Divorcer à la retraite

09 AVRIL 2019

En dix ans, le nombre de séparations chez les seniors a doublé en France. En cause, le plus souvent : le changement de vie entraîné par la retraite. Mais les conséquences financières peuvent être lourdes.

De plus en plus de couples seniors font le choix de ne pas vieillir ensemble. Les derniers chiffres de l’Ined (Institut national d’études démographiques) sont saisissants : le taux de divorce après 35 ans de vie commune a été multiplié par 9 en 40 ans et le nombre des séparations chez les plus de 60 ans a doublé en 10 ans… Il est à noter que dans 60 % des cas, c’est la femme qui est à l’origine de la séparation.

Du côte à côte au face à face

Pourquoi cette explosion ? Plusieurs raisons, cumulables, en sont à l’origine :  l’allongement de l’espérance de vie, l’amélioration de l’état de santé, l’indépendance financière des femmes arrivant à la retraite, le choc causé par le départ des enfants, la multiplication des possibilités de rencontres, l’usure des couples… Mais si les causes sont nombreuses, l’élément déclencheur demeure, le plus souvent, le passage à la retraite. C’est le moment où l’on réfléchit sur ce qu’on souhaite vraiment, où on se projette sur les vingt ans à venir. Cette réflexion peut souligner d’importantes divergences entre les époux sur le lieu d’habitation, le mode de vie, la nature des activités envisagées, la densité de l’investissement auprès des petits-enfants etc. Le fait de passer, pour les époux, du côte à côte du temps de la vie professionnelle au face à face à la retraite constitue souvent un puissant révélateur de désaccords déjà présents mais souvent masqués par le rythme imposé par la vie de travail. Par ailleurs, la culpabilité vis-à-vis des enfants disparaît puisque ces derniers sont désormais grands et ont le plus souvent quitté le nid familial. Et enfin – surtout ? -, la quête de l’amour n’est plus l’apanage des jeunes générations ! Si les sites de rencontres réservés aux seniors se développent autant, c’est bien qu’il y a une demande.

Divorce : spécificités et conflits

Comme pour tout divorce, la question financière est alors essentielle. Avec une spécificité chez les seniors : après une vie professionnelle longue, leur patrimoine est bien souvent largement plus important que chez les couples plus jeunes. Son partage, après la liquidation du régime matrimonial, se révèle donc souvent épineux et nécessite dans bien des cas l’assistance d’un avocat ou d’un notaire.

Autre spécificité : chez les seniors, les procédures de divorce pour faute sont les plus nombreuses. Or, depuis le 1er janvier 2005, l’époux contre lequel un tel divorce est prononcé ne perd pas pour autant le droit de solliciter une prestation compensatoire s’il subit une baisse de son niveau de vie. 

Les faits révèlent que lors d’un divorce de seniors – quel que soit sa nature juridique -, cette question de la prestation compensatoire est la plus conflictuelle. De quoi s’agit-il ? Lorsque la séparation crée une disparité dans les conditions de vie respectives des époux, celui qui subit une baisse de son niveau de vie peut solliciter le versement d’une prestation destinée à compenser cette disparité après le jugement de divorce. En principe, cette prestation a un caractère forfaitaire et définitif et prend généralement la forme d’un versement en capital. Toutefois, le juge peut ordonner son versement sous la forme d’une rente à vie lorsque l’époux demandeur n’est pas en mesure de subvenir seul à ses besoins, compte tenu de son âge, de son handicap ou de son état de santé. Une source fréquente de conflits chez les couples âgés…