

(2) Source : ADEME – chiffres 2017

(3) Source : Direction générale des entreprises – « 4 pages de la DGE » #91 – déc 2019

(4) Source : Nature Climate Change – 23 mai 2018

(5) Source : ministère du Développement durable – Fiche thématique du 25 février 2021

(6) Source : https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/infographie_evaluation_externalites_touristiques.pdf et Mémento du tourisme 2017 de la Direction générale des entreprises.

(7) Le TGV est, selon les données de l’Ademe, le moyen de transport le plus écologique. Et le TER et les Intercités sont en 3e position derrière la voiture électrique.

(8) Source : Fiche Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement) - avril 2019 - https://www.cerema.fr/fr/centre-ressources/boutique/transports-urbains-tourisme-serie-fiches

(9) Sur 1332 EPL au plan national, tous secteurs d’activité confondus – chiffres juin 2020

(10) Source : Banque des Territoires – « Développer des solutions de mobilités avec les entreprises publiques locales » - Oct. 2020

(11) Source : Fédération des EPL – chiffres-clés 2019

(12) La restauration via l’opération « 1000 restaurants » et les hébergements touristiques sont les 2 autres volets ciblés.