Logement collectif : de la RE 2020 vers la RE 2028, quels changements ?

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Premier consommateur d’énergie en France*$ et responsable de 24 % de l’empreinte carbone nationale*$, le secteur du bâtiment est logiquement en première ligne face à l’objectif de neutralité carbone à horizon 2050. Sous l’impulsion de la Réglementation environnementale (RE 2020) qui, depuis 1er janvier 2022, lui impose une trajectoire ambitieuse, la filière de la construction est entrée en transition. Mais pour les acteurs de la construction de logements, en France et en Europe, le plus exigeant reste à venir. Les seuils fixés par la RE 2028 vont en effet marquer un tournant décisif vers des exigences de sobriété drastiques.

  • Source : Ademe - https://www.ademe.fr/les-defis-de-la-transition/batiments/

  • Source : Ademe - https://batizoom.ademe.fr/chiffres-cles/emissions-de-ges

Réglementation environnementale 2020

Des marches à gravir de plus en plus hautes avec, horizon ultime d’un renforcement progressif des exigences, un vrai changement de paradigme : c’est la trajectoire imposée aux acteurs de la construction de bâtiments neufs. Sans précédent, cette transformation est induite par des normes réglementaires successives, avec un niveau d’exigence croissant.

Dès 1974, au lendemain du premier choc pétrolier, l’État soumet les bâtiments neufs à une réglementation thermique qui pousse les constructeurs à limiter les déperditions d’énergie. Des années 1980 aux années 2000, les normes réglementaires se succèdent pour les constructeurs et promoteurs, incitant à réduire les besoins de chauffage des bâtiments tout en limitant leur consommation énergétique. La réglementation thermique RT 2012 s’inscrit dans cette même optique de limitation des déperditions d’énergie.

La RE 2020 : une logique environnementale globale

Introduite par la loi ELAN du 23 novembre 2018 et progressivement entrée en application en 2022, la RE 2020 marque une nette inflexion, applicable aux bâtiments résidentiels, aux immeubles de bureaux et aux bâtiments d’enseignement. La logique environnementale de la RE 2020 est en effet globale. Elle conjugue amélioration des performances énergétiques, réduction de l’empreinte carbone de l’immobilier neuf et meilleur confort thermique dans l’habitat. Pour la première fois, le poids carbone des matériaux et équipements utilisés pour la construction et celui des énergies consommées dans le bâti entrent en ligne de compte.

La RE 2020 introduit une analyse du cycle de vie (ACV) des bâtiments neufs, de l’extraction des matières premières à la construction, de l’exploitation à la démolition. Pour mieux évaluer l’impact du bâti sur le réchauffement climatique, la méthodologie requise est celle de l’ACV dynamique. L’évaluation des émissions de gaz à effet de serre est ainsi pondérée suivant leur temporalité : plus une émission a lieu tôt, plus son impact est considéré comme fort. Menée sur une durée de 50 ans, l’analyse inclut des renouvellements de matériaux lorsque ceux-ci ont une durée de vie inférieure.

L’autre grande innovation de la RE 2020 est l’introduction d’indices carbone pour la construction (Ic construction[i][ch1] ) et pour l’énergie dépensée (Ic énergie). En cohérence avec la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), le durcissement progressif de ces seuils, tous les trois ans, s’opère dans une logique d’apprentissage progressif et de visibilité pour les acteurs sur le temps long.

Seuils carbone 2025 : des avancées et des défis

Le décret n°2021-1004 du 29 juillet 2021 a défini une trajectoire progressive pour l’atteinte des objectifs de la RE 2020, avec deux jalons successifs en 2022 et 2025.

De 2022 à 2025, le seuil d’indice carbone lié à l’énergie dans les logements collectifs a ainsi baissé de 14 KgCO2/m2.an à 6 KgCO2/m2.an. Son équivalent pour la construction (Ic construction) passe quant à lui d’un maximum de 560 KgCO2/m2 pour l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment à 520 KgCO2/m2. Une dérogation est toutefois accordée aux réseaux de chaleur, qui bénéficient d’un délai supplémentaire pour se décarboner.

Ces nouvelles exigences réglementaires imposent aux architectes et maîtres d’ouvrage une réflexion approfondie dès les phases amont du projet constructif, sur le choix des matériaux, la conception bioclimatique, le recours aux énergies renouvelables ou encore la modularité des bâtiments. Ces avancées vers des bâtiments toujours plus sobres, durables et adaptés aux enjeux climatiques s’accompagnent toutefois de défis non négligeables, qu’il s’agisse de tensions sur les prix des matériaux, d’évolution des filières industrielles ou encore d’accessibilité des données sur l’impact environnemental des produits.

Des optimisations jusqu’ici sans rupture dans les modes constructifs

Au sein du Hub, plateforme collaborative portée par l'Institut Français pour la Performance du Bâtiment (IFPEB) et dédiée à la mise en œuvre des solutions bas-carbone pour le bâtiment, une évaluation bilan a été établie de l’application de la RE 2020 sur un échantillon de projets*$. Au sein de cet échantillon, l’impact carbone de la construction neuve enregistre une baisse de 20 % en 2 ans, soit -100 KgCO2/m2.an pour les composants des bâtiments neufs et -90 KgCO2/m2.an sur l’énergie.

Les améliorations observées s’opèrent toutefois sans transformation des modes constructifs, ni rupture technologique. L’impact carbone requis au seuil 2025 pour les matériaux de construction et équipements reste ainsi compatible avec les solutions constructives courantes. Même constat du côté des solutions de chauffage : si les équipements 100 % fossiles sont devenus impossibles, les solutions hybrides associant gaz, pompe à chaleur et isolation renforcée restent exploitables.

  • Source : https://www.ifpeb.fr/ressources/re2020-bilans-ajustements-et-cap-vers-2028/

Des jalons de plus en plus exigeants : la RE 2028

Si la logique du jalon de la RE 2020 consistait à construire suivant les meilleures techniques de construction existantes, le franchissement des seuils de la RE 2028 implique de réfléchir à la conception même du bâtiment.

L’abaissement de l’indice Ic construction (de 11 % de 2025 à 2028) pour le logement collectif invite ainsi à systématiser le choix de matériaux décarbonés ou de réemploi. L’utilisation du bois et du béton bas-carbone (CEM III) devient ainsi une nécessité stratégique pour respecter les nouveaux indicateurs de performance. L’hybridation des systèmes constructifs (béton et bois, par exemple) optimise l’analyse du cycle de vie.

Avec le recul d’environ 15 % des seuils d’Ic énergies entre 2025 et 2028, les solutions hybrides de chauffage vont progressivement disparaître dans les logements collectifs neufs, au profit des pompes à chaleur et réseaux de chaleur urbains, qui ont plus que jamais le vent en poupe. L’intégration des énergies renouvelables et le développement de l’autoproduction vont devenir la norme.

Face à la multiplication des phénomènes de chaleur intense, la conception bioclimatique des immeubles occupe désormais une place centrale pour le confort d’été des habitants, sans recours systématique à la climatisation.

La Fédération Française du Bâtiment (FFB) estime entre 5 et 10 % l’augmentation possible du prix de revient des opérations de construction du fait de l’application des seuils plus stricts de l’échéance 2028. Mais en contrepartie, les banques – dont La Banque Postale – proposent des prêts réglementés, des prêts verts ou crédits à impact particulièrement avantageux pour le financement d’opérations anticipant les futures obligations réglementaires. Le concept de bâtiment à énergie positive devient une référence pour les investisseurs engagés à soutenir la transition écologique sur le long terme.

Consommer mieux, consommer moins : les leviers de décarbonation

Pour un projet frugal atteignant le niveau d’exigence requis d’ici à 2028, une partie du chemin à parcourir tient à des choix architecturaux propres à optimiser et rationaliser l’équation écologique de l’opération. La logique bas-carbone requiert par exemple une attention particulière sur la compacité des bâtiments*$ et sur leur taux de vitrage (idéalement inférieur à 20 %). À noter que ce levier architectural est plus difficile à actionner en zones urbaines denses où se cumulent orientations imposées, distances à respecter et contraintes d’épannelage*$.

Le second levier à activer est celui de la méthodologie et des données. La qualité des données à la disposition des architectes et concepteurs s’avère plus cruciale que jamais. Les données environnementales par défaut (DED) ont ainsi vocation à disparaître de la base INIES, au profit de fiches individuelles, optimisant la qualité des ACV.

Le réemploi de matériaux et équipements, une piste jusqu’ici peu exploitée, a vocation à se massifier. Sous conditions d’assurabilité des produits, et au gré de l’émergence de filières structurées de reconditionnement, certains flux de réemploi pourraient se structurer, par exemple autour des blocs portes, des appareils sanitaires et des briques pleines.

Étape clé, la RE 2028 n'est qu'un palier intermédiaire en direction de l’objectif final : la RE 2031, qui vise une réduction de 42 % de l'empreinte carbone des bâtiments neufs par rapport à 2022. À l’ordre du jour également, pour 2031, la généralisation des bâtiments à énergie positive, une majorité obligatoire de matériaux biosourcés, une production d'énergie renouvelable d'au moins 15 kWhef/m².an et un renforcement de la gestion dynamique du confort intérieur via des systèmes intelligents.
C’est donc en 2031 que se jouera l'avenir de la construction durable. Une vision nouvelle du logement collectif : celle de bâtiments autonomes, intelligents, coffrant un confort d’usage et une pleine adaptation aux problématiques climatiques. Il ne s'agit plus seulement de construire mieux et de consommer moins, mais de construire autrement.

  • Soit la surface des façades divisée par la surface habitable

  • Ou taille et forme d’un bâtiment, tels que définies par les règles d’urbanisme

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