"Notre pays compte 3 millions d’étudiants. La population étudiante a augmenté de près de 20% au cours de la dernière décennie et pourrait accueillir 47 000 étudiants supplémentaires d’ici 2030."
Isabelle Bonnaud-Jouin, Directrice du programme AGiLE à la Caisse des Dépôts.
Que sait-on des besoins de logements non satisfaits parmi les étudiants ?
Isabelle Bonnaud-Jouin : Notre pays compte 3 millions d’étudiants. La population étudiante a augmenté de près de 20% au cours de la dernière décennie et pourrait accueillir 47 000 étudiants supplémentaires d’ici 2030. Or notre pays ne dispose que de 385 000 logements dédiés aux étudiants, ce qui est très loin de couvrir les besoins. Avec un logement disponible pour sept demandes en moyenne, la situation est intenable : 17% des étudiants déclarent être contraints d’abandonner leurs études faute de solution abordable pour se loger. L’accès au logement est donc, on le voit, un facteur de rupture d’égalité des chances entre les jeunes.
Quelle a été la genèse du programme AGiLE ?
Isabelle Bonnaud-Jouin : AGiLE (agir sur le logement étudiant) inaugure une série de programmes « Action Groupe » qui mobiliseront les diverses entités du grand pôle financier public, filiales de la Caisse des Dépôts, autour de plusieurs priorités sectorielles. Annoncé en mai 2025, le programme dédié au logement étudiant fait écho aux ambitions annoncées par le Premier ministre, en janvier de cette même année, de produire 45 000 logements étudiants entre 2025 et 2028. AGiLE a été construit au terme d’une concertation associant les filiales du groupe Caisse des Dépôts susceptibles d’y contribuer (CDC Habitat, ICADE, la Banque des Territoires, La Banque Postale, La Poste Immo, Egis…), ainsi que les principaux acteurs nationaux concernés : État, Union Social pour l’Habitat (USH), fédérations et associations d’élus, Cnous, organismes de logement social, etc. Le programme a été lancé dans un temps très court, dès septembre 2025.
Quels sont les objectifs assignés à cette « Action groupe » à l’échelle du grand pôle financier public ? Quels sont les leviers d’actions mobilisés ?
Isabelle Bonnaud-Jouin : Avec 5 milliards d’euros mobilisés à l’échelle du groupe, il s’agit de massifier la production de logements étudiants. Notre engagement collectif porte sur la construction et la réhabilitation de 75 000 lits étudiants d’ici 2030. L’ambition est forte : concrètement, il s’agit d’augmenter de 20% l’offre de logements ciblée.
Le programme recourt à trois leviers d’action distincts et complémentaires : des prêts sur fonds d’épargne à hauteur de 3,5 milliards d’euros, des investissements en fonds propres pour 1,5 milliard d’euros et une enveloppe de 20 millions d’euros de crédits d’ingénierie, destinée à aider les opérateurs publics et parapublics et à accélérer leur passage à l’action.
Nous considérons que les réponses à apporter au problème du manque de logements étudiants ne doivent pas être opposées et qu’elles gagnent même à être diversifiées. L’idée est dès lors de produire du logement social et du logement intermédiaire, mais aussi d’élargir l’offre au logement libre via les promoteurs privés.
Le programme AGiLE va se déployer sur cinq ans, soit deux ans de plus que l’horizon du plan « Logement étudiant » de l’État. L’acte de construire prend du temps.
Qu’en est-il de la question de l’accès au foncier ? Comment cette problématique est-elle intégrée ?
Isabelle Bonnaud-Jouin : C’est évidemment un sujet à part entière et même une problématique structurante dans le programme. Nous avons donc prévu une brique « action foncière » au sein d’AGiLE, afin de travailler sur cette question avec les collectivités territoriales, l'État mais aussi les Crous ou encore les établissements d’enseignement supérieur.
Les fonds d’ingénierie du programme seront largement mobilisés pour traiter cette question.
Ce programme s’appuie sur une dynamique partenariale particulière. Sur quelles bases ?
Isabelle Bonnaud-Jouin : Nous avons effectivement formalisé des partenariats spécifiques avec des acteurs clés du logement étudiant comme le Cnous, l’association des villes universitaires de France, ou encore France Universités. Nous nous sommes par ailleurs appuyés sur les partenariats structurants existants, notamment avec l'USH, la Fédération des OPH, la Fédération des ESH, la Fédération des élus des Epl...
Ces conventions stratégiques permettront de tester des montages innovants. Nous réfléchissons ainsi à la création de filiales communes dédiées avec les Crous, les organismes de logement social ou encore les universités. Ces véhicules d’intervention communs leur permettraient de bénéficier de ressources élargies pour produire notamment des logements conventionnés. Avec les universités, ces filiales pourraient prendre la forme de Sociétés universitaires locales immobilières (SULI), nouveau type d’EPL créé par la loi 3DS de février 2022[i], mais jusqu’ici jamais mise en place.
Le programme fédère enfin des promoteurs privés.
Comment le programme est-il déployé dans les territoires ?
Isabelle Bonnaud-Jouin : Nous déclinons actuellement le programme dans les territoires. Pour développer les synergies au sein du Groupe Caisse des Dépôts et structurer notre mobilisation, des feuilles de route régionales sont en cours d’élaboration pour piloter le programme dans les territoires et identifier, dans chacune de nos 16 régions d’intervention, le rôle des partenaires engagés et les modalités de notre accompagnement à leurs côtés.
Quel est le rôle de La Banque Postale au sein du programme AGiLE ?
Isabelle Bonnaud-Jouin : La Banque Postale intervient dans son métier de prêteur au secteur public et économie sociale, en complément des prêts sur fonds d’épargne mobilisés pour le logement étudiant social et intermédiaire que privilégie la Banque des Territoires.
Avec AGiLE, nous n’intervenons pas sur un seul métier et sous une seule forme. C’est la force de la dynamique collaborative instaurée au sein du grand groupe financier public que de pouvoir offrir une diversité et une complémentarité d’offres et actionner plusieurs leviers au service d’un même objectif.
La Banque des Territoires intervient en investissement, sous forme de prêts sur fonds d’épargne, et elle porte le soutien à l’ingénierie.
Avec CDC Habitat et Icade, AGiLE mobilise également des acteurs intervenant en qualité de maîtres d’ouvrage et mobilisant des fonds propres.
La Banque Postale intervient dans l’accompagnement des opérateurs sur la production ou réhabilitation du logement intermédiaire et sur le logement libre, mais aussi en complément sur le financement d’opérations Prêt Locatif Social (PLS) ou de projets de promoteurs immobiliers.
Quels sont les organismes pouvant bénéficier du programme AGiLE ?
Isabelle Bonnaud-Jouin : Les Crous sont incontournables : ils construisent et gèrent en direct les résidences, mais dans certains projets, ils gèrent les programmes de logement construits par les organismes de logement social.
Les organismes de logement social (OPH, ESH, SEM Immo…) sont également concernés au premier chef, qu’ils interviennent en qualité de maîtres d’ouvrage de résidences gérées en propre ou par les Crous ou encore d’opérations dont la gestion est confiée à des associations.
Les collectivités territoriales et les établissements d’enseignement supérieur peuvent bien sûr bénéficier du programme.
Enfin, les opérateurs promoteurs et exploitants de résidences privées sont également des bénéficiaires potentiels.
AGiLE ciblera-t-il des territoires prioritaires ?
Isabelle Bonnaud-Jouin : Le programme a vocation à apporter des réponses à la pénurie de logements étudiants sur l’ensemble du territoire.
Bien entendu, la priorité va aux territoires les plus tendus, comme les villes aux niveaux de tension les plus élevés : Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Rennes, Bordeaux, Montpellier, Strasbourg, Angers, Nice, ou encore La Rochelle.
Mais le programme sera déployé au plus près des besoins des villes moyennes, notamment celles impliquées dans le dispositif « Cœur de ville ».
Enfin, une attention particulière sera portée aux territoires ultramarins et à la spécificité de leurs besoins. La Guyane a ainsi vu sa population étudiante progresser de 40% en une décennie. À Mayotte, cette croissance atteint 200% sur la même période et l’offre de logements étudiants est inexistante. La Réunion connaît de très fortes tensions, renforcées par les difficultés de déplacement sur l’île.
Comment La Banque Postale se mobilise pour soutenir le logement étudiant ?
Fidèle à sa vocation de banque citoyenne, La Banque Postale a accompagné des Crous ces dernières années pour financer la production ou rénovation de résidences étudiantes en particulier sur Aix-Marseille, Strasbourg, Bordeaux, et Reims.
La Banque Postale porte par ailleurs environ 500 M€ d’encours de financement auprès de bailleurs sociaux sur des programmes étudiants qui représentent la réhabilitation de 16 000 équivalents logement étudiant.
Elle est également mobilisée sur des opérations de réhabilitation de résidences/foyers pour jeunes ou pour le développement de résidences intergénérationnelles.
La Banque Postale accompagne enfin des promoteurs dans la construction de logements étudiants en VEFA, mais aussi dans l’accompagnement des investisseurs privés personnes physiques via sa filiale LBP Immobilier Conseil (LBPIC) et enfin à travers l’accompagnement des investisseurs institutionnels sur le secteur du logement étudiant.
Ces interventions en faveur du logement étudiant viennent appuyer la qualité d’entreprise à mission de La Banque Postale depuis 2022 où l'impact environnemental et social est un moteur durable de croissance et de création de valeur, au service des clients et de la cohésion des territoires.