Article

Les mutuelles et l’investissement à impact : les réponses de Bruno Huss, Président de l'Association des directeurs des organismes de mutualité (ADOM)

Spécificités, enjeux et perspectives de l’investissement à impact par les mutuelles : Bruno Huss, Président de l'Association des directeurs des organismes de mutualité (ADOM) éclaire tous ces points.

Lecture 2 min
Portrait de Bruno Huss

Les mutuelles dans leurs investissements à impact veillent à soutenir tout ce qui peut contribuer à la prise en charge des soins, à faciliter l’accès aux soins des adhérents et à améliorer le système de santé.

Bruno Huss — Président de l'Association des directeurs des organismes de mutualité

Qu’est-ce qu’un investissement à impact selon les mutuelles ? 

Bruno Huss : Très sommairement, un investissement de ce type doit avoir un impact positif sur l’environnement et la société. Cela sous-entend une démarche de développement durable, de décarbonisation, d’empreinte écologique la plus réduite possible, d’économie circulaire, de RSE. Plus spécifiquement, du fait de leurs valeurs et de leurs missions, les mutuelles dans leurs investissements à impact veillent à soutenir tout ce qui peut contribuer à la prise en charge des soins, à faciliter l’accès aux soins des adhérents et à améliorer le système de santé. La dimension environnementale y a sa part car elle participe au bien-être de la population, de sa santé. Certains de nos paramètres sont évidemment identiques à ceux d’autres acteurs économiques. Ainsi nous avons une politique d’exclusion de quelques secteurs d’activités : armes, tabac, l’alcool sont exclus des investissements à impact des mutuelles, car nocifs en termes de santé et pour la société.

Comment et quand les mutuelles se sont emparées de l’investissement à impact ?

B. H. : Ces investissements sont inscrits dans l’ADN des mutuelles mais dans une approche chronologique, l’accélération a eu lieu à la suite de l’entrée en vigueur des directives Solvency 1 et 2, qui nous ont obligé à disposer de fonds propres importants. D’où, à court terme, un impératif de rendement des actifs afin de minimiser les cotisations des adhérents. Dès que ces règles purement financières ont été maitrisées, les mutuelles se sont appuyées sur leurs valeurs pour opérer des changements. Or, durant cette phase de repositionnement peut-on dire, les taux de rendement se sont effondrés. C’est cette convergence – repositionnement et effondrement des taux – qui a entrainé une évolution progressive dans les investissements. La démarche de fond est d’utiliser l’allocation des actifs dans l’intérêt des adhérents et donc d’investir dans des sujets à retour direct – accès aux soins par exemple – et indirect – amélioration du bien-être – à leur égard. Il nous faut bien évidemment tenir compte des exigences du Code de la mutualité et notamment de son Livre III : la création de structures de soins par des mutuelles, un vrai enjeu.

Comment s’est construite la démarche au sein des mutuelles ?

B. H. : En termes de modalités, une très grande partie des mutuelles ont confié la gestion de leurs actifs à des asset managers mutualistes positionnés RSE (responsabilité sociétale des entreprises). Le sujet requiert une vraie expertise et donc une spécialisation. Ensuite le mandat de gestion des actifs mutualistes définit les critères : par exemple le rythme de la décarbonisation des portefeuilles ou les secteurs blacklistés.
Il y a une dizaine d’années, l’essentiel des critères portait sur cette définition des secteurs et le recensement des paradis fiscaux à exclure.

Puis le sujet de la décarbonisation a été introduit et n’a cessé de prendre de l’ampleur : certaines mutuelles ont opté pour un objectif de décarbonisation totale de leur portefeuille à échéance. La couche suivante, si l’on peut dire, c’est la RSE. S’ajoute à cela une évidence : appuyer les secteurs de la santé. Et ce qui lie toutes ces exigences, c’est l’innovation. Appliqué au secteur mutualiste, l’innovation doit être sociale et servir l’offre de soins, notamment dans une approche territoriale, en favorisant la création de structures locales.

Les mutuelles ont eu une pratique précoce des investissements à impact. Quelle est la prochaine étape possible ?

B. H. : C’est vrai, l’investissement à impact est une tendance de fond actuellement, partagée par quasiment tous les acteurs économiques, aidés en cela par la réglementation et donc les pouvoirs publics. Dès lors, les mutuelles risquent à terme de perdre un avantage différenciant. A cet égard, le fonds Mutuelles Impact est une belle avancée. Car notre enjeu est d’identifier des sujets intéressants et pérennes. On ne parle pas là de subventions et le rendement n’est évidemment pas absent de la démarche.

Plus largement, les mutuelles ont intérêt à ce que la société se comporte le mieux possible, et l’allocation d’actifs est un des moyens pour y tendre. Si par notre action, nous parvenons à entrainer d’autres secteurs ou acteurs dans le mouvement, c’est très positif.

Peut-être que notre prochaine étape pourrait être de mieux faire connaitre et de développer le modèle mutualiste tel que pratiqué par des pays francophones et latins via des actions de soutien à l’économie sociale et solidaire.

Bon à savoir

L’Association des Directeurs des Organismes de Mutualité (ADOM) francophone a pour objet social de « resserrer les liens d’amitié et de solidarité » entre ses membres, « de réfléchir à toute mesure propre à leur permettre d’assurer au mieux leurs fonctions, de réaliser toute action de soutien et d’entraide à leur profit ».