Eau et assainissement : Quand un territoire rural se donne les moyens de ses ambitions

08 AOÛT 2019

14000 habitants, plus de 100 captages d’eau, des réseaux de canalisations très étendus et vieillissants : la communauté de communes Val Eyrieux (Ardèche) a décidé de prendre le taureau par les cornes avec un programme d’investissement ambitieux. Un programme soutenu par La Banque Postale au titre des prêts verts. Rencontre avec M. Raymond Fayard, maire de la commune de Belsentes et vice-président de CC Val Eyrieux.

Quelles sont les problématiques liées à l’approvisionnement en eau et à l’assainissement au sein de votre communauté de communes ?

Raymond Fayard : Avec 14000 habitants, nous sommes un territoire rural peu peuplé. Nos réseaux d’eau-assainissement se caractérisent par un nombre d’ouvrages très élevé : plus de 100 captages et 600 km de canalisations pour seulement 9000 abonnés à l’eau et 5500 à l’assainissement.

Par ailleurs nous subissons, comme beaucoup d’autres territoires, des sécheresses sévères, avec des périodes d’étiage de plus en plus problématiques à gérer.

Depuis que nous avons pris la compétence eau-assainissement en 2016(1), nous avons eu la préoccupation de rationnaliser cette situation, en définissant des schémas directeurs. Ceci à la fois pour diminuer progressivement le nombre d’ouvrages et sécuriser l’approvisionnement en eau, aussi bien en qualité qu’en quantité.

 

On connaît les enjeux économiques et écologiques soulevés par un approvisionnement en eau de bonne qualité. Quels travaux avez-vous réalisé pour améliorer la qualité de l’eau ?

Nous avons un programme de travaux assez conséquent sur les périmètres de captage de nos sources. Celles-ci sont en effet souvent peu profondes et assez faibles en débit. Aussi chaque épisode de forte pluie après une période de sécheresse engendre des ruissellements et une turbidité suspecte dans nos réseaux d’eau. À partir d’analyses régulières de nos captages, nous décidons chaque année des captages prioritaires pour une remise à niveau. Le résultat est que le taux de non-conformité de nos sources s’est déjà amélioré de 4 à 5 points. Notre objectif pour les 5 à 10 années à venir est d’achever la remise à niveau complète de l’ensemble de nos captages, cela pour les conformer aux exigences et agréments de l’Agence Régionale de Santé et de la Direction Départementale des Territoires.

 

Environ 20 % de l’eau en France sont perdus du fait de fuites dans les canalisations. Comment agissez-vous pour une meilleure préservation de l’eau ?

La tenue d’un taux de rendement cible d’environ 80% dans nos canalisations d’eau est une demande de nos financeurs principaux, notamment l’Agence de l’eau.

Nous sommes à peu près à l’objectif. Mais certaines antennes du réseau subissent des pertes importantes. C’est ce que nous avons pu identifier en mettant en place des comptages en sortie de captages et des relevés chez l’abonné.

Nous traitons prioritairement le renouvellement des portions de réseau les plus vétustes. La priorité est donnée à celles que surplombent les routes communales et départementales, à raison de 2 ou 3 kilomètres renouvelés chaque année.

Photo : Pose des canalisations au niveau de la Dolce Via, une voie de circulation douce

 

Avec la raréfaction de l’eau, la question de la sécurisation de la ressource devient cruciale. Quelle stratégie déployez-vous dans ce domaine ?

L’élaboration d’un schéma directeur de gestion de l’eau à l’échelle intercommunale nous permet de connaître les portions de réseau excédentaires et celles qui présentent des fragilités voire des situations déficitaires en eau en période d’étiage. Lorsque c’est techniquement possible, nous nous efforçons désormais d’établir des interconnexions entre ces diverses « branches » de notre réseau. L’idée est d’abandonner progressivement les réseaux déficitaires, pour nous focaliser sur nos ressources principales. C’est un travail complexe : nos reliefs difficiles nous obligent parfois à négocier des servitudes de passage en terrains privés pour raccourcir nos longueurs de canalisations.

C’est pour ce projet de création d’interconnexions des réseaux d’eau que nous avons obtenu un prêt vert de La Banque Postale, à hauteur de 500 000 euros, sur 20 ans. C’est un programme d’investissement lourd et à fort impact environnemental, éligible aux aides de l’État au titre des dotations en équipements des territoires ruraux. Un programme qui émarge également aux aides financières de l’Agence de l’Eau.

Un contrat avec l’Agence de l’Eau, signé en janvier 2019 pour 3 ans, nous engage globalement sur un programme de 3 millions d’euros d’investissements, subventionnés à hauteur de 2 millions d’euros, avec des objectifs d’amélioration de la qualité de l’eau et du rendement du réseau.

 

Comment vos projets sur l’eau s’inscrivent-ils dans la continuité de vos projets ambitieux qui vous ont valu l’obtention du label TEPCV?

Le programme qui nous vaut le label de Territoire à énergie positive pour la croissance verte dépasse évidemment la thématique de l’eau.

Nous sommes engagés sur plusieurs actions phares, qui concernent l’optimisation du tri et de la collecte des déchets ménagers. Avec des résultats à la clé, puisque le volume des ordures ménagères non valorisées a baissé de 30%.

Notre programme concerne aussi l’équipement de bâtiments publics en installations photovoltaïques. Il inclut un volet important de sensibilisation de la population, qui est très impliquée.

 

Certains de vos projets sont donc financés par un prêt vert de La Banque Postale. Quel est selon vous l’intérêt de ce type de prêt ?

Des territoires ruraux comme le nôtre ont peu de moyens à leur disposition pour agir en faveur de la transition écologique. Pouvoir être accompagnés dans nos efforts d’investissement avec des solutions de prêt favorables à l’environnement est une belle opportunité. C’est la raison pour laquelle, après une dizaine d’années centrées sur l’allègement de notre dette, nous avons décidé de monter en puissance dans la mise en œuvre de nos projets en eau et assainissement.

(1)Dans le cadre de la loi NOTRe, du 8 août 2015, qui a transféré la compétence à titre obligatoire aux communautés de communes et d’agglomération à compter de janvier 2020.